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BCU - Lausanne
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*1 004367509*
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HISTOIEB DBS FRANCS
GRÉGOIRE DE TOURS
BT
FRÉÛëGâIRË
Paris.— Imprimé chez Boniventurc et Duces: oi <, lî"), quai dei AttgusUns.
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HISTOIRE DES FRANCS
GRÉGOIRE DE TOURS
ET
FRÉDÉGAIRE
TRADUCTION DE M. GUIZOT
NOUVELLE ÉDITION ENTIÈREMENT REVUE
BT AQOMBirTRB BB LA OBOOBAPHtB BB «B^^OIBB OB TOVBt
*IT OB ralDéBAIBB
PAR ALFRED JACOBS.
TOMB t
PABIS
UBRAUUfi ACIAD£BUQU£
DIDIER £X Cv LIBR.-£J>IÏ£UKS
35, QVAt BBS fiRANDS-AUaOiTIIII.
1862
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AVERTI3SEMEN1
Un jeune archéologue français, M. Alfred Jacôbs, m'a demandé rautorisation de pu- blier une nouvelle édition de la traduction de X Histoire ecclésicLstique des Francs, par Grégoire de Tours, que j'ai publiée il y a trente -huit ans (en i823), et qui fait partie de ma Collection des Mé^ moires relatifs à V histoire de France de* puis la fondation de la monarchie jusqM^àu xm® siècle. Il se proposait d y joindre un
dictionnaire géographique raisonné de tous \ • •
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AYEBTISSraiBMT.
les lieu^ mentionnés par Grégoire de Tours^ et un mémoire sur Tétat de ladministration sous les Mérovingiens. J'étais en droit d'a- voir pleine confiance dans le savoir et lexactitude de M. Alfred Jacobs. Il a fait, à rÉcole des Chattes^ de solides études ; il a été Tun des élèves les plus assidus de mon savant et regretté confrère, M. Gué- rard, dont les travaux ont jeté, sur Tétat social de l'ancienne France, de si vives et si sûres lumières. Il s'était déjà distingué par ses recherches sur divers points d'ar- chéologie et de géographie française. J'ai donné très-volontiero à M. Alfred Jacobs l'autorisation qu'il désirait, et depuis que j'ai vu ison travail, je me félicite de la lui avoir donnée. Ses études géographiques et archéologiques, le soin avec lequel il a revu, en ia réimprimant, nia traduction, et les notes qu'il y a ajoutées donnent, à l'édition nouvelle qu'il en publie aujourd'hui, un vrai mérite scientifique, et rendent la lec->
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tare du curieux ouvrage de l'évêque de Tours plus claire et plus facile pour le pu blic. Je prends plaisir à rendre à M. Alfred Jacobs ce témoignage.
GuiZOT«
Yal-lUcher.— Juin 1801.
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r
NOTICE
GRÉGOIRE DE TOURS
Du V* au xn* siècle, le clerpré presque seul a écrit rhistoire. C'est que seul il savait écrire, a-t*on dit. n y en a encore une autre raison, et plus puissante peut-être. L'idée même de Thistoire ne sul3sistait, à cette époque, que dans l'esprit des ecclésiastiques; eux seuls s'inquiétaient du passé et de Tavenir. Pour les barbares brutaux et ignorants, pour Tancienne population désolée et avilie, le présent était tout ; de grosners plaisirs ou d*aifreuses misères absorbaient le temps et les pensées ; comment ces hommes au- • raient-ils songé à recueillir les souvenirs de leurs ancêtres, à transmettre les leurs à leurs descendants? Leur vue ne se portait point au delà de leur existence personnelle ; ils vivaient concentrés dans la passion, Tintérét, la souffirance ou le péril du moment. On a tort de croire que, dans les premiers temps surtout,
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11 NOTICE
le clergé seul écrire; la civilisation romaine n'avait pas disparu tout à coup ; il restait, dans les cités, dids laïques naguère richeSy puissants, lettrés/ d'illustres sénateurs, comme les appelle Grégoire de Tours. Mais ceux-là mêmes tombèrent bientôt dans k plus étroit, le plus apathique égoisme. A Taspect de leur pays ravagé, de leurs monuments détruits, . de leurs propriétés enlevées, au milieu de cette insta- bilité violente et de cette dévastation sauvage, tout ' sentiment un peu élevé, toute idée un peu étendue s'évanouit; tout intérêt pour le passé ou l'avenir cessa : ceux qui étaient vieux et usés crurent à la fin du monde; ceux qui étaient jeunes et actift prirent parti, les uns dans l'Église, les autres parmi les barbares eux-mêmes. Le clergé seul, confiant en ses croyances et investi de quelque force, continua de mettre im grand prix à ses souvenirs, à ses espé- rances; et comme seul il avait des pensées qui ne se renfermaient pas dans le présent, seul U prit plaisir à raconter à d'autres générations ce qui se passait ^sous ses yeux.
De tous les monuments qu^il nous a transmis sur ce long et sombre chaos, le plus important est, à coup sûr, r Histoire ecclésiastique des Francs de Grégoire de Tours; titre singulier ^ et qui révèle le
* Un assez grand nombre de manuscrits portent pour titre Bi-'itoria Francomm, ou Gesta Francorum; quelques-uns môme ■uiipl«in6Bl Chronicm; mais les plus anciens sont ii^titulés flti* toria êeelnUuHea Franeorum, et le début du second liTre indique cltirement qne tel est en effet le titre que Orégoire de Tours « 4û donner à son ouvrsge*
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Stm ORÊGOIRE DE TOURS. m secret de l'état social à cette époque. Ce n'est pas . rhi^ioire distincte de rÉglise, ce n*est pas non j^os Phistoire dvîle et politique seule qa^a^onln retracer , ^récrivain ; l'une et l'autre se sont offertes en même ^iemps & sa pensée, et tellement unies qu'il n*a pas . cru pouvoir les séparer. Le clergé et les Francs, . c'était alors en effet toute la société, la seule du moins qtà prit vraiment part aux événements et pût prétendi*e à une histoire. Le reste de la population vivait et oxourait misérable, inactif, ignoré.
L'origine do Grégoire de Tours semblait le vouer à l'Église; la famille de sa grand'mère Léocadie, l'une de? plus considérables du Beiry, avait donné au christianisme VettiusEpagatus, l'un des premiers et des plus illustres martyrs des Gaules; son père Florentius et sa mère Armenlaria descendaient l'un et l'autiDe de saint Grégoire, évèque de Ijançres; fl %vait pour grand-onde saint Nicet S évèque de Lyon, et pour oncle saint Gai, évèque de Clermont; tous les sQi^yçnirs de ses ancêtres se rattachaient aux épreuves 00 9|ix triomphes de la foi ; et, lorsqu'il naquit en Auvergne le 30 novembre 539, sa famille y était depuis longtemps distinguée par les grandeurs rel^ gieuses et mondaines. La naissance d'un frère nommé Pierre et d'une sœur dont on ignore le nom avait précédé la sienne; mais soit que la renonmiée qu'il f cquit plus tard ait rejailli 9ur son en&nce, soit qu'en effet on eût remarqué en lui de bonne heure un
t Ou saint Nizier, Nheitut,
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IV KOTIGË
penchant peu commun pour l'étude et la piété, tout indique qu'il fat, dès ses jeunes ans, Tobiet de la prédilection et des espérances de tous ses parents. H reçut en naissant les noms de George et de Flo- rentiuSy son grand-père et son père, et les a inscrits lui-même en tète de ses ouvrages ; ce fut seulement lorsqu'il parvint à l'évôché de Tours, que, d'après Tusage du temps, il prit le nom du plus illustre de ses ancêtres, saint Grégoire, évèque de Langres, son bisaïeul. Son père mourut peu après sa naissance ; mais sa mère, femme d'un mérite distiagué, à ce qu'il parait, se voua avec passion à Téducation d'un fils dont la faible complexion alarmait chaque jour sa tendresse, et dont les dispositions précoces pro- mettaient à son orgueil maternel les plus donces joies. Les familles romaines n'avaient pas encore perdu tout souvenir d'un temps, non plus heureux pour le peuple en général, mais moins barbare et qui laissait quelque éclat aux anciennes grandeurs; elles mettaient encore du prix à la science, aux lettres, à la gloire polieet humaine. L'Église seule leur ofiMit quelques moyens d'y parvenir. Le jeune Grégoire fut confié aux soins de son oncle saint Gai, alors évèque d'Auvergne; son grand-onde, saint Nicet, évèque de Lyon, s'occupa aussi de ses progrès et de son ave- nir. Saint Avite, successeur de saint Gai, lui porta la même affection. Saint Odon, abbé de Gluni, au x" siècle, et qui a écrit sa vie, raconte avec complai- sance les marques de dévotion fervente que donnait Grégoire encore enfant, et les miracles opérés en
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SUR GRÉGOIRE DE TOURS. ' t
faveur de sa santé sur le tombeas de saint Hillide.
Mais il semble que la ^uérison ne fut jamais que momentanée ; car, dans un nouvel accès de maladiei le jeune homme, déjà ordonné diacre, se fit trans- porter à Tours, sur le tombeau de saint Martin, alors
. la gloire des Gaules et Tobjet de sa vénération parti- culière. Dans ce vo3^age, les citoyens de Tours le prirent en grande estime; son esprit était animé, son caractère doux, son instruction plus étendue que celle de la plupart des prêtres, et il Tavait dirigée avec ardeur vers les sciences sacrées Je ne m*oo- a cupe point, dit-il lui-même, de la fuite de Saturne, « ni de la colère de Junon, ni des adultères de Jur « piter; je méprise toutes ces choses qui tombent
^ « en ruine , et m'applique bien plutôt aux choses « divines, aux miracles de rÉvangUe. » Le peuple partageait ce sentiment; c'était celui des meilleurs hommes de Tépoque, de tous ceux qui conservaient quelque énergie morale, quelque goût vraîment actif pour le développement intellectuel; et lorsque le jeune Florentins retom'na en Auvergne après avoir été guéri par l'intervention de saint Martin, il laissa le' peuple comme le clergé de Tours plein d'ad^niration pour la sainteté de son langage, de sa vie et de son savoir.
n en reçut bientôt la preuve la plus éclatante.
. En 573, pendant un voyage quil fit, on ne sait pourquoi, à la cour de Sighebert, igoi d*Austrasie, auquel appartenait FAuvergne, Eùphronius, évèque de Toms, vint à mourir i et d'une voix unanime.
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▼ï ' NOTICE
dit le l»Qgrfl^e> le clergé et le peuple élurent kM plaoe Grégoire absent et âgé seulement de trente- quatre ans. Des députés partirent aussitôt pour aller solliciter du roi Sighebertiaconfirmation de ce choix* Grégoire hésita ; Tabbé de Cluni Talfirme du moint : sa jeunesse et sa mauvaise santé l'effrayaient ; mais Sighebert et la reine Brunehaut joignirent leurs sol- licitations à celles des députés; il accepta, fot sacré par yEgidius (Gilles), évêque de Reims, le 22 août 673, «t partit aussitôt pour son évôché.
C'est dans les monumenis du siècle, et surtout dam Grégoire de Tours lui-même, qu'il faut apprendre ce qu'était alors Texistence d'un évéque, quel éclat, quel p(mv<»r, mais aussi qilds travaux et quels périls y étûent attachés. Tan£s que la force avide et bn»- tale errait incessamment sur le territoire, réduisant les pauvres à la servitude, les riches à la pauvretéi détruisant aujourd'hui les grandeurs qu'elle avait créées hier, livrant toutes choses aux hasards d'une lutte toi^ours imminente et toiyoors impcévue, c'était dans quelques cités fameuses, près du tom-' beau de leurs saints, dans le sanctuaire de leurs églises, que se réfugiaient les malheureux de toute condition, de toute origine, le Romain dépouillé de ses domaines, le Franc poursuivi par la colère d'un nn ou la vengeance d*un ennemi, des bandes de laboureurs fuyant devant des bandes de barbaM, toute une population qui n'avait plus ni lois à ré- clamer, ni magistrats à invoquer, qui ne trouvait plus nulle part, pour son refos et sa vie,, sûreté m
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SUR GRÈGOI&E DE TOURS ▼a
profeectk«.I>aiisks églises seiden^
de droit subsistait encore et la faroe se senlaU saisie
de quelque respect. Les évtkpes n'avaieut, pour dé- fendre cet uniqœ asik des fiùiiks, qoe rautoiilé de leur mission^ de lenr langage, de bars censures; il iiallait qu au nom seul àta la foi, ils réprimassent des 'vainqnenrs féroces on rendissent quelque énercne à de nûsérafales vaincus. Chaque jour ils épronvuent 1 insuffisance de ces moyens; leur richesse excitait Tenvie, lenr résistance le courrons; de fréquentes attaques, de grossiers outrages venaient les menacer ouïes interrompre dans les cérémonies saintes; le sang coulait dans les églises, souvent celui de leurs piètres, même le lenr. Enfin ils exerçaient la seule magistrature morale qui demeurât debout au milieu de la société bouleversée, magistrature, à coup sûr, la plus périlleuse qui fut jamais.
Beaucoup d'évùques étaient fort loin de se mon- trer dignes d'une âtuation si difficile et si haute; il n*est aucun désordre, aucun crime dont on ne ren- contre, dans l'histoire du clercré de cette époque, d'efiroyables exemples. Mais Grégoire de Tours fut de ceux qui s*en scandalisaient et quelquefois les reprenaient vertement. Je ne redirai point ici les événements de sa vie religieuse et politique; il les a racontés dans son Histoire. On y verra que, soit qu*il s'agit de défendre ou le clergé en général, ou lui- même, ou les privilèges de son église, ou les proscrits qui s*y étaient réfugiés, soit qu'il fût appelé à main- tenir ou à rétablir la paix dans sa ville, soit qu'il
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rifi NOTICE
intervint conune négodateur tour à tour employé • par les divers rois francs, il ne manqua ni de pru- dence ni de courage. On s'est étonné de sa supersti- tion, de sa crédulité, de son ignorance, de son ardeur contre les héréticpies; il faut bien plutôt 8*étonner de ce qu'il ne s'est point attribué à lui-même le don des miracles qu'il accordait à tant d'autres, de ses efforts pour s'instruire, de la douceur qu'il témoi- g-na souvent, même aux brigands*qui avaient pillé son église et aux Ariens ou aux Juifs que ses argu- ments n'avaient pas convertis. Peu d'ecclésiastiques de son temps, il est ais4 de s'en convaincre, avaient une dévotion, je ne dirai pas aussi éclairée, mais moins aveugle, et tenaient, en ce qui touchait à l'Église, une conduite aussi modérée. On lui a reproché la confusion de son Histoire, les labiés absurdes dont elle est semée, sa partialité pour les ' rois orthodoxes, quels que soient leurs forfaits, et tous ces reproches sont légitimes ; mais il n'est aucun de ses contemporains qui ne les mérite encore davaiH tage, aucun qui, à tout prendre, ait agi avec autant de droiture, étudié avec autant de soin, et donné, dans ses écrits et sa vie, autant de preuves de bon sens, de justice et d'humanité.
Aussi obtint-il constamment, dans le cours de son épiscopat, Taffection du peuple de Tours et la consi- dération des rois barbares. Il faut bien se servir des termes qui répondent aux sentiments qu'éprouvaient alors les hommes, et qu'ils ont employés eux-mêmes, quelque emphatiques qu'ils nousjparaissent aujour»
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SUR GRKi^OXaS DE TOURS. iz
dliui. Grégoire de Tours fat vénéré comme un des plus saints évéques, et adnxifé comme une des lu- mières de rÉglise. Le voyage que, selon Tabbé de Cluni, il fit à Rome, en 892 ou 594, pour voirie pape saint Grégoire le Grand, est fort douteux, car il n'en a parlé nulle part; mais le récit du biographe n*en prouve pas moins quel éclat conservaient encore au X* siècle son nom et sa mémoire, a Arrivé devant • tt le pontife, dit-il, il s'agenouilla et se mit en prières; a le pontife, qui était d*un sage et profond esprit, « admirait en lui-môme les secrètes dispensations de a Dieu qui avait déposé, dans un corps si petit et si a chétif, tant de grÀces divines. L^évèque, inté» (( rieurement averti, par la volonté d'en haut, de la «( pensée du pontife, se leva, et le regardant d'un a air tranquille : (Test le Seigneur qui nous a faits^ c( dit-il, et non pas nous-mêmes; il est le même dans « ks grands et dam les petits. Le saint pape, voyant a qu*il répondait ainsi à son idée, le prit encore • « en plus grande vénération, et eut tant à cœur « d'illustrer le siège de Tours qu'il lui fit présent ic d'une diaire d'or qu'on conserve encore dans cette
(c église. ))
Grégoire était en efièt de très-petite taille et sa mauvaise santé dura toute sa vie. Deux mois après *
son élévation à Tépiscopat, il fut atteint d'une ma- ladie si grave que sa mère, malade elle-même et ' qui s*était retirée en Bourgogne, se hâta d'accourir, malgré les fatigues et les périls du voyage , auprès de sonfils chéri. L'intervention de saint Martinréussit
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X NOTICE
seule à guérir le. nouvel évéque, qui bien des lois encore fut obligé d*y avoir i^urs. Enfin , le 17 no- vembre 393 *, les miracles même devinrent ineffi- caces; révèque de Tours mourut à cinquante-quatre ans, après vingt ans et quelques mois d'épiscopat| ei lut élevé au nombre des saints.
Il laissait, en mourant, de nombreux ouvrages dont il avait pris soin de dresser lui-même la liste, et qui, àTexception de quatre, sont parvenus jusqu*à nous; en voici la liste et le sujet :
V Histoire écclésiastiqtÂe des frmes;
2* Un traité de la Gloire des Martyrs j recueU de légendes en cent sept chapitres, consacré au i^éc^t des miracles des martyrs ; ^
3* Un traité des Miracles de saint Julien, martyr à Brioude en Auvergne, en cmquantc chapitres;
i"" Un traité de là Gloire des ConfesseurSf en cent douze chapitres;
5** Un traité des Miracles de saint Martin de Tours, en quatre livres ;
6« Un recueil intitulé Vies des PèreSy en vingt chapitres, et qui contient Thistoire de vingt- deux saints ou s^tes de TEglise gallicane ;
7* Un traité des Miracles de saint A ndré, sur Fau- t lient ici té duquel on a élevé quelques doutes qui paraissent mal fondés.
Les ouvrages perdus sont :
Un Commentaire sur les Psaumes;
f Sêhm M. LéTM<}oe de La IUTaliëre,^t 095 selon doa Ratairt.
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SUR GREGOIRE DE TOURS. XI
2* llakrsMsurksOffuesdel^Égiise:
^ Une |irébce que Grégoire de Toars mise
en tète d'un Traité des Messes de Sidoine ApolU- naire;
4* Une traductioB latine du martyre des sept
Dormants./
Enfin.on a attnboé à Grégoire de Tours plusieurs écrits qm ne sont pas de lui.
De tous ces ouvrages, et malgré quelques faits ou quelques détails sur Tesprit et les niœurs du temps, épars dans les recueils de légendes, P Histoire eceU* siastiqite des Francs est le seul qui suit demeuré pour nous important et cuneuz. Tout porte à croire que ce fut le demie^ travail de Fauteur; s6n récit s'étend jusqu'en 591, époque voisine de sa mort, et presque tous ses autres ouvrages y sont cités, tandis que FBisMre des Francs ne Test dans aucun. Elle est divisée en dix livres. Le premier, résumé absurde et confus de l'histoire ancienne et universelle du monde, serait ausâ dépourvu d'intérêt que de vérité chronologique s'il ne contenait quelques détails sur rétablissement du christianisme dans les Gaules; détails de peu de valeur, il est vrai, quant à This- toîre des événements, mais qui peignent naïvement, et quelquefois atec charme, Tétat des esprits et des ' moeurs; peu d'anecdotes de ce temps sont plus tou- chantes, plus poétiques même que celle des deux . Amants : ce Hvtc finit à la mort de saint Martin de Tours^ en 397. Le second livre s'étend de la mort de saint Martin à celle de Clovis P% c'est-à-diié de l'U
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zii NOTICE
397 à Tan SI I . Le troisième, de la moH de Clovis I** /
à celle de Tbéodebert P% roi d'Austrasie, de Tan Hi à Tan S47. Le quatrième, de la màri de Théo- ' debert I** à celle de Sighebert I**, roi d* Austrarie, de Tan 547 à Taii 578. Le cinquième comprend les cinq premières aimées du règne de Ghildeberi XI, roi d'Anstrasie/ de Tan S75 à Fan S80. Le nxièm^ finit à la mort de Chilpéric, en 384. Le septième est consacré à Tannée Le huitième commence au
. voyage que fit le rrâ Contran à Orléans, au mois de juillet 585, et fmit à la mort de Leuvigild, roi d'Es- pagne, en 586. Le neuvième s'étend de Tan 887 à Tan 889. Le dixième enfin s'arrête à la mort de
- saint Yrieix, abbé en Limousin , c'est - à - dire au mois d*aoùt 89i ^ L'ouvrage entier comprend ainsi, à partir de la mort de saint Martin, un espace de cent soixante-quatorze ans ; les cinquante-deux der" nières années sont celles auxquelles Thistorien avait assisté*
Tout indique qu'il écrivit son Histoire à deux re- prises différentes; plusieurs manuscrits ne contien- nent que les m premiers livres, et ce sont les seuls que connut Frédégaire lorsque, dans le siècle sui- vant, il entreprit un abrégé des chroniqueurs qui ravalent précédé. Il est donc probable que les qua^
* Malgré renchaînement chronologique des dix livres de i'ifw- tùke des Franc* ^ il s'en faut beaucoup que le* événements y soient bien clanés et toujours rapportés à leur vrai temps; il y règne eu contraire une extrême confusion, et Ton rencontra sans cesse, dans chaque livre, des récits qui 'devraient appar» 4eiiir aux livres antérieurs ou postérieurs.
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SUR GRÉGOIRE DE TOURS. xm
derniers livres furent composés après la publication des premiers; peut-être même ne furent-ils répan- dus qu'après la mort de l'auteur. Cependant leur authenticité n'est pas moins certaine.
Imprimée pour la première fois à Paris, en 1561, VHistoire des Francs l'a été fort souvent depuis ; je ne dirai rien des nombreux travaux d'érudition et de critique dont elle a été l'objet ; ils ont été repro- duits et résumés avec le plus grand soin dans l'édi- tion qui fait partie du Recueil des historiens des Gaules et de la France, et dont nous avons adopté le texte. Deux traductions françaises de l'ouvrage de Grégoire de Tours ont été publiées, l'une, en 1610, par Claude Bonnet, avocat au parlement de Gre- noble, l'autre, en 1688, par l'abbé de MaroUes. Elles sont l'une et l'autre extrêmement fautives, et la première est souvent plus inintelligible quel'original.
La meilleure ou plutôt la seule bonne édition des œuvres complètes de Grégoire de Tours est celle que publia dom Ruinart, en 1699, in-folio. La pré- face est pleine de savantes recherches.
Les deux dissertations les plus complètes et les plus exactes sur la vie et les écrits de notre histo- rien sont : 1** celle qui se trouve dans le tome III de VHistoire littéraire de la France, par les Bénédic- tins (page 372-397) ; 2*^ un mémoire de M. Lévesque de La Ravalière dans la Collection des Mémoires . de l'Académie des inscriptions et belles -lettres, tome XXVI, page 598-637.
GuizoT,
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PRÉFACE
DE GRÉGOIRE DE TOURS
La calture des lettres dépérit, ou plutôt disparait
dans les \illes de la Gaule : au milieu des bonnes et des mauvaises actions, pendant que se déchaînaient la {érocité des nations et la fureur des rois, que l'Église était attaquée par les hérétiques et défendiie par les fidèles, que la foi chrétieime, fervente dans beaucoup de cœurs, languissait dans quelques autres, que les Églises étaient dotées par les hommes fieax. et dépouillées par les impies, il ne s'est rencontré aucun grammahien, habile dans la dialectique, qui entreprit de retracer ces événements soit en p^ose, soit en vers. Aussi beaucoup dliommes gémissaient disant : n Malheur à notre temps! parce que Tétude « des lettres périt parmi nous, et que nul ne saurait
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<c plus eomngner en des écrits les &its d*à présent, n
Ces plaintes et d'autres semblables m'ont engagé à conserver pour les hommes à venir la mémoire des : fiiits passés, et, bien que mon langage fût inculte, je n*ai pu taire ni les entreprises des méchants ni la Tie des gens de bien. Ce qui m*a surtout confirmé dans mon dessein, c'est que j'ai souvent ouï dire autour de moi (pie les discours philosophiques des rhéteurs sont moins faciles à comprendre que la langue rustique. J'ai cru aussi qu'il serait utile pour la chronologie de faire remonter au commencement du monde mes premiers livres, dont j'ai inscrit ci- dessous les diapitres*
Ht .
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LES DIX LIVRES
DE
IL'HISTOIUE ECCLÉSIASTIQUE DES FMNGS
FAR
GSOBjQfiS- FLOBSMT-GBfiGOIBB
i ÉVÈQUE DE ÏOURS
IX.
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1
SOMMAIRE DU LIVRE PREMIER.
ï. De la création d'Âdam et d'Eve; physionomie d'Adam.— ii. Comment CaiQ tua son frère Abel.— m. Énoch le Juste enlevé par le Seigneur.— it. Du dé- liig0k de Noé, de TArche; colère de Dieu et aérie des générationt.— Po*» téfité deNoé,deiesfilBt et partienlikeiiient de Cbns, fils de Qiun, inTen* tewde lamai^e et de ridolfttrie.— ti. Delà. Kwr de Babylone et de la con- fusion des langues. — vu. Origine, naissance, condition d'Abraham; Ninus.— VIII. Isaac; Ésaii, ses fils et Job.— ix. Jacob et ses fils; Joseph en Égypte.— > X. Nature da Nil et passage d« la m» Ronge.—». Les fils d*Israël dans le désert; leur entrée dans la tene pronûse ; Josoé.'^cn. Rois des JaUii.— xiii . De SaloBBOn et de la construction du Temple.— ziv. Comment fut divisé ^ le royaume d'Israël par la dureté de Roboam ; captivité de Babylone et j prophètes de ce temps-là. — xv. Du retour des Juifs à la naissance de Jésus- | CIirist--xn.Roisetroyaumesdesantresiiatfoiis.— xrn.BmperenrsronialDs; | quand Lyon fut fondé.— xviii. Nativité dnSanTenr, ptésents des Mages» massacre des Innocents. — xix. Le Christ, sa prédication, ses miracles et sa < passion. — xï. De Jo.spph d'Arimathie qui l ensevelit. — xxi. Vœu de l'apôtre Jacques.— xzii. Du jour de la résurrection dominicale. — xxiii.Qe l'Ascension» et delà mort de Filate et d'Hérode.— ixir. De Pierre qui vint à Rome et confessa le Christ dans le martyre; Néron, Jacques, Marc et Jean rÉvan» gcliste. — XXV. Persécution sous Trajan. — xxvi. Origine des schismes et des hé- résies.— xxvii. Les martyrs Irène et Photin. — xxviii. Persécution souaDèce; les sept prédicateurs envoyés en Gaule. — xxix. Conversion des Bituri ges.— i xu. Persécutions de Valérien et de GslUen; Chrocus et le tésple d*Aif vergne.— zzsi. Be plusieurs autres martyrs.— zxxii. Le msr^ Piivat et le * tyran Chrocus. — sixiii. Persécution sous Dioclétien. — xxxiv. Constantin le ! Grand; saint Mariiu et découverte de la croix.— ixxv. Règne de Constance. . I •— xxxyi. Arrivée de saint Martin. La matrone Melanie.— xxxvii. Mort de J Tempereur Valons.— zzzviu.Théodoseetson règne.Mort du tjrsn Maxime. I — xxxix. fJrbicus, évèque d'Auvergne. — xl. Saint Alljre et son successetur à répiscopat.— iLi. Suint Népotien , évèque d'Auvergne. — XLii. Les deux amants, leur chasteté et leur sépulture, —zuii. Saint Martin passe en Vttutre vie.
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HISTOIEE ECCLÉSUSTIQUE
DES FRANCS
LIVRE PREMIER
PROLOGOB*
Ail momeni de retracer les luttes des rois avec les nations ennemies, des martyrs avec les païens, de l'Église avec les bérétiques, j'éprouve le désir d'exposer ma croyance , afin que ceux qui me liront ne doutent pas que je sois catholique. L'effroi que produit chez quelques-mis Topinion de la iin procliaioe du moude me détermine aussi à recueillir, dans les chroniques et les histoires, le nombre des années passées , afin qu'on sache clairement combien^il s'en est écoulé depuis la création. Mais d'abord je réclame Fîndulgence des lecteurs si je m'écarte , daus les mots et daas les syllabes , des règles de la grammaire dont je ne suis pas bien instruit; car je ne nie suis jamais appliqué qu'à retenir j avec simplicité et sans doute de cœur , ce dont i'Éghse prêche la croyance, sachant que Fhomme, sujet au péché, peut obtenir grâce par une loi sincère auprès de notre clément Seigneur.
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à PROLOGUË.
Je crois donc en Dieu, Père tout-puissant ; je crois en Jésus-Christ, son fils unique, notre Seigneur Dieu, né du Père et non créé ; je crois qu'il a toujours été aTCC le Père, non depuis un temps, mais avant tous les temps; car on ne pourrait appeler celui-ci père s'il n'avait pas de fils, ni celui-ci fils s'il n'avait pas de père. Je repousse avec exécralion ceux qui disent : // était quand il n'était pas, etc., et j'affînne qu'ils sont rejetés de rÉglise. Je crois que le Christ est le Verbe du Père, par qui toutes choses ont été faites. Je crois que ce Verbe a été fait chair et que , par sa Passion , il a racheté le monde. Je crois que son humanité et non sa divinité a été soumise à la Passion. Je crois qu'il ressuscita le troisième jour, qu'il délivra l'homme perdu, qu'il monta dans les cieux où il est assis à la droite du Père, et qu'il viendra pour Juger les vivants et les morts. Je crois que le Saint- Esprit procède du Père et du Fils , qu'il ne leur est pas inférieur, qu'il existait en même temps. Je crois qu'il est Dieu égal au Père et au Fils, étant d'une même nature^ d'une omnipotence égale, d'une essence coétemelle, de telle sorte >qu'il n'a jamais été sans le Père et le Fils, et qu'il n'est inférieur ni à l'un ni à l'autre. Je crois quexette sainte Trinité subsiste dans la distinction des personnes , et qu'autre est la personne du Père, autre celle du Fils, autre celle du Saint-Esprit. Dans cette Trinité, je confesse un seul Dieu , une seule puissance et une seule essence. Je crois à la bienheu- reuse Marie, vierge avant l'eu lanternent et vierge après. Je crois à l'immortalité de Pâme ; mais je ne c^ip zss
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PROLOGUE. 5
qu'eUe ait une part de divinité. Je crois fidèlement à
tout ce qui a été établi par les trois cent dix-huit évèques du concile de Nicée. Je pense, sur la iin du monde , ce que j'ai appris de mes anciens. L'Antéchrist d'abord introduira la circoncision» aflirmant qu'il est le Christ; ensuite il placera sa statue pour qu'on Fadore dans le temple de Jérusalem, comme nous lisons que l'a dit le Seigneur : Vous verrez VtUnminaHm de la désolation dans le lieu saint ^ Mais le Seigneur lui-même montre par ces paroles que tous les hommes ignorent ce tte heure : Quant à ce Jour ou à celle heure, nul ne le saU, ni le$ anges qui sont dans le cicL ni le FilSj mais le Père seul*. Nous répondrons aux hérétiques qui affîrment que le Fils est inférieur au Père puisqu'il ignore ce jour : qu'ils sachent donc que ce Fils est le peuple chrétien, duquel Dieu a dit' : Je serai leur père , et ils seront mes fils S'il avait voulu parler de son Fils unique, il n'eût jamais mis les anges auparavant^ car il dit : Ni les anges qui sont dans le del ni le Fils ; ce qui fait voir que ces paroles se rapportent, non à son fils uni(jue, mais à son peuple adoptif • Notre ûn à nous» c'est le Christ lui-même qui, dans son immense bonté, nous accordera la vie éter- nelle, si nous nous sommes tournés vers lui.
La supputation des années du monde et leur en- chaînement sont clairement exposés dans les chroniques d'£usèbe»éYèque de Césarée^ et du prêtre Jérôme. Orose^
ê.
* Èvang. selon saint Mathieu, chap. xxiv, v. 1^
* Évang. selon saint Marc, chap. xiii. v. 32.
9 JI* £piire de saint Paul aux Corinth., chap. vi, v. 1^.
é ÂDAH£X£Y£.
à l'aide de recherches laborieuses , a de même donné i'eiiiemble des années écoulées depuis lecommencemeai du monde jusqu'à son temps. Et c'est ce qu'a fait aussi Victor, lorsqu'il s'efforçait de déterminer Tépoque de la solennité pascale, l^ous désirons^ à limitation de ces auteurs, et , si Dieu daigne nous prêter son concours , calculer la série des années qui se sont écoulées depuis la naissance du premier bomme jusqu'à nos jours ; et nous accomplirons plus facilement cette tâche si nous remontons à Adam.
■
L-^An commencement Dieu forma dans son Cbrist,
qui est le principe de toutes choses, c'est-à-dire dans son Fils, le ciel et la terre. Après avoir créé les éléments du monde, il prit une motte d'un frtigile limon et en façonna I homme à son image et à sa ressemblance ; il souffla sur sa face le souMe de vie , et Tbomme fut fait en âme vivante. Pendant qu'il dormait. Dieu lui ôta une côte dont il forma la femme £ve. 11 n'est pas douteux que ce premier honune, Adam^ avant le péché^i n'offrit les traits du Seigneur^ notre Rédempteur; car Jésus lui- même^ durant le sommeil de la Passion, laissa échapper de l'eau et du sang de son côté, et il produisit une ËgHse vierge et immaculée, rachetée par ce sang, puriûée par cette eau, n'offrant ni tache ni ride, c'est-à-dire purgée de toute tache et de toute ride par la vertu du baptême et de la croix. Ces deux premières créatures humaines» qui vivaient heureusement au milieu des délices du
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GAIN.— ÉNOCH.— LE DÉLUGE. 7
Paradis, séduites par la ruse du serpent, transgressèreul les préceptes divins, et, chassées de ce séjour céleste, elles furent jetées dans les fatigues du monde.
lî. — La femme conçut de son mari, et enfanta deux fîls. Mais tandis que Dieu accueille avec bienveillance le sacrifice de Tun, Tautre animé par l'envie s'emporte, se Jette sur son frère , l'accable , le tue et devient par l'effusion de ce sang fraternel le premier parricide.
III. — ^Dès lors toute la race se précipita dans des crimes exécrables j excepté Énoch le Juste, qui, mar- chant dans les voies de Dieu, fut, à cause de sa justice, enlevé par le Seigneur lui-même du milieu de ce peuple de pécheurs ; car nous lisons : Énoch marcha avec Dieu, et il ne parut plus parce que Dieu Venleva^,
IV. — Le Seigneur donc, irrité des iniquités du peuple qui ne marchait pas dans ses voies, envoya le déluge et fit disparaître, par une inondation, toutes les créatures vivantes de la face de la terre. Il conserva seulement dans Tarche , pour renouveler le genre humain , Noé , qui lui était resté fidèle et reproduisait son image , et avec lui sa femme et les femmes de ses trois fils. Ici les hérétiques nous demandent avec reproche pourquoi l'Écriture sainte a dit que le Seigneur s'était mis en colère. Qu'ils sachent donc que Nctrc-Scigneur ne s'emporte pas à la manière des hommes : il s'émeut pour effrayer, il chasse pour rappeler, il s'irrite pour corriger. Je ne doute pas non plus que cette arche ne soit l'image de l'Église, notre mère ; l'Église, naviguant au milieu
J Genèse, chap. v, v. 2i,
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8 ' NOfi ET SES FILS. .
des Ilots et des écueils de ce inonde, nous recueille dans son sein maternel poar nous préserver des maux qui nous menacent , et nous couTre de ses bras et de sa protection tutéiaire.
Depuis Adam jusqu'à Noé, on compte dix générations : Adam , Seth , Enos , Caïnan , Malaléel, Jared , Enoch , Mallmsalem , Lamech, Noé. Pour ces dix générations > on trouve mille deux cent quarante-deux ans. Adam fui enterré dans la terre de Chanaan , appelée auparavant Ébron, comme l'indique dairemeot le livre de Josué.
V. — Après le déluge, Noé avait trois fils,Sem, Cham et Japhet. Ils donnèrent tous trois naissance à des nations; et, comme le dit Fancienne histoire, c'est d'eux que le genre humain est sorti pour se disperser sous la face du deL Le premier né de Cham fut Ghus^ qui , par l'insinuation du diable , inventa l'art de la magie et l'idolâtrie. Le premier aussi, i)ar Tinstigation du diable, il construisit une statue pour l'adorer ; et par son pou* voir trompeur, il faisait voir aux hommes des étoiles et du feu tombant du ciel. 11 passa chez les Perses qui l'appelèrent Zoroastre, c'estpà-dire étoile vivante. Ayant pris de lui la coutume d'adorer le feu, ils adorent, comme un Dieu, cet homme même qui fut brûlé par le feu divin.
YL — ^Lorsque les hommes se multipliant se furent répandus par toute la terre, ils sortirent de l'Orient et trouvèrent les champs fertiles de Sennaar. Ils y bâtirent une ville et s'efforcèrent d'élever une tour qui atteignit aux cieux. Mais Dieu, mettant la confusion dans
Lâ tour de BABEL.— ABRAHAM. V
leur Taine entreprise et dans leur langue» le» dispersa par tonte la terre dans les vastes espaces do monde. La ville fui nommée tîabel, c'est-a-dire confusion, parce que Dieu avait confondu leurs langues. C'est la Baby- lone bâtie par le géant Nembroii, fils de Cluis; Orose rapporte dans son histoire qu elle a été construite en forme de carré, dans une plaine magnifique ; son mur, bâti de briques et de bilunie, a cinquante coudées d'é- paisseur^ deux cents de haut, et quatre cent soixante-dix stades de circuit. Le stade est de cinq aripemes. Il y a sur chaque côté vingt-cinq portes, ce qui fait en tout cent. Les battants de ces portes,d'une grandeur extraordinaire, étaient fondus en airain. Le niènie historien donne beau- coup d'autres détails sur cette ville et ajoute : a Celte construction , malgré sa magnificence , n'en fut pas moins |)rise et renversée. »
Vil. — ^Le premier fils de Noé fut Sem, duquel naquit Abraham à la dixième p^énération ; c'est-à-dire Noé, Sem, Arphaxad, Salé, liéber^ Phaleg, Reû, Sarug et Tharé, qui engendra Abraham. Pendant ces dix gé- nérations, c'est-à-dire depuis ]\oé jusqu'à Abrabau], on trouve neuf cent quarante -deux ans. En ce temps régnait Ninus, qui bâtit une ville appelée Ninive, à laquelle le prophète Jonas assigne une étendue de trois journées de chemin. C'est dans la quarante-troi- sième année du règne de Ninus que na(iuit Abraham, et c'est à Abraham que commence notre foi. Il reçut les promesses de Dieu, el le Christ Notre-Seîgneur lui
fil counaitic, en changeant la victime du sacriiice, qu'il
1.
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10 LES FILS D'ABRAHAM.
naîtrait et soufli irait pour nous, car u ilit lui-même dans rÉvangiie; Abraham a désiré avec ardeur dê «otr mon jour, êi il Va m, et il a été rempli de joie ^ SéYère raconte^ dans sa chronique, qu'Abraham offrit son holocauste sur le mont Calyaire, où le Seigneur a été crucifié, et c'est aujourd'hui encore l'opinion com-* mune dans la Tille même de Jérusalem, Sur cette mon- tagne a été plantée la croix sainte où fut attaché noire Rédempteur et d'où coula son bienheureux sang. Abra- ham reçut le signe de la circoncision; ce qui fait tcnf que le signe qu'il portait sur le corps, nous devons lô porter dans notre cœur, car le prophète dit : Ayei Min lie wm$ eire&mire pour votre IHeu et de dreondre w>tre cœur^. £t : Ne suivez point les dieux étrangers*. aussi : Tout étranger incireoncis de ecmr n'entrera poini dans mon sanctuaire''. Dieu, après avoir ajouté une syllabe au nom d'Abraham \ l'appela le père d*un grand nombre de nations.
VllL-^A l'âge de cent ans, il engendra Isaac Isaac, dans la soixantième année de son âge, eut deux fils de Rébecca. Le premier, Ésaïi, qu'on appelle aussi Édom, c'est-à-dire fait de terre, vendit son droit d'aînesse par gourmandise. Il est le père des Idmnéens : lobab en descendit à la quatrième génération; c'est-à-dire Ésau»
1 Èvang. «elon faint Jean, chap. vin, 66» t J}ei$iéronome, chap. zi, y. 10. • JérémU^ chap. zxxv» t. 15. ^ ÈitéeUtit chap. xliv, v. 9. S Abraham au lieu d'Abram.
7AC0B ET SES ^ILS. 11
Rahud, Zara et Jobab, qui engendra Job. Celui-ci vécut deax cent quarante^neut anfi : dans sa qnatre-Tîugtiënie année^ il fut délivré de ses infirmités; après celte gué-' risoD, il vécut cent soixante-dix ans, ayant recouvré au double toutes ses richesses, et il eut le bonheur de se voir enlouré d'autant de lils qu'il en avait perdu.
IX.-^Iie second fils dlsaac fut Jacob, chéri de Dieu^ comme Ta dit le Seigneur par la bouche du prophète : J'ai aimé Jacob H j'ai hai Ésaû Depuis sa lutte contre Fange il fut appelé Israël, et de ce nom vient celui des Israélites. IJ engendra douze patriarches dont voici les noms : Ruben, Siméon» Lévi, Juda, Issacbar, Zabulon^ Dan, Nephthali, Gad et Aser- Après ceux-ci il eut de Bacfael Joseph, dans la quatre-vingt-douzième année de son âge. Il aima ce fils painiessus les autres. 11 eut aussi de Rachel Benjamin, qui fut le dernier de tous. Joseph, à ràge de seize ans, image du Rédempteur, eut des songes quMl raconta à ses frères: il crut vdr qu'il liait des gerbes que les gerbes de ses frères ado- raient; et ensuite, que le soleil et la lune, avee ooie étoiles^ tombaient devant lui. Ces choses allumèrent oontre lui k haine de ses frères : enflammés de jalou- sie, ils le vendirMt pour vingt pièces d'argent à des Ismaéhtes qui allaient en Egypte. Pressés par la famine, * les frères de Joseph se rendirent en Egypte et furent reconnus par Joseph, qu'ils ne reconnurent pas. Après leu]^ avoir fait subir de longues épreuves et s'être fait amener Benjamin, qui était né de sa m^ Rachel, Jo-
i JCalocfcie, cnap. i, v. 3, 3,
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1% LE NIL.
sepli se découvrit à eux. Alors tons les Israélites des- cendirent en Égy[>le, où Joseph les ût jouir de la faveur de Pharaon. Jacob mourut en Ëgypte» après avoir béni ses douze fils, et fut porté au tombeau de son [)ère IsaaC) dans la terre de Chanaau. Joseph et Pharaon morts^ toute la race des Israélites fut réduite en servi- tude, et ce fut Moïse qui l'en tira après les dix plaies fl'Égypte et quand Pharaon eut été engbuti dans la mer Ronge.
X.^Coinmc plusieurs auteurs ont beaucoup parlé du passage de cette mer, je crois convenable de dire ici quelque chose de la situation de cet endroit et du pas- sage même. Le Nil^, comme on le sait, parcourt toute FÉgypte et la féconde par ses débordements; c'est pour cela que les Égyptiens sont aussi appelés habitants du Nil. Un grand nombre de voyageurs disent que les bords de ce fleuve sont couverts maintenant de saints monastères. Sur son rivage est bâtie une ville nonuuée Babylone, mais qui n'est pas cette Babylone dont noos avons parlé plus liante Joseph y fit construire des gre- niers d'un travail étonnant^ et bâtis en pierres carrées ot en modlons. Ils sont spacieux dans le bas et resser- rés dans le haut^ de telle sorte qu'un y jette les grains par un petit trou. On voit encore ai^ourd'hui ces gre- niers Ce fut de cette ville que le roi partit a\ec une armée de chars et un grand nombre de fantassins à la
t C'est le Caire.
«Ce sont les Pyramides. L'opinion que Grégoire de Tours émet »ur leur destination était généralement admise an moyen Age.
t
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PASSA&£ D£ LÀ. MER ROUG£. 18
poursuite des Hébreux ^ Le fleuve, venant de Torient, court à Toccideni vers la mer Rouge. De Toccident. àTori^^avanceun étangouuobrasdelamerRouge^ qui a environ cinquante milles de long sur dix-buit de large. A Textrémité de cet étangs une ville nommée Clysma a été bâtie non en raison de la fertilité du lieu, car il n'eu est pas de plus stérile^ niais à cause du port, qm attire par sa commodité les vaisseaux venant de rinde. De là les marchandises se répandent dans toute TÉgypte. Les Hébreux s'étant dirigés par le désert vers cet étang s'avancèrent jusqu'à la mer, et, trouvant de Teau douce, ils y cam[)èrent. Ils étaient donc arrêtés dans ce lieu resserré entre le désert et la mer, comme le rapporte TÉcriture: Pharaon, apprenant qu'ils ' éULienl embarrassés en des lieux élroiu et renfermés par le désert, sans ovotr aucun chemin pour Réchapper, se met à leur poursuite*. A son approclie, le peuple poussa de grands cris vers Moïse. Celui-ci» par Tordre de Dieu, ayant étendu sa baguette sur la mer, elle se divisa ; et les Hébreux passant à pied sec, entourés des eaux comme d'un mur, ainsi qu'il est écrit', ayant Moîse à leur têle^ arrivèrent sains et sauls à l'autre rivage^ qui est vis-à-vis le mont JSinaï, taudis que Tarmée des . Égyptiens fut submergée. J'ai dit qu'il y avait beaucoup de récits relatifs à ce passage ; mais nous avons appris la '
t Pour l'explication de ce passage, comme pour tous les faits géoc^plûques, nous renvoyons à la Géographie de Grégaire de Tourê, travail entic-rement nouveau que nous avons cru utile de joindre îi cette traduction. (V. h. la fin du t. II, au mot NUut.)
s Exode, chap. ziv, v. 3. — * Exode, chap. ziv, v. 2%,
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U PAS8AGB DE LA MER R0U6B.
Térité par le témoignage de savanls et d'hommes qui ont râité les lieux mêmes, ei nous TioséroDs ici. Us disent en effet que les sillons tracés par les roues des chars subsisieut encore^ et qu'on les aperçoit dans le fond des eaux aussi loin que la vue peut percer. Si quelque mouyement de la mer vient à les cacher^ on les moit par la Yolontô de Dieu lorsque les ûotss'apaisent. D'antres disent que les Israélites^ après avoir (Ut dans la mer un tour peu étendu^ revinrent à la même rive d'où ils étaient partis; d'autres affirment qu'ils passé* vent tous par un seul chemin, et quelques-uns qu'un obemin s'ouvrit pour chaque tribu, à l'appui de quoi ils apportent le témoignage du psanme i B a si^ paré la mer Rouge en sentiers. Il faut entendre ces mots selon l'esprit et non selon la lettre, car il y a dans ce monde, qu'on appelle figurément une mer» un grand nombre de parts distinctes, et tous ne peuvent pas au as>mo moment et par un seul chemin passer à la vie éternelle. Les uns passent à la première heure : ce sont ceux que le baptême a régénérés et qui peuvent persis- ter jusqu'à la fin de la vie terrestre sans aucune souil- lure de la chair ; d'autres passent à la troisième heure: ce sont ceux qui se convertissent dans un fige plus avancé; d'autres & la sixième heure : ce sont ceux qui compriment la violence des désirs luxurieux ; et à ces di- verses heures, comme dit rÉvangéliste, ils doivent tra- vailler chacun selon sa foi à la vigne du Seigneur. Tels sont les sentiers par lesquels on passe cette mer. Quant à cette opinien qw leskratiites, étant allés jusque dans
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ISBAKL nAKS LE 1>ÉSERT.-«AUL. 1§
k metp rennrent en oôloyaDi Tétaug» eUe s apfMiia sur ee que Dieo dit à Moïse: Qu'iU rekmmnU tî qu'ik
campent devanl Phtahiroih, qui est entre Magdal H (a mer, «ts-à-oû éê MêeUeplum K U a'esi pas douteux qjoe ce passage de la mer et la colonne de nuées sont l'image de noire baptême, puisque le bienheureux apôtre Paul dit: Or,wm$ntd9CêspaMignùrêr,mesfrirm,qu$ mm pères oni été tous sous la nuée, qu ils ont tous été bapti^ i«f $om inconduiu dê Mom doiu la nuée el éum fe mer'. Lacdonoede feu est rimage do Saint-Esprit
Depuis la naissance d'Abraham jusqu'à la sortie d« fils d'Israël ou le passage de la mer Rougo^ qni arriTm la qiiaire-Yingtième année de Moïse^ on compte quatre cent soixante-deux ans.
XL — ^Âprès cela, les Israélites demeurèrent quarante ans dans le désert^ où ils reçurent des lois, furent éprou* Tés et vécurent de la nourriture des anges; ensuite^ après avoir reçu la loi, ils passèrent le Jourdain avec Josué et prirent possession de la Terre promise.
XIl^Après la mort de Josué, les Hébreux, méprisant les préceptes divins, furent souvent réduits en serYi- tode par les nations étrangères. Mais lorsqu'ils se oon« Tertissaient et gémissaient. Dieu leor donnait des hommes courageux dont le bras les délivrait. Ensuite demandant au Seigneur» par Tentremise de Samuel» nn roi, comme les autres nations, ils en reçurent d'abord Saûl, et ensuite David.
Depuis Abraham jusqu'à David on compte quatorse
* Exodê, cbap. xiv, t. 3.
s JM Rfàre de saint Paul aux Corinth., chap, x, r, l, %
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M . SALOMON.— CONSTRUCTION DU TEMPLE.
générations: Abraham, Isaac, Jacob, Juda, Phares, Esron, Aram^ Aminadab, Naason, Salmon^ Booz, Obeà, Jessé et David ^ qui eut Salomon de Bersabée. Salomon fut élevé au trône par le prophète Nathan^ par son frère et par sa mère.
XIII. — A la mort de David, Salomon ayant com- mencé à régner^ le Seigneur lui apparut et lui promit de lui accorder ce qu'il demanderait. Le roi, mépridant les richesses terrestres, préféra la sagesse. Celte demande . plut tellement au Seigneur qu'il lui dit : Parce qite • wm n'avez point demandé lee royaumes de ce monde 7ii ses richesses, mais que vous m'avez demandé la sa- geese^vous Vaurez de telle eorte qu'il n'y ait jamais eu d'homme avant vous qui vous ait égalé et qu'il n'y en aura point après vous qui vous égale \', ce qui fut con- firmé par le jugement que le roi rendit sur ces deux fcuiiiies qui se disputaient un enfant. Salomon bâtit^ au nom du Seigneur^ un temple admirable^ orné de beaucoup d'or, d'argent, d'airain et de fer, en sorte que quelques-uns disent qull n'y a jamais eu dans le
' monde un semblable édifice.
Depuis la sortie des fils d'Israël de TÉgypte jusqu'à la construction du Temple, qui eut lieu la septième année du règne de Salomon, on trouve quatre cent quatre - vingts ans , comme Tatteste Tbistoire des Rois.
XIV. — Après la mort de Salomon, le royaume fut ^-
Visé en deux parties, à cause de riniquilé de Koboam.
s R»i$, Uv. III, chap. ni, v. 11, 12.
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BOIS DES JUIFS. 17
n resta à Roboam deux tribus qui furent appdées
royaume de Jiida; et Jéroboam en eut dix, qu'on appela royaume d'Israël. Ensuite ces tribus s'adonnèrent à ridolàtrie, et ne purent êlre rappelées ni par les oracles, ni par la mort de leurs prophètes^ ni par les désastres de leur pairie, ni par la ruine même de leurs rois; • tant qu'enfin le Seigneur^ irrité contre elles, suscita Nabuchodonosor, qui les emracna captives à Babylone, ayec tous les ornements du Temple.Le prophète Daniel, qui resta sain et sauf parmi les lions affamés^ et les' trois jeunes hommes, qui demeurèrent couverts de ro- sée au milieu des flammes, subirent cette captivité, pendant laquelle prophétisa Ézéchiel et naquit le pro- phète Ësdras.
Depuis David jusqu'à la ruine du Temple et la cap- tivité en Babyloue, on compte quatorze générations, c'est-à-dire David, Salomon, Roboam, Âbias, Asa, ' Josaphat, Jorain, Ozias, Joalham, Achaz, Ezéchias, Manassé, Amon, Josias. Pendant ces quatorze généra* tiens, on trouve trois cent soixante-un ans. Les Israélites furent délivres de cette captivité par Zorobabel, qui ensuite rétabht le Temple etla ville. Cette captivité est, je crois, Fimage de Ja captivité oii est retenue Tàme pécheresse, et qui la fera vivre dans un horrible exil si elle n'est pas délivrée par Zorobabel, c'est-à-dire par le Glirist. Le Seigneur le dit lui-même dans l'Évangile ; Si le Fils vou$ met en liberlé, vous serez véritablement K&res *. Qu'il daigne, je Feu supplie, se conslruire en
* Èvang, selon eaini Jean, ohap. zin, y. 36.
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18 DU BEXOUR D£S JUIFS JUSQU'A JÉSUS-CHKIST.
nous-mêmes un temple où il vienne habiter, où la foi brille comme Tor^ où Féloquence de la sainte prédica- tion éclate comme l'argent^ et où tous les ornements do temple "visible reluisent dans la tempérance de nos sens et Tbonnéteté de notre vie 1 Que le Seigneur couronne nos bonnes intentions de salutaires effets; car st h Sei- gneur ne bâtit une maison, c'est en vain que travaillent eewe qui la bàtissmu^. On dit que cette captivité dura soixante-seize ans.
XV.— Ramenés dans leur patrie par Zorobabel» tantôt murmurant contre Dieu, tantôt se prosternant aux pieds des idoles ou faisant des abominations, imitant les actions des Gentils et méprisant les prophètes de Dieu^ les Israélites furent envahis^ subjugués et massa- crés par les Gentils jusqu'à ce que le Seigneur, annoncé par la voix des prophètes et des patriarches, conçu dans le sein de la Vierge Marie par Topération du Saint- Esprit, daignât naître pour racheter cette nation, ainsi que toutes les autres.
Depuis le retour à Jérusalem jusqu'à la naissance 'de Jésus -Christ, on compte quatorze générations» c'est-à-dire Jéchonias, Salatbiel, Zorobabel^ Abiud, Ëliacim, Azor, Sadoc, Achim, Éliud, Éléazar, Mathan, lacob, Joseph > époux de Marie, qui enfanta Notre^ Seigneur Jésus «Christ; Joseph est le quatorzième*
XY L— Pour ne pas avoUr Tair de ne connaître que la seule nation des Hébreux, nous parlerons des autres royaumes et dirons quels ils furent et dans quel temps
1 Psaume cxxvi, v. 1.
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BOYAUMES DIV£liS.— DMPEBEUBS HUMAINS. 19
de rhistoire des Israélites ils subsistèrent. Du temps
d'Abraham, Ninus régnait sur les Assyriens; Europs SQT les Sicyoniens. Chez les Égyptiens était alors la seizième dominatioi]. que, dans leur langue, ils appe- laient dynastie. Du temps de Moïse , les Argiens avaient pour septième roi Tropas ; Gécrops était le pre- mier roi de TAttique ; les Égyptiens avaient pour dou- zième roi GenchriSi qui fut submergé dans la mer Rouge; le seizième roi des Assyriens était Agatade; Marate occupait le trône des Sicyoniens. Du temps de Salomon, lorsqu^il régnait sur Israël, Sylirius était te cinquième roi des Latins ; Festus celui des Lacédé- moniens ; Ûxion était le deuxième roi des Corinthiens; Théphei, roi des Égyptiens. Dans la cent vingt-sixième année, Eutrope régnait sur les Assyriens; Agasaste était le second roi des Athéniens. Lorsqu'Amon ré- gnait sur les Juifs, quand ils furent emmenés en cap- tivité en Babylooie, Argée était roi des Macédoniens; GygèSy roi des Lydiens; Yafrès, roi d^gypte ; et Na- buchodonosor; qui emmena les Israélites captifs, était roi de Babylone ; Senrius Tullius était le sixième roi de ftome.
XVII.— Après eux vinrent les empereurs. Le premier fut Jples César, qui s'empara du pouvoir dans tout Veoh pire ; le second fut Octave, neveu de Jules César, et qu'on nomme aussi Auguste, d'où le nom d'Auguste donné à un mois. Dans la dix-neuvième année de son règne, on trouve clairement indiquée la fondation de Lyon, des Gaules^ qu'on nonmia dans la suite très-nobbi# à
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90 LA NATIVITÉ.— LB CHRIST ET SES MIRiCLBS.
cause de TilLustratioa que lui donoa le sang des martyrs. '
XVIII. — Dans la quarante-troisième année du règne d'Auguste, naquity selon la cliair, Notre-Seigneur Jésus- Christ, conçu , comme nous Fayons dit , par la Vierge Maiùe, dans Bethléem^ ville de David. Les Mages, ayant TU de rOrient son étoile immense, vinrent avec des présents^ et, déposant leurs oflhmdes^ adorèrent le nouveau-né. Hérode , par crainte pour son royaume , s'efforçant d'atteindre le Dieu-Christ , fit périr tous les petits enfants. Mais il ne tarda pas à être frappé lui- niéme du jugement de Dieu.
XIX. ^Notre-Seigneur Dieu^ Jésus-Christ^ préebe la pénitence^ accorde la grâce du baptême, promet à toutes les nations le royaume des deux, et fait » au milieu du . peuple, des prodiges et des miracles : c'est-à-dire qu'il change Teau en vin, qu'il guérit les ûévreux, rend la lumière aux aveugles, fait renaître les morts à la vie, délivre des esprits immondes ceux ciui en sont obsédés, et guérit la peau dégoûtauie des malheureux lépreux. Pendant qu'il opérait ces miracles , ainsi que beaucoup d'autres, il prouva clairtment aux peuples qu'il était Dieu; ce qui alluma la colère des Juifs et anima leur haine. Alors leur esprit, nourri du sang des prophètes, médita méchamment de faire périr le Juste. Pour que les oracles des anciens prophètes fussent accomplis ^ Jesus-Cbrist fut livré par un de ses disciples, condamné injustement par les pontifes, insulté par les Juifs, cru- dûé avec des larrons, ct^ après avoir rendu Tâme, son '
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70SEPH D'ARIMATHTÊ.— L'APOTRE JACQUES. 91
corps fut gardé par des soldais. Pendant qae ces choses se passaient^ des ténèbres se répandirent snr le monde entier^ et un grand nombre dliomnies^ s étant convertis avec gémissement, confessèrent Jésus Ûls de Dieu.
XX. — Joseph, qui avait embaumé d'aromates le corps de Jésus et Tavait renfermé dans son tombeau , fut arrêté et mis dans une prison^ où il fut gardé par les chefs mêmes des prêtres, qui, comme on le voit par les rapports que Pilate envoya à l'empereur Tibère , l'a- vaient en plus grande haine que le Seigneur lui-même, puisqu'il fut gardé par des prêtres^ tandis que Jésus ne Pavait été que par des soldats. A la résurrection dn Seigneur, une vision d'anges ayant effrayé les gardes qui ne le trouvaient plus dans le tombeau, pendant la nuit les murs de la prison qui renfermait Joseph furent enlevés en Vaic, et un ange> après avoir délivré le pri- sonnier, remit les murs à leur place. Gomme les pontifes faisaient des reproches aux gardes et leur redeman- daient vivement le corps , tous les soldats leur dirent : « Rendez vous-même Joseph , et nous rendrons le Christ. Mais, en vérité, vous ne pouvez rendre le bien- faiteur de Dieu, ni nous le ûls de Dieu, b Les prêtres restèrent conius, et les soldats furent absous par cette excuse.
XXI. — On rapporte que Tapôtre Jacques, ayant vu le
Seigneur mort sur la croix, jura plein d'affliction, qu'il ne mangerait de pain que quand il aurait vu le Seigneur ressuscité. Enfin, le troisième jour, le Seigneur, revenant, échappé avec triomphe au Tartare, se montra
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n LA RÉSURRECXION.— L'ASCENSION.
à Jacques et lui dit : Lève-toi, Jacques, et mange, parce que je $uis ressuscité d'entre les morts. C'est Jacques le Juste^ qu'on nomme le frère da Seigneur parce quMl était fils de Joseph quiTavait eu d'une autre femme que Marie.
XXIL— Nous croyonsquela Résurrection du Seigneur a eu lieu le premier jour et non le septième , comme beaucoup le pensent. Le jour ou Notre-Seigneur Jésus- Christ est ressuscité est celui que nous avons appelé dimanche, c'est-a^re jour du Seigneur, à cause de sa sainte résurrection. Ce jour fut le premier qui , dans Torigine des temps, vit la lumière, et c'est aussi le pre- mier qui eut le bonheur de contempler le Seigneur sortaat du tombeau.
Depuis la captivité de Jérusalem et la destruction du Temple jusqu'à la Passion de Notre-Seigneur Jésus- Christ, c'est-à-dire jusqu'à la dix-septième année du règne de Tibère, on compte six cent soixante-huit ans.
XXIIL — Le Seigneur étant ressuscité, et ayant dis- couru pendant quarante jours avec ses disciples sur le royaume de Dieu , fut euTcloppé à leur vue dans un nuage, et monta aux cieux, où il est assis dans sa gloire à la droite du Père. Pilate envoya à Tibère des rapports dans lesquels il lui parle des miracles de Jésus-Christ, de sa Passion et de sa Résurrection. Ces rapports nous
ont été coosenrés j usqu'à présent K Tibère en fit part au
«
< Les 0iilttPtIalî,qm «ont parvenus jusqu'aux temps modernes, tout éTidemment des fabrications dépourvues de toute authen- ticité.
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PERSECtItlOKBE KEROK. f8
Èénàiy qui les rejeta avec colère , parce qu'il n'eu avait pas été instruit le premier. De là naquirent les premiers germes de haine contre les Clirétiens. Pilate ne resta pas impuni du crime de sa méchanceté» c'est-à-dire de la mort qu'il fit subir à Notre-Seignenr Jésus-Cfarfst. II se tua de ses propres mains. Un grand nombre croient qu'il était manichéen, d'après ce qu'on lit dans l'Évan- gile : Quelques-uns des Galiléens vinrent dire à Jésus que FilaU avait méU leur sang avec celui de kurs sacrificee
De même le roi Hérode , ayant persécuté les'ap6tres a du Seigneur» fut frappé pour tant de crimes par la main de Dieu ; son corps enfla, se remplit de vers; Uérode prit un couteau pour se délivrer de son mal et s'en frappa de sa propre main.
XXI Y.— Sous le règne de Claude^quatrième empereur depuis Auguste» le bienheureux apôtre Pierre se rendit à Rome où, dans ses prédications, il prouva clairement par un grand nombre de miracles qne le Christ est flis de Dieu. C'est dans ce temps que les Chrétiens commen- cèrent à paraître à Rome. Comme le nom du Christ se répandait de plus en plus parmi les peuples , la haine du vieux serpent se ralluma, et insuiua une cruelle méchanceté dans le cc^ur de l'Empereur ; car ce Néron luxurieux, vain et superbe , se livrant aux hommes et assouvissant sur eux ses désirs , amant inCâme de sa mère, de ses sœurs et de toutes ses proches parentes, pour combler la mesure de ses iniquités, excita le pre-
A Éioang» a^lon saint Luc, cbap« xitt, 1«
^ -N
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34 SAINT PIERRË CRUCIFÎÉ.
mier une persécalion contre les Chrétiens. Il avait avec lui Simon le Magicien^ homme plein de méchanceté et maître dans les arts de la magie. Cet homme ayant été vaincu par les apôtres du Seigneur Pierre et Paul , Néron, irrité contre eux parce qu'ils prêchaient le Christ iils de Dieu^et refusaient avec mépris d'adorer les idoles^ ordonna qu'on ftt mourir Pierre sur la croix et Paul par le glaive. Bientôt lui-même^ cherchant à fuir une sédi- tion qui s'était élevée contre lui, se tua de sa main , à la quatrième borne à partir de la ville.
Dans ce temps> Jacques^ le frère du Seigneur, et Marc l'Ëvangéliste reçurent la glorieuse couronne du martyre pour le nom du Christ. Le premier, Étienue^ lévite et martyr, était entré dans cette bienheureuse voie» Après la mort de Tapôtre Jacques, une grande calamité acca- bla les Juifs; car Vespasien étant monté sur le trône, le Temple fut incendié, et six cent mille Juifs périrent dans cette guerre par le glaive et la famine. Domitien fut le àecond qui^ après Néron, persécuta les Clirétiens: il envoya en exil dans 111e de Pathmos Fapôtre Jean, et exerça contre le peuple diverses cruautés. A sa mort, saint Jean, apôtre et évangéliste, revint de Texil âgé et plein de jours, et, après avoir mené une vie parfaite en Dieu, il s'enferma vivant dans le sépulcre. On dit qu'il ne connaîtra point la mort avant que le Seigneur vienne de nouveau i)our le jugement, le Seigneur lui-même disant dan» les Évangiles : fy vmx qik'U demeure jusqu'à ce que je vienne K
i Èvattg, aelon saint Jean, chap. xxi, y. â3«
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PERSECUTION I)E TRAJ AN.— HÉRÉSIES. «5
XXV. — ^Trajan^ le troisième après Néron, persécuta les Chrélions ; sous son règne saint Clément^ troisième évêque de TÉglise de Rome^ subit le martyre. On dit aussi que saint Siméon , cvcque de Jérusalem et fils de Cléophas^ fut cruciûé pour le nom du Christ , et qu'Ignace, évêque d'Âniioche , fut conduit à Rome et livré aux bêtes. Ces événements eurent lieu sous Irsyan.
XX VI.— A Trajan succéda iËlius Adrien^ de qui Jéru- salem prit le nom d'iEIia , parce que ce successeur de DoDiitieu ût réparer cette ville. Après ces martyres des saints^ ce ne fut pas assez à Fentiemi de Dieu d'avoir excité contre les Chrétiens les nations infidèles, il fallut encore qu'il fit naître des schismes entre les Chrétiens eux-mêmes ; il suscita des hérésies, et la foi catholique déchirée fut interprétée de diverses manières. Sous l'empereur Anionm parut Thérésie insensée deMarcfon et de Valentinien ; et Justin le Philosophe, après avoir écrit en faveur de TÉglise catholique , fut couronné du martyre pour le nom du Christ. Dana TAsie, une persé- cution s'étant élevée, saint Polycarpe, disciple de Jean^ apôtre et évangéliste , dans la quatre-vingtième année de son âge , fut brûlé comme un pur holocauste offert au Seigneur. Dans les Gaules , un grand nombre de Chrétiens reçurent pour le nom du Christ la précieuse et brillante couronne du martyre ; Thistoire de leurs souffrances nous a été conservée fidèlement jusqu'à ce jour.
XXV IL— Le premier fut Photin^ évéque de la ville de
Lyon^ qui, plein de jours, subit pour le nom du Christ 1. «
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S6 t>£RSÉCUTION DË DËCË.
divers supplices. Saint irénée, successeur de ce martyr^ et qui avait été envoyé dans cette ville par saint Polycarpe , se distingua par une admirable vertu ; en un court espace de temps , et par ses prédications , il rendit chrétienne la ville entière. Une persécution / s'étant élevée, le démon suscita ^ par la main du tyran» de telles guerres dans ce pays , un si grand nombre de fidèles furent égorgés parce qu'ils confessaient le nom du Seigneur^ que des fleuves de sang chrétien couraient sur les places publiques, et que nous ne pourrions dire le nombre ni les noms des martyrs ; le Seigneur les a Inscrits sur le livre de vie. Le bourreau ayant fait infliger, en sa présence , d'horribles supplices à saint Irénée, le consacra ainsi à Notre-Seigneur Jésus-Christ. « Après ce saint évêciue on fit périr quarante-huit mar* tyrs, dont le premier fut, dit-on, Vettius Épagaihus.
XXYIIL— Sous Tempereur Dèce de longues persécu* tiens furent suscitées contre le nom chrétien, et il y eut un si grand carnage qu'on ne pourrait compter les martyrs. Babylas, évéque d'Antioche, avee trois petits enfants, Urbain^ Prilidan et Épolone; Sixte, évéque de la ville de Rome; Laurent, archidiacre, et Hippolyte reçurent le martyre pour aVoir confessé le nom du Sei- gneur. Valentinien et Novatius, alors les principaux chefs des hérétiques, à Tinsinuation de Tennemi de Dieu, attaquèrent notre foi. Dans ce temps sept hom- ' mes, nonunés évêques, furent envoyés pour prêcher dans les Gaules, comme lé rapporte lliistoire de la pas- sion du saint martyr Saturnin : a Sous le consulat de
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LES $£PI PRKDICAX£URS DE LA GAULE. S7
Décius et de Gralus, comme le rappelle un souvenir fidèle^ la ville de Toulouse eut pour premier et plus grand évéque saint Saturnin. » Voici ceux qni furent envoyés : Galien^ évêque, à Tours; Tropliime à Arles; l^ul à Narbonne, Saturnin à Toulouse, Denis à Paris, Slrémon à Clermont et Marital à Limoges. Parmi ces pontifes, Denis, évéque de Paris, subit divers sup- plicés pour le nom du Christ, et, frappé du glaive, termina sa vie en ce monde. Saturnin, déjà assuré du martyre, dit à deux de ses prêtres : c Voici que je vais être immolé et que ma fin approche. Je vous en prie, jusqu'à ce que j'aie terminé ma vie, ne m'aban* pas. » Il fut pris, on le conduisit au Gapitote, les deux prêtres Tabandonnèrcnt, et il fut emmené seiil. Se voyant ainsi délaissé, on raconte qu'il fit cette prière : « Seigneur Jésus-Christ^ exauce-moi du haut de ta sainte demeure : que cette Église n'ob- tienne jamais d'avoir un évôque pris entre ses ci- toyens. » Nous savons que jusqu'à présent sa prière # été exaucée. Attaché à la queue d'un taureau en lisreur, et précipité du haut du Capitole, il termina sa vie. Catien, Trophime, Strémon, Paul et Martial, Tivant^dans une éminente sainteté, après avoir gagné les peuples à TEglise et répandu partout la foi chré- y^QD^ pioururefit en confessant paisiblement le Sel-' l^iéiîf^.^ sortis du monde par la voie du
martyre, et ceux qui sont morts sans tiouble dans leur fsfr s^ unis dans le royaume des cieux. XXIX»<»Un d0 leurs discipies, étant allé dans la ville
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S8 CONVERSION D£S B1TUKIG£S.
de Bourges, annonça aux peuples le Seigneur Jésus- Cbrist^ sauveur de tous. Un petit nombre d^hommes ayant oru en lui furent ordonnés prêtres, et apprirent de lui la t^aiuUi liturgie. Il leur enseigna de quelle ma- nière, ils deyaient construire une église. Ils deman- dèrent, pour en faire une,' la maison d'un citoyen; les sénateurs ^ et les prêtres du lieu étaient alors attachés à des cultes idolâtres; ceux qui avaient era étaient d'entre les pauvres, selon ce que le Seigneur reproche aux Juifs, disant : Lespublkains elles femmes prosliltiéu v(ms devanceront dans le rtnfaume de JHeùK N'ayant pas obtenu la maison qu'ils demandaient^ ils allèrent trouver un certain Léocade^ Tun des premiers sénateurs des Gaules, qui était de la race de Vettius Épagathus, martyrisé à Lyon pour le nom du Seigneur» conune
* Le mot tenator n'a point, dans Grégoire de Tours et dans les
('•crivains de cette époque, une signifiratinn unique, pr(^cise et constante; il désigne tour à tour : 1° Les familles dont des mem- bres avaient été admis par les empereurs dans le sénat ro- main. Il y en avait un grand nombre dans toutes les provinces et surtout dans la Gaule Narbonnaisc. Tous ceux qui avaient occupé les principales magistratures de l'ompire, ou obtenu seulement de Tmipereur le titre honoraire de ces magistrat tures, étaient appelés élarimmi et tenaiores; Les sénateurs municipaux des jjrineipales villes 'de la Gaule, ou membres de la curie, corps municipal qui portait quelquefois le titre de smahu; peut-être les magistrats supérieurs de la curie étaient* ils seuls honorés du nom de sénateurs; 3** Enfin les familles riches et considérables, qu'elles fussent ou non agrégées de- puis longtemps au sénat de Kome ou à celui de la cité. Au milieu du désordre des temps, toute famille importante dans sa ville devenait bientôt une famille sénatoriale, et ce titre était donné presque indilféremment à la grandeur de fait et aux an- ciens droits. t Èvang, selon saint Mathieu, chap. xxi , SI,
PBRSÉCUTIOlfS DE YALÉRIËN ET DE 6ALLIEN. S»
. nous l'avons rapporté ci-dessus ; quand ils lui eurent pféseniè leur demaDde et déclaré leur croyance^ il ré- pondit : a Si la maison que je possède dans Bourges est digue de cet emploi^ je ne la refuserai pas. » Aces mois ils se prosternèrent à ses pieds, lui offrant trois cents pièces d'or et un plat d'argent, et lui dirent que sa maison était digne de ce ministère. Léocade ac- cepta trois pièces d'or en signe d'amitié, et remit géné- reusement le reste; comme il était encore plongé dans les erreurs de Tidolâtrie^ il dcTint chrétien et fit de sa maison une église. C'est aujourd'hui la première église de Bourges ; elle est ornée avec un soin admirable el enrichie des reliques du premier marlyr saint Étienne.
XXX. — Le trône impérial fut occupé en vingt-sep- tième lieu par Valérien et Gallien, qui excitèrent contro les Chrétiens une cruelle persécution. Alors Rome fut illustrée par le bienheureux sang de Corneille, et Car- thage par celui de Cyprien. Dans ce même temps, le fameux Chiocus, roi des Âlamans, à la tête d'une amiécf, ravagea les Gaules. On raconte que ce Chrocus était -d^fiTOexttême arrogance; ayant, à ce que l'on rap- porte, ç^^lis des crimes par le conseil d'une mère per- vârse/^IÉMiêmbla, comme nous l'avons dit» la nation des Alamans, se jeta sur la Gaule, et renversa de fond enxomble tous les anciens édifices. Arrivé à Glermont, S4neendia, renversa' et détruisit un temple célèbre que habitante appelaient Ya^so, en langue gauloise K
*ilMqnes màiittsi^ts portent Vota, Les anciens Gaulois pa- fMMMiii^ftvoir désigné par ce nom le dieu Mars; d'autre part on
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aa DIVEKS 14ABIYRS.
C'était im édiflce admirable et solide, doBi les mura étaient doubles; ils étalent bâtis eu dedans ayec petites pitres, en dehors avec de grandes pierres car* rées> et avaient trente piedsd'épaisseur. DansTintérieur le marbre se mêlait aux mosaïques* le paré 'mêmè était de marbre et la couverture en plomb.
XXXÏ.— Près de cette ville reposent les martyrs Limi*? nius et Antolien. Gassiuset Victorin, liés parunelunitié fraternelle dans Tamour du Christ, répandirent tous deux leur sang et entrèrent ensemble dans le royaume des cieux. La tradition rapporte que Victorin aTait été au service du pontife du temple dont je viens de par- ler. Allant souvent dans le quartier dit des Chréêimi, pour les persécuter, il y trouva le chrétien Cassius; tou- ché par ses prédications et ses miracles^ il eut foi dans le Christ; abandonna ses infâmes pratiques ^ se fit consacrer par le baptême et devint puissant et célèbre en miracles. Peu de temps après, unis sur la terrepar le martyre, comme nous TaTons dit, les deux amis montèrent ensemble dans le royaume des cieux.
XXXlI.^Pendant Tirruption des Alamans dans tos Gaules, saint Privât, évêque de la cité des Cabales, fut trouvé dai)s une grotte du mont Memmat, où il se li- vrait aux jeûnes et aux oraisons, tandis que le peuple était enfermé dans les retranchements du camp de
a conjecturé que ce temple était congacré & Uerotire, d'apièt im passage de Pline rAncien (liv. III, chap. vu), qui rapporte que, de son temps, Zénodore construisit en icuver^e un grand temple on l'honneur de ce dieu.
nssÉcimoK de dtoclétikk. ii
Grèzes^ Comme le bon pasteur refusait de livrer sea brebis aux loups» ODTOulut le contraindre de sacrifier
aux démons ; lui détesta et repoussa cette souillure, et on le frappa de serges jusqu'à ce qu'on le crût mort; peu de jours après cette torture il rendit Tâme. Ghroeos ayant été pris près d'Arles, ville des Ga^ules, subit divers tourments, et fut frappé du glaive, par un juste cbâtt- ment des supplices quMl avait infligés aux saints de Dieu.
XXXlll.— Sous Dioclctien, qui fut le trente-troisième empereur nmiain, il s'éleya contre les Êbréliens une cruelle persécution qui dura quatre années, en sorte qu'en une fois> le tiès-saiut jour de Pâques, un grand nombre de fidèles furent massacrés pour le colle du vrai Dieu. Dans ce teuips, ^uirinus, évêque de TEglise de Siscia \ subit pour le nom du Cbrist un glorieux martyre ; les païens en fureur, lui ayant attaché au cou une pierre de meule» le précipitèrent daus les eaux du fleuYe. Après sa chute, il fut longtemps soutenu sur les eaux par la puissance divine; elles ne l'engloutissaient pas parce qu*auçun crimene pesait sur loi. La multitude des spectateurs pleine d'admiration brava la fùreur des Gentils, se précipita pour délivrer le pontife, mais lui ne souffrit pas qu'on l'arrachât au martyre; ayant levé les yeux au ciel, il s'écria : « Seigneur Jésus, qui es assis dans ta gloire, à. la droite du Père, ne souille pas qu'on me retire d'ici; daigne recevoir mon âme et me réunir à tes martyrs daus le repos éternel. »
4 Qrêdmmae eattrum, (V. la Géographie,) * Siickntiê EecUna, (Y. U Géographie,)
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83 CONSTANTIN ET CONSTANCË.
Après avoir prononcé ces mots il rendit Tàme. Son corps, recaeilli par les Chrétiens avec respect^ reçut la
sépulture.
' XXXIV. — Constantin» trente-quatrième empereur des Romains» régna heureusement pendant trente ans.
La onzième année de son rè^ne, lu paix ayant été ren- due aux Églises après la mort de Dioclétien» le bienheu- reux évêque saint Martin naquit à Sabarida^ ville de Pannonie^ de parents idolâtres» mais non obscurs ^ Constantin» dans la vingtième année de son règne» fit pcrir son fils Crispus par le poison et sa femme Fausta dans un t)ain chaud» parce qu'ils voulaient s'emparer de son trône. De son temps le bois sacré de la croix du Seigneur fut retrouvé par le zèle de sainte Hélène, d'après les indications d'un Juit nommé Judas» qui^eçut au baptême le nom de Quiriacus. L'histoire d'Eusèbe va jusqu'à ce temps. Ce qui suit depuis la vingt-unième année du règne de Constantin a été ajouté par le prêtre Jérôme, qui rapporte que le prêtre Juvencus, à la prière de Constantin» mit les Évangiles en vers.
XXXV.— Sous le règne de Constance vécut Jacques de Nisibe, dont les prières, parvenues aux oreilles de la clémence divine» écartèrent de sa ville de nombreux dangers. A la même époque Maximin, évêque de Trêves» fut puissant en sainteté.
Dans la dk-neuvième année du règne de Constance le JeuiKî mourut Termite Antoine, âgé de cent cinq ans. Saint Uilaire» évêque de Poitiers^ fut envoyé en exil à
1 Voir la G coy racine de Grcgoue de Tours,
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SAINT MARTIN. 83
Finstigaiion des hérétiques. Là^ il composa des liTres pour la foi catholique et les envoya à Constance qui^ le délivrant après quatre années d'exil, lui permit de rentrer dans sa patrie.
XXXVI. — A cette époque notre lumière commença à paraître, et la Gaule fut éclairée des rayons d'un nouveau flamheau : c'est-à-dire que dans ce temps saint Martin se mit à prêcher dans les Gaules, faisant con* naître aux peuples, par un grand nombre de miracles, le Christ vrai fils de Dieu, et dissipant l'incrédulité des Gentils. U détruisit leurs temples, accabla Thérésie, bâtit des églises, et, célèbre par un grand nombre d'autres miracles, pour mettre le comble à sa gloire, il rendit trois morts à la vie. La quatrième année du règne de Valentinien et de Vaiens, saint Hilaire de Poitiers, rempli de sainteté et de foi, après avoir opéré partout un grand nombre de miracles, monta aux cieux. On dit qu'il ressuscita aussi des morts.
Mélanie, noble dame romaine, alla par dévotion à Jérusalem, laissant à Rome son fils Urbain. Elle se conduisit avec tant de bonté et de sainteté que les habi- tants rappelèrent Théda \
XXXVII. — Après la mort de Valentinien, Valens, possesseur de tout l'empire, ordonna d'incorporer les mornes dans la milice et de frapper de verges ceux qui refuseraient. Ensuite les Romains soutinrent dans la Thrace une guerre terrible^ le carnage y fut tel qu'après avoir perdu leurs chevaux ils durent s'entair à pied.
I Bimti^S, divin*
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n MORï DE VALENS.— THEODOSE.
Comme ils étaient taillés en pièces par les Goths, Valens fuyant blessé d'une flèche entra dans une pauvre ca- bine qui prit feu, et sous les ruines de laquelle, pour- suivi par les ennemis, il fut enseveli i il ne reçut pas les bonoèuit de la sépulture. Ainsi la vgngeance divine ftitt par lui faire expier le sang des martyrs. Ici s'arrêta la chronique da iérôme i la suite a été écrite par le prèlreOrose.
XXXVIII. — ^L'empereur Gratien, voyant la ruine de la chose publique, s'associa Théodose pour collègue à Fempire. Gelut-d mit son espoir et sa confiance en la miséricorde de Dieu^ et ce fut plutôt par les veilles et la» oraisons que par le glaive qu'il réprima les nations* affermit la république et entra vamqueur dans la ville deConstantmople.
Lorsque Maxime, après avoir opprimé les Bretons, eut été victorieux, ses soldats le firent empereur. Il établit sa résidénce dans la vUle de Trêves, environna de pièges l'empereur Gratien et le fitpérir. Le bienheu* reux MarliQ, alors évêque, alla trouver ce Maxime. Tliéodose, qui avait mis son espoir en Dieu» prit pos- session de tout Tenipire. Soutenu par des inspirations divines» il dépouilla Maxime de son trône et le fit périr.
XXX IX. — En Auvergne, le successeur immédiat d'Austremoine, évêquc et prédicateur, fut Urbicus, Tun des sénateurs qui s'étaient convertis. 11 avait une femme; mais, d'après la coutume ecclésiastique^ elle se sépara de lui et se consacra à la vie religieuse.Us vivaient ainsi daqs les oraisons, les aumônes et les bonnes œuvres, lorsque
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L'ÉVÉQUfi URBtCUS. »
l'envie du démon , qui s'attache toi^ours à la sainteté, s^eierça sur la femme et, l'enflammant de conclus» cence pour son mari^ en fit une nourelle ÈYe. EmporMe par ses désirs et couverte des ténèbres du péché , elle te rendit» au milieu de l'obscurité de la nuity àk maison épiscopale. Là, comme tout était fermé, elle commença àfrapper à la porte et à dire : « Jusques à<piand dormi* fas4n, évéque? jusque» à quand tiendras-lu tes portes fermées ? Pourquoi méprises-lu ta femme ? Pouniuoi tes oreilles scmi-eUes ins^isibles, et n'éoontes-tu pas es précepte de Paul, qui a écrit : Retenez l'un à Vautre, de peur que Saian ne vous tente K Voilà que je reviens à toi, et œ n'est pas Ters un étranger, c'est ym mm mari que je viens. x> Ces paroles et d'autres sembla- bles finirent par endormir la religion du pontife. U fit entrer sa femme dans son lit et ne la renvoya qu'après avoir satisfait sa passion. Ëosuite, mais trop tard, revenu à lut et gémissant de son crime, il se retira dans un monastère de son diocèse pour y faire pénitence. Après avoir effacé sa faute par ses gémissements et ses larmes» il retint dans sa ville. Ayant atteint le terme de sa vie, il sortit de ce monde. De son pécbé naquit une iiile qui se voua à la vie religieuse. Le pontife fiit enterré avee sa femme et sa fille dans la crypte de Chantoin *, près de la voie publique. Légonus lui succéda dans Tépiscopat.
XL.— Celui-ci fut remplacé à sa mort par saint Al^ Ijre, homme d'une piclc éminente et d'une éclatante
I r* ÉpUrc (le saint Paul aux Connth., cbap. VU, V. 5* • CantQhmnensis crypta. (V, Gvogr.)
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85 SAINT ALLYRE ET SAINT NÉPOTIEN.
vertu, dont la Tie fut tellement sainte que la renommée
en pénétra jusque chez les nations étranjrères. C'est ainsi qu'il délivra de Tesprit immonde la fille de l'empereur de Trêves S qui avait réclamé son secôurs, comme nous l'avons rapporté dans le livre que nous avons écrit sur sa vie. U était très^^vieux, plein de jours et de bonnes œuvres, à ce que raconte la renommée, quand il quitta par une mort bienheureuse les sentiers de la vie, et monta vers le Christ. On Fensevelit dans la crypte du faubourg de la ville. Il avait un archidiacre nommé avec raison Juste» qui, ayant passé sa vie en bonnes œuvres , fut déposé dans le tombeau de son maître. Après la mort du saint confesseur Allyre » de si grands miracles s'accomplirent sur son glorieux tombeau qu'on ne pourrait ni les écrire ni les retenir en entier. Saint Népotien lui succéda.
XLL— Saint Népotien fut le quatrième évêque de Clermont. Des députés de la ville de Trêves venaient d'être envoyés en Espagne. Parmi eux se trouvait un certain Artémius, d'une sagesse et d'une beauté remar- quables, et brillant de jeunesse ; il fut attaqué d'une fièvre violente. Les autres, continuant leur route , le laissèrent malade à Clermont, Artémius était liancé avec une jeune ûUe de Trêves. Saint Népotien, l'étant allé voir et rayant oint de l'huile sainte , le rendit par la grâce de Dieu à la vie. Le jeune homme, ayant ouï du uiéme saint la parole de la* prédication , oublia son
» jL'empereur Maxime.
LES DBDX AMANTS. m
épouse terrestre et ses propres biens , pour s'unir à la sainte Église; devenu clerc, il se distingua par une telle sainteté qu'il succéda à saint Népoiien dans la direction du troupeau du Seigneur.
X LU . — Dans le même temps Injuriosus, un des riches sénateurs d'AuTergne> rechercha en mariage une jeune fille de condition égale à la sienne, et, après avoir donné des gages, fixa le jour des noces. Leurs parents n'a- vaient pas d'autres enfants qu'eux. Au jour indiqué , après la cérémonie nuptiale, ils sont, selon Tusage, placés dans un même lit. La jeune Me, pleine d'aOiic- tion et se tournant vers la muraille , se mil a pleurer amèrement. Le jeune homme lui demanda : a Quelle est la cause de ton chagrin t je t'en prie , fais-le-moi savoir »; et comme elle gardait le silence , il i^onta : < Je te coqjure, par Jésus-Christ fils de Dieu, de me faire connaître le siget de tes larmes.» La jeune flUe, se tournant vers lui, répondit : «Dussé-je pleurer tous les jours de ma vie, je n'aurais pas assez de larmes pour effacer la douleur immense de mon cœur ; j'avais résolu ' de garder au Christ mon corps pur du contact des ' hommes, et malheur à moi qu'il abandonne au pomt que je ne puis accomplir mon vœu , et que je perds en ce jour, que jamais je n'aurais du voir, ce que j'avais conservé depuis le commencement de ma vie ! Void que, délaissée par le Christ immortel qui pour dot me promettait le paradis, je deviens l'épouse d'un homme mortel ; au lieu de roses incorruptibles , ce sont des
roses flétries qui déparent plutôt qu'elles n'ornent moû I. a
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38 LES DEUX AMANTS.
front» et Tétole de pureté que je devais revêtir siîr le quadruple fleuve de Tagneau fait place à une robe qui m'est un fardeau plutôt qu'un honneur. Mais pourquoi pins de paroles ? infortunée ! moi qui devais mériter les cieux, me voici dans les abîmes ! Oh ! si tel était mon avenir, pourquoi mon premier jour n'a*t-il pas été ^vm le dernier? Que ne sois-Je morte avant d'avoir goûté le lait ! Pourquoi les doux baisers de mes nour- riçes ne m'oni-ils pas été donnés dans le cercueil ? Les spectacles de la terre me font horreur , parce que je voi§ les mains du Rédempteur percées pour le salut du monde ; je ne regarde plus les diadèmés étincelants de pierreries , quand mon esprit contemple la couronne d'épines ; je dédaigne les vastes espaces de cette terre , car Je n'ai d'ardeur que pour les douceurs du paradis , et ces hautes demeures me font pitié quand je lève les yeux yers le Seigneur assis au-dessus des astres. » A ces paroles prononcées au milieu des larmes , le jeune homme^ touché de pitié, répondit : a Nous sommes les enfants uniques des plus nobles de l'Auvergne , et ils nous ont unis pour perpétuer leur race, afin de n'avoir |»as des héritiers étrangers à leur sortie de ce monde. — Ce monde n'est rien, reprit-elle ; ni les richesses, ni la pompe du siècle , ni la vie présente ; ce qu'il faut çliercher , c'est plutôt cette vie que ne termine pas la mort, que les accidents ne brisent pas, qu'aucun mai- beur ne vient finir, où Thomme plongé dans une élernelle béatitude jouit d'une lumière impérissable, et^ en présence do Dieu, devenu pareil aux anges, goûte
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LEi> DEUX AMAMj;. 30
4lans la contemplation des joies IncU^lobles. — Par fa douce éloquence^ répondit alors Itî jeune lioaiine, la vie éternelle yieni de briller à mes yeux comme une lu- mière éclatante ; si lu voiix i abslcnir des d('=sirs (îe la ctioir, je partagerai tes résolutions, d— Ëlle répondit : « Cette promesse d'un homme à une femme est bien difficile à tenir ; mais si tu fais que nous demeurions immaculés au milieu de ce monde, je te donnerai une part de la dot que mon époux Aotre-Seiizneur Jcsus- Cbrisi m'a promise à moi sa senvante et sa liancée. » — Armé du signe de la croix , il repondit seulement : « Je ferai selon tes conseils. » Et joi^qiant leurs mains droites, ils s'endormirent. Durant de longues années^ par la suite, et reposant dans le même lit , ils vécurent dans une admirable chasteté. Ce qui se vit d'une façon manifeste à leur passage en Tautre monde; car le temps des épreuves accompli , comme la vierge s'en allait vers le Seigneur Jésus, le mari s'acquittant des funérailles s'écria en la déposant dans le sépulcre : a Grâces te SQmii rendues. Seigneur éternel notre Dieu, puisque je remets à ta miséricorde ce trésor inunaculé, comme je l'ai reçu de toi ! » A ecs mois , la morte dit avec un souf ire : a Pourquoi iais-tu savoir ce qu on ne le d^mande pas ? » Peu après l'avoir ensevelie, Injurio- sus la suivit dans l'autre monde. Or connue on l'avait plaioé dans un sépulcre aux parois distinctes, un nouveau miracle révéla leur cbasteté : car au malin , le i)euple, en approchant du lieu où ils reposaient , trouva réunis les deux tombeaux qu'il avait laissés distants l'un de
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40 HORT DE SAINT MARTIK.
Tautre : le ciel , en les unissant , ne voulait pas que • leurs .corps fussent séparés dans la sépulture. Jusqu'à ce jour les habitants du lieu les ont appelés les Deux Amauts^ et nous en avons parlé au livre des Miracles <• XLIII. — Cependant dans la seconde année du règne d'Arcadius et d'Honorius, saint Martin, évêque de Tours, plein de vertus et de sainteté » comblant les faibles de bienfaits, mourut à Candes bourg de son diocèse, et s'en alla heureusement vers Jésus^Christ^daus la quatre- vingt-unième année de son âge y et la vingt-sixième de son épiscojiat. Or, il trépassa au milieu de la nuit du di- manche, sous le consulat d' Alticus et de César Nombre de personnes entendirent à ce moment un concert cé- leste; ce que nous avons plus amplement raconté dans le livre premier de ses Miracles ^. Dès que le saint de Dieu fut tombé malade au bourg de Candes, les gens de Poi- tiers» comme ceux de Tours, s'en vinrent assister à son trépas; et quand il fiit mort^un grand débat s^éleva entre eux. a II est notre moine, disaient ceux de Poitiers ; il a été notre abbé» nous demandons qu'on nous le remette. Qu'il vous suffise d'avoir joui de sa parole, participé à ses repas, d'avoir été soutenus par ses bénédictions et réjouis de ses miracles pendant qu'il était évéque dans ce monde. Uue tout cela vous suffise, et qu'il nous soit per-
* Gloire des confesseurs, chap. xxxii. La femme s'. ip {tel ait Scho- lastiqut', et ils furent ensevelis dans l'église de fSainte-Allyre. (Y. Géographie de Grégoire de Tours, au mot Ulidii mouast.)
s Voir Géogra])hie, au mot Condate, s En raniiée 897. ,
* Chap. iv et T. • . .
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SAINT HÂRTIN PORTÉ A TOURS. «1
mis au moins d'emporter son cadavre, b Ceux de Tours lépondaient : « Si tous dites que ses miracles doiveiit suffire, sacliez que, pendant qu'il était parmi vous, il en a fait bien plus qu'ici. €ar, sans rappeler le plus grand nombre, il vous a ressuscité' deux morts, et à nous un seul^ comme il le disait lui-même^ il avait un plus grand pouyoir avant d'être évéque qu'après. H est donc juste que ce qu'il n'a pas fait parmi nous durant sa vie^ il le fasse après sa mort. Dieu vous l'a enlevé» et nous Ta donné. D'ailleurs, si Ton suit l'ancien usage, son tombeau, conformément à la volonté de Dieu, sera ùms la ville (ai il a été consacré. ^ vous voulez le re- vendiquer en vertu des droits de votre monastère, sa- chez que son premier monastère fut à Milan,
Durant cette contestation, le jour fit place à la nuit, les portes furent fermées à clef, et le corps du saint resta au milieu de la maison» gardé par des bommes des deux peuples. Les Poitevins avaient médité de l'enlever de vive force le lendemain matin; mais le Dieu tout-puis- sant ne permit pas que la ville de Tours fût privée de ion patron. Au milieu de la nuit, les Poitevins furent accablés de sommeU» et il n'y eut pas un seul bomme de cette multitude qui veOlàt. Ceux de Tours les voyant endormis s'emparent du corps du saint ; les uns le des* cendent par la fenêtre» d'autres le reçoivent dehors; ih le placent sur un bateau, et suivent tous avec lui le cours de la Vienne. £utrés dans le bt de la Loire» ils se diri- gent vers la ville de Tours avec un grand concert de louanges et de psaumes. Les Poitevins, réveillés par
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L'ÉVÉQUE LITORIUS.
ces chants, et né trouvant pliis le trésor qu'ils ^rdaieilt,
s'en retournèrent chez eux couverts de confusion.
Que si ïon demande pourquoi, de la mortderévêque Gàlien jiisqu'à ëalnt Martin, il n'y a eu qU'iin seul éTêque de Tours, c'est-à-dire Lilorius, on saura que par FoptiDsition des païens la ville de tours fut longtemps . privée de la bénéilictîoh sacerdotale. En ce tëiiips-là ceux qui étaient chrétiens célébraient le divin oiiice secrètement ëi dans d'obscures teiraites; car si lés païens venaient à les découvrir, ils les battaient de verges oii les frappaient du glaive.
Depuis la Passion de Notre-Seip^ncur jusqu'à la mort de saint Martin, on compte quatre cent douze ans.
Ici finit le premier livre (|ui compretad cinq mille dnq cent (luarante-six ans depuis le eommeneement du monde jusqu'à la mort de l'évêque saint Martin.
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LIVRE il
V
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SOMMAIRE DU LIVRE II.
I. Épiacopat de Brice.-^{|i Les Vandales et la persécution qu'ils firent subir an ChrétieBt.— De Cyrola, évèqae des hérétiqaes, et de plusieurs saints 53 martyrs. — iv. Peraéeatfon exercée sous Athanaric — y. De l'éTéque Arvatitts et des Huns. — yi. De la basilique de Saint-Étienne à Metz. — VII. De réponse d'Aétius. D'Attila. — viu.JCe que les historiens ont écrit d'Âétius.-xî^ qu'ils disent des Franc».— x. De ce qu'ont écrit les pro- pbètes du Seigneur toudiant les sionilacres des Gentils.— xi. De r«mpefear Avitus.— XII. Le roi Childéric et iEgidius*— xiii. De l'épiscopat de Véné- rande et de Ruslicus à Clermont. — xiv. Épiscopat d'Eustoche et de Perpétuus, évéques de Tours. Basilique do Saint-Martin. — xv. De la ba- silique de Saint-Symphorien. — xvi. L'evéque Namutius et l'Église de Glenno&t. ^ xtii* -De la fSenmw de Namatlus et de la 'basilique de Saint» Étienne.— zTin. De la v«Due de Childérie à Orléans, et de ccBed'Odoacre à Angers. — xit. Guerre entre les Saxons et les Romains. — xi. Le duo Victor. — xxi.L'evèque Eparchius.— xxii. L'évêque Sidoine.— xxiii. Sain- teté de Sidoine ; injures punies par la vengeance divine. — xziv. Famine en Bourgogne. Eeditins. — zzr. Du persécutenr Eumie* — zsn. Mort do •aint Perpétuus; ^iseopats de Volusien et de Vérus. — zxni. Cooneat Clovis devint roi. — ixviii. Comment il épousa Clotilde. — xïix. Leur pre- mier fils est baptisé et meurt dans les vêtements blancs de son baptême. -> XXX. Guerre contre les Alamans.— xxzi. Baptême do (%ifis.— xxxii. Guerre oontro Gondeband* — zzziii. Mort de Godé|^l«. ^ xzxtr. GondelMnid désire être converti.— xxxv. Entrevue de Clovis et d'Alaric— xxxvi. L'é- vêque Quintien. — xxxvn- Guerre contre Alaric. — xxiviii. Patriciat du roi Clovis. — xxxix. L'évêque Licinius* — xl. Mort du vieux Sighebert et do ioa flii. — xu* Mort de Giiarario et do son fils* — zui^Mbrtdo Bagna» dwire et da aet Mra* — zuu. Mott de Qofis.
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LIVRE DEUXIÈME
PROLOGUE.
Nous racontons confusément, et sans autre ordre que celui des temps, les vertus des saints et les désastres des nations. Je ne crois pas qu'on nous blànie d'enlremèler dans notre récit lesféiicitésdelavie desbienheureuxayee les calamités des misérables^ puisque c'est moins la com* moditéde l'écrivain que Tordre des temps qui le réclame:*^ Le lecteur attentif voit en effet dans les histoires des rois israélites^ s'il y regarde avec soin, que le sacrilège Phi- née périt sous Samuel le Juste, et le Philistin Goliath sous David, surnommé la Main-Puissante. U se sou- viendra aussi que, dans le temps où Tillustre prophète Élie supprimait à son gré les pluies, à son gré les faisait descendre sur les terres desséchées, et par ses paroles changeait en richesse Tindigeuce d une pauvre veuve, de cruelles désolations tombèrent sur les peuples, et quelle faim, quelle soif vinrent tourmenter la terre malheureuse. Quels maux ne souffrit pas Jérusalem dans
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46 L'évâQUE BRICE.
le temps ci 'Ézécliias, à la vie duquel Dieu voulutajouter \ quinze années l Et sous le prophète Elisée, qui rappela des morts à la yie^ et fit, au milieu des peuples^ beau- coup d'autres miracles, quels carnages^ quelles misères affligèrent les peuples israélîtes lEusèbe, Sévère, Jérôme et Orosc^ ont ainsi nuMc diiiis leurs chroniques les guer- res des rois ^t les vei/ius des martyrs. Nous eu avons usé de même en cet écrite afin qu'il fût plus aisé de suivre jusqu'à nos jours Tordre des siècles et le calcul des années. 'Après avoir pris pour guides les susdits auteurs^ nous allons rapporter^ avec Faide de Dieu^ les événements arrivés depuis.
I. — ^Après la mort de saint Martin, évêque de Xouis, homme éminent et incomparable dont les miracles renk-
plissent chez nous plusieurs volumes, Brice fut appelé ' à répiscopat. Cependant, quand saint Martin habitait encore cette terre, Brlee, très-jeune alors, liii avait tendu de fréquentes embûches, parce que celui-ci lui repro- chait souvent de se hvrer à des occupaUohs futiles. Un jour, un malade venant deniander à saint Martin quel- que remède, rencontra sur la place publique Brice, qui n'était encore que diacre, et lui dit avec simplicité : a Voilà que j'attend< \c saint hnnnne, et je ne sais où il est, ni ce qu'il fait. » Brice répondit : « Si tu cherches ce foii^ regarde là-bas; le voilà qui coiik nq»le le ciel se- lon sa coutume, comn)é un insensé. » £t lorsque le pauvre eut .abordé Tévêque et en ieut obtenu ce quil
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L'éVÉQUE BRICE. il
demandaity le saint s'adressa ainsi au diacre : « Bricé, Je te parais donc fou?^ » Comme celui-ci^ plein dé cou- fusion^ niait avoir ainsi parlée le saint homme ajouta : « Tu parlais loin de moi, et mes oreilles étaient près de ta bouche; en vérité, je te le dis, j'ai obtenu de Dieu qu'après ma mort tu fusses honoré du poniiiicat ; nàais sache que tu y 8oufih*îra8 bien des adVersites. » Brice ssî moqua de ces paroles^ disant : a N'avais-je pas raison dedirequ'il parle comme un insensé t » Même torsquîi
^ eut été admis aux honneurs de la prêtrise, il poursuivit souvent le saint homme de ses iusulies. Plus tard^ élevé du consentement de ses concitoyens à Fépiiscopat, il s^a- donna à la [jrière. Bien qu'orgueilleux et vain, il passait
^ pour être chaste. Mais dans la trente-troisième année de sa dignité, une déplorable accusation s'éleva oonti>e lui: une femme, à qui ses domestiques avaient coutume de donner ses vêtements à laver, et qiii, isolis appartsdbe religion^ avait changé d'habit', vint à concevoir et en- fanta. Cette circonstance enflamma de colère tout le peuple de tours, il imputa ce crime à l^évêqiie, il avait qu'une voix pour le condamner à être lapidé, et lé peuple disait : a Tu as longtemps caché ta luxure soùs les dehors de piété d'un saint; mais Dieu ne permet pas que nous soyons plus longtemps souillés en baisant tes indi- gnes mains. » Brice, niant le crime avec force, demanda qu'on lui apportât l'enfant. Et quand cet enfant, qui n'avait que trente jours, fut en sa présence, il lui dit : « Je te conjure au nom de Jésus-Christ, fils de'Diett tout-
i Muiare vetUm, embrasser la vie relijpeuse.
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4ft , L'iîVÈQLE BRICE.
paissant^ de déclarer en présence de tout le monde si
Je Vai engendré. » L'enfant répondit : «Tu n'es pas mon père. » Gomme le peuple voulait que l'évêquedemandftt Iç nom du père, celui-ci répondit : « Ce n'est pas mon affaire; je me suis occupé de ce qui me regardait; si quelque antre chose tous intéresse, interroges Tous-mè* ijies. » Le peuple, prétendant que tout cela était Teffet de la magie, se souleva d'un commun accord, et, en- traînant Févéque^ lui dit : « Tu ne nous gouverneras pas plus longtemps sous le faux nom de pasteur.» Brice, pour convaincre la foule, mit dans sa robe desc^arbons ardents, les pressa contre lui et arriva, suivi du peuple, au tombeau de saint Martin» 11 jeta les charbons devant la tombeau, et Ton vit son vêtement exempt de brûlures. Alors il dit : a De même que vous voyez mon vêtement préservé des atteintes de ce teu, de même mon corps est pur de tout connmerce et de tout contact avec les fem nies. Mais le peuple ne le crut pas et persista à soutenir le eontraire.. Brice fut entraîné, calomnié, chassé, pour que la parole du saint reçût son accomplissement : 5a- diequetu souffrira de grandei adv&riités dans ton épis- eopat; etiusiinien fut élu évêque en sa place. Brice s'en alla trouver le pape de Rome, pleurant, se lamen- tant et disant : a C'est avec justice que je souffre tout cela, car J'ai péché contre le saint de Dieu, l'appelant souvent fou et insensé ; j'ai tu ses mirades et je n'y ai pas cru. » Aprèe son départ, le penpledeTours dit àson évêque : « Va après lui, et fais comme il convient; car si tu ne le poursuis pas, tu seras humilié à la honte dé
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IRRUPTION DES YANDAUSS, 4»
nous tous. ï> JusUoien^ parti de Tours^ atteignit Yerceil, ▼itie dltalie, mais, frappé du j iigement de Dieu, il mou- rut daos son voyage. Ceux de Tours apprenant sa niort^ et persévérant dans leur inimitié» instituèrent à sa place Armentius. Cependant l'évéque Brice^ arrivé à Rome, instruisit le pape de ce qu'il avait souffert; il célébra plusieurs fois* durant son séjour dans la résidence apos- tolique, le saint sacrifice de la messe, et lava, par ses pleurs, les fautes qu'il avaiticommises envers le saint de Dieu. An bout de sept ans il quitta Rome et se prépara, avec Taulorisation du pape, à retourner à Tours. Arrivé à un village nommé Mont-Louis \ à six milles de la viUe^ il y établit sa den^eure. Cependant Armentius, pris delà fièvre, rendit Tâme au milieu de la nuit. Brice, instruit de cette mort par une vision, dit aux siens : « Levez-vous promptement, pour que nous allions mettre dans son tombeau notie frère révéque de Tours, j» Gomme ils entraient par une porte de la ville, on emportait le nnort par une autre. A la suite de cet événemeut, Brice rentra en possession de son siège, et vécut beureusement du- rant encore sept années. A sa mort, arrivée après qua- rante-sept ans d'épiscopat, il eut pour successeur saint Eustoche, homme d'une sainteté parfaite.
II. — ^Ensuite les Vandales, (initiant les contrées qu'ils ' bahitaient» firent irruption dans les Gaules> avec leur roi Gunderic*. Après les avoir dévastées, ils se jetèrent surlEspagne. Les Suèves, c'est-à-dire les Aiauians, les
* Laudiacus, (V. Gëogr») •En 406.
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âO P£RSÉCUXION DKH VANDALES.
y siiiyirent et s'emparèrent -de la Galice. Peu après,' comme ces deux peuples élaieut voisius^ la discorde éclata entre eux ; ils prirent les armes> ei déjà ib étaient près d'en venir aux mains, lorsque le roi des Alamans parla ainsi: a Jusques à quand un peuple tout entier souffrira-t-il de la gUërre? Je vôus en conjure, au lieu de laisser s'entre-luer les armées des deux peuples, fai- sons combattre deux des nôtres sur le champ de bataille, et le peu|)le dont le guerrier sera vainqueur restera sans conteslaiiou luoiLre du pays. » Cette proposition^ d'empêcher la multitude de se précipiter sur là pointe des glaives, lut accueillie d'un consentement unanime. Gunderic étant venu à mourir^ Thrasamund liii succéda dans la royauté^ Les deiix guerriers en vinirent aux mains^ et celui des Vandales lut vaincu. Thrasamund promit donc de quitter TËspagne aussitôt qu'il aurait fait ses préparatifs de départ. Dans le même temps, Thrasamund exerça une persécution contre lesChrétienSj et contraignit toute l'Espagne, par des tourments et des sup()lices^ à trahir sa foi pour embrasser la secte d'Arius. Or 11 arriva qu'une jeune hlle pieuse, comblée de ri*- cbesses, honorée dans le monde pour sa noblesse séna- toriale, et, ce qui est plus noble que tout le reste, ferme dans la foi catholique et entièrement dévouée au Dieu tout-puissant, se trouva soumise à cette épreuve. Le roi, quand elle fut en sa présence, commença, par des dis-
^ Ce fut Genséric, et non Thrasamund, qui succéda à Gunde- ric, son frère, et emmena les Vandales en Afrique en 438. Thra- samund régna en Afrique de Tan 496 à l'an 523.
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PERSÉCUTION DES VANDALES. SI
cours flatleursi, à vouloir lui persuader de se faire re- bapUser. Mais comme, munie du bouclier de la îoi, elle repoussait sou irait empoisonné, le roi ordonna qu'on s'emparât de tous les biens de celle qui^ eU esprit^ pos- sédait déjà les royaumes du Pàlrâdis^ et qu'oil iéUt'mëniftt par des supplices celle qui ne plaçait aucune espérance dans la yie présente. Que dire de plus ? Aptèâ des épreu- ves réitérées, après lui avoir enlevé toutes ses i^ichesses, ne pouvant la contraindre à diviser la sainte Trinité, on Tenlraîna malgré elle à ùh bouvedu baptékne; mais, comme on la plongeait de force dans ce bain im- pur, elle s'écria :< «Je crois que le Père, et le Fils et le Saint-Esprit sont d'une seule substance et d'une même essence, » et infecta les eaux de ses excréments, parfum dont elles étaient bien dignes. Elle sortit de là pour élfe soumise à la torture selon la loi ; elle endura le supplice des chevalets, des Aammes et des crocs, et lut oondàinnée à avoir la tête tranchée pour Jésus-Christ.
Ensuite, les Alamans s'étendirent jusqu'à TraductâV les Vandale^ jiassère'nt la mer et se dispersèrent dans l'Afrique et la Mauritanie.
111. — ^Mais comme ce lut de leur temps que la persé- cution contre les Chrétiens devint le plus violente, ainsi que nous l'avons dtjà dit, il ne sera [)as iiuilile de rap- porter quelque chose de ce qu'ils ûrent contre les Églises de Dieu, et la manière dont ils furent chassés de leur royaume. Thrasaïuund étant mort après avoir commis toutes sortes de crimes envei'sles saints de Dieu, Uubé-
* Voir Géo(ji'Uj)}iic de Qnijfoire de Tours
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&9 L'éVÉQUE HÉRÉTIQUE CTROLA.
ric^ encore plus féroce^ lui succéda dans le royaume d'Âfirique, par suile de Téleclion des Vandales. Oo ne saurait imaginer le nombre prodigieux du Cliréiiens'qui furent mis à mort sous son règne^ pour le nom sacré de Jésus-Christ. Ce nombre, TAfrique^ qui les a envoyés au martyre^ le connaît bien^ ainsi que la main du Christ, qui les a couronnés de pierreries dont Téclat ne se ternira pas. Toutefois nous avons lu plusieurs de leurs passions^ dont nous publions quelques traits pour ac- complir nos promesses. Le faux évêque Cyrola était alors regardé comme le plus ferme soutien de Thérésie; le roi ayant envoyé dé tous côtés à la recherche des Chrétiens, le persécuteur découvrit dans un faubourg de sa ville révêque Eugène, homme d'une ineffable sainteté et d'une grande sagesse; il le fit enlever si violemment que celui-ci ne put même pas aller exhor- ter le troupeau des fidèles. Se voyant emmené, Eugène écrivit à ses concitoyens, pour les engagera conserver la foi catholique, une le lire conçue en ces termes :
« A sestrès-aimés et, dans Tamour du Seigneur, très- a cliei S iils et filles de FËglise, que Dieu lui a confiés, a révêque Eugène :
« L'autorité royale nous a ordonné par un édit d'aller a à Carthage pour y manifester notre foi catholique; «t afin de ne pas livrer, par mon départ, l'Église de Dieu a à un état d'incertitude et de suspension, et de ne pas a délaisser, pasteui^ inûdele, les brebis du Seigneur « sans leur adresser la parole, j'ai cru nécessaire, pour « soutenir votre piété^ de remplacer ma présence par
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SAINT EUGÈNE. I>3
a ces lettres. Je tous demaude donc^ et non sans ré- « pandre des larmes. Je tous exhorte, tous avertis et « TOUS conjure, au nom de la majesté de Dieu, du re* a doutable jour du jugement et de la terrible splendeur . « dé la Tertu du Christ, de demeurer inébranlables a dans la foi catholique, en proclamant le Fils égal au < Père, etle Saint-Esprit aTec le Père et le Fils dans une c même dÎTinité. ConserTez la grâce d'un baptême a unique^ et gardez soigneusement Tonction du saint « chrême. Qu'aucun de ceux qui ont reçu Teau oe re* € tourne à Teaii après en avoir été régénéré, car, sur a un signe de Dieu, le sel se« forme de Teau; mais, si « on le réduit en eau, il perd aussitôt sa forme. Et cé a n'est pas sans raison que le Seigneur a dit dans rÉvan- a gile : Si le sel perd sa force, avec qmi le salera4-^^ ? a Et certes^ c'est perdre la force du baptême que de a vouloir y recourir une seconde fois, quand une s(îule c suffit. N'aTez-TOUSpasentendu cette paroleduGhrist? c Celui qui a été lavé une première fois n'a pas besoin de « Vélre une secondeK C'est pourquoi, mes frères, mes c fils et mes filles en Dieu, ne soyez pas contristésde a mon absence, parce que, si vous restez attachés à la c religion catholique, quel que soit mon éloignement, « je ne tous oublierai pas, et la mort ne me séparera ^ « pas de TOUS. Sachez qneu quelque endroit que les c bourreaux dispersent mes membres, la palme y sera c avec moi; si je vais à l'exil, j'ai pour exemple saint
i Èvang. selon saint Mathieu, chap. v, v. 13, S Èvang, selon saint Jean, chap. xxii, v. 10.
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54 SAINT EUGÈNE.
« Jean l'Évangéliste; si l'on m'envoie à la moTi^UChriti
a est ma vie, et la mort m'est un gain K Si je reviens icK « mes (rères. Dieu remplira vos vœux. Il me suffit à
« cette heure de n'avoir pas gardé le silence avec Vous.
« Je vous ai insli uits et avertis selon mon pouvoir, je
a suis donc innocent du sang de tous ceux quit>érirônt; i et jé sais que qùand viendrà le tempà dé reildt^ à
a chacun selon ses œuvres^ cette lettre sera lue et por- t ierà témoignage devant le tribunal du Christ. Si je a reviens, mes frères, je Voiis verrai dans cette vie pré- à sente ; si je ne reviens pas^ je vous verrai dans la vie « future. Cepeiîdant je vous dis adieii. Piriez ëi jeûnés « pour nous, parce que le jeûne et l'aumône ont toujours « fléchi la miséricorde du Seigneur. Souvenez-voùs qu'il « est écrit dans TÉvangile : Ne craignez pas ceux qui « tuent le corps, et qui ne peuvent tuer Vâme; mais à erai^z pîutôl celui qui, après avoir lué U corps, a peut aussi perdre Vàme et le corps, et les envoyer dans « r Enfer K »
Saiiit Eugène, ayaht donc été conduit vërs le roi, dis- cuta contre révêque des Ariens en faveur de la foica- tholiqUé. Lorsqu'il j'eut confondu sur le mystère de la Trinité, et que le Christ eut accompli pat* son ministère de nombreux miracles^ révêque arien, plein d'envie^ entra dàiis line violèhté fureur. Saint Eugène était alors accompagné des hommes les plus sages et les plus saints de ce lenips, les évéques Yindémial et Longin, tous
i EfUre de saint Paul ans Philipp., chap. i, v. SI. * Svan^* selon saint Mathieu, chap. x, 38.
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SAIM KLGLNE et CYKOLA. S5
* deut égaux en dignités aussi bien qu'en pttisëance, car
on disait que saint Vindémial avait ressuscité un mort, et Longin a^ait rendu la santé à beaucoup de malades. Eugène guérissait non-seulement la cécité des yeux, mais aussi celle de l'esprit. Voyant cela, ce méchant érèque des Ariens ût ve^ir un homme imbu de Terreur où il vivait lui-niênic, et lui dit : «Je ne puis souffrir que ces évêques opèrent de nombreux miracles parmi le [>euple^et quechacun me néglige pour les suivre. Reçois donc ces cinquante pièces d'or pour faire ce que je t'or- donne : asseois-toi sur la place publique que nous de- vons traverser; et, tenant ta main sur tes yeux fermés, écrie-toi de toute ta force quand je passerai avec les au- tres:— Je te supplie, bienheureux Gyrola, pontife die notre religion, de uianifesler à mon égard ta gloire et ta puissance, en m'ouvrant les yeux^ pour que j'obtienne de recouvrer la lumière que j'ai perdue. » L'homme, sui- vant cet ordre, s'assit sur la place publique, et quand rbérétique passa avec les saints du Seigneur, pèiisantée jouer de Dieu, ilioinme s'écria : « Écoule-moi, bienheu- reux Cyrola; écoute-moi, saint pontife^ jette un regaird sur ma cécité, et je serai guéri par ces remèdes que soii- vent les autres aveugles ont obtenus de toi, qu'en ont reçus les lépreux, et qui se sont fait sentir aux morb mêmes. Je le conjure, par ce pouvoir que tu possèdes, de me rendre la lumière que j'ai perdue, car je suis accablé d*une cruelle cécité. » Sans le toVoir il disait la vérité, car la cupidité l'avait aveuglé^ et pour de Targent il pensait se jouer de la puissance de DieU. Alors révéqiié
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S6 FOURBERIE DE CTROLÂ.
des hérétiques se détourna, et, comme s'il eût été prêt à se glorifier dans sa puissance, transporté de yanité et d'orgueil, il mit sa main sur les yeux de l'homme et dit: a Par notre loi, qui est la vraie croyance en Dieu, que tes yeux s'ouvrent à la lumière. » Mais à peine eut-il lâché ce blas[>hôme que la moquerie fil place aux gé- missements et que la fourberie de révêque se manifesta publiquement, car les yeux de ce malheureux furent saisis d'une si grande douleur qu'à peine en les pressant de ses doigts ponvait-illesempêcher de sortir de sa téte. L'infortuné se mit alors à crier et à dire : a Malheur à moi misérable^ qui me suis laissé séduhre par Tennemi de la loi divine ! Malheur à mol qui ai consenti à me jouer de Dieu, et qui ai rte u cinquante pièces d'or poiu: commettre ce crime ! » Puis il dit à Tévêque : « Voilà ton or, rends-moi la lumière de mes yeux que ta four- berie m'a fait perdre. El vous, très-glorieux chrétiens. Je vous supplie de ne pas mé|)riser et de secourir promptement un malheureux près de périr; car je re- connais réellement qu'on ne se moque pas de Dieu. > Les saints du Seigneur, émus de compa^^siou, lui dirent : Si iu croi^, tôu/ t^i possible à celui qui croitm Alors il s^écria d'une voix forte : a Que celui qui necit>it pas que Jésus-Christ fils de Dieu .et le Saint-Esprit ont^ avec Dieu le père, une même substance et une même divinité, endure ce que je souifre. » Et il ajouta : et Je crois en Dieu, Père tout-puissant, en Jésus-Christ fils de Dieu, égal au Père, et Je crois au Saint-Esprit c(«- subslantiel et coéternel au Père et au Fils, u A ces paro^
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MIBACtE DK SAINT EUGÈNE. 57
les^ par une pieuse déféreuce, chacun des <jvéques vou- lut laisser aux autres rhonneiur d'imposer sur les yeux du patient le signe de la bienheureuse croix. Yindémial et Longin priaient Eugène d'imposer les mains à Taveu- gle, et lui les en priait de son côté* Enfin, pendant que les premiers tenaient leurs mains sur la tête de Faveug!e> saint Eugène fit le signe de la croix sur ses yeux, el dit : < Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit^ que nous reconnaissons pour le vrai Dieu en trois personnes égalas et toutes-puissantes, que les yeux soient ouverts.» Aces mois la douleur s'évanouit^ le malade recouvra la santé, et l'on reconnutclairement, par la cécité de cet homme^ que la doctrine de Févéque des hérétiques couvrait les yeux du cœur d'un voile déplorable, et les empêchait de contempler la vraie lu- mière de la foi. Malheureux qui n'étant pas entré par la porte, c'est-à-dire par le Christ, qui est la vraie porte, était devenu le loup plutôt que le gardien du troupeau, et s'efforçait, par la méchanceté de son cœur, d'étemdre danslecœurdes fidèles le flambeau de la foi qu'il aurait dû y allumer! Les saints de Dieu firent, au milieu du .peuple, bien d'autres miracles, et le peuple n'avait . qu'une voix pour dire : a On doit adorer d'une même foi, redouter d'une môme crainte, et honorer d'un même respect le vrai Dieu père, le vrai Dieu fils, le vrai Dieu Saint-Esprit; car il est manifeste que la doctrine de Gyrola est fausse. »
LeroiHuneric, voyant que la glorieuse fidélité des saints mettait à nu la fausseté de ses doctrines, que la
ISA £XIL DE SAl^T EUGENE
secte de l-erreqrse déirnisalt au lieti 'de s^éiablir^ et que la fourberje de soa ppnlifc avait é.lé dévoilée par sa ruse criminelle, Qi^oona qu'après bien des lourments, parles cheviilpls, les flammes et les crocs do for, ou mît à mort les saints dp pieu -, lirais il leignit seulement de vouloir faire décoller le bienheureux Eugène, car il ordonna que ai, au moment où le glaive menacerait sa tète, 1^ véqu0 n'^ipbrassait pasla secte des hérétiques, on s'abs- tînt de le tuer, de peur que les Chrétiens ne vinssent à le vénérer pppime martyr, et il enjoignit qu'on se bornât à louvoyer et^ exil, ce qui arriva en effet ; car sur le point ^le recevoir la mort, interrogé s'il était décidé à mourir pimir la fo| catbplique, Eugène répondit : a Mourir pour la justice, c'est vivre éternellement.» Alors le glaive de- meura suçpendu et oui envoya en exil à Albi, ville des Gfiul^i 01} il termina sa vie terrestre. De hréquenis mi- racles manifestent aujourd'hui la sainteté de son tom- h^^* roi qfdpaua que Vindémial fût frappé du glaiye; ce fut ainsi qu^ le saint mourut dans ce combat. Optayiep^ arcbidiacre, et des milliers d homiucs et de ^ppi^S attachés à notre proyance furent tués e^ tortu- rés. Vais souffrir ainsi n'était rien pour ces saints con* fe^SPHr^, iï^j^^^ l'amour de la gloire ; car ils sa- ya^ent biep qqe ce peu de tourments leur vaudraient de grands biens, selon ces paroles de TApôtre : Les souf- francu de la vie présente n'ont point de proportion avec cette gloire qui est révélée auw eainls ^ En ces mêmes temps^ beaucoup abaudonuaut leur foi, acquérant des
t ifUr9 de s^nt Pftul aux Romains, chap. viti, t. 18*
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PERSÉCUTION* D•ArHA^•ARIC. 58
richesses^ se plongcreot en d'innombrables douleurs» comme ce malheureux évèque Uévocatus, qui révoqua ses promesses à la foi (catholique. Alors aussi )e soteil s'assombrit au point qu'à peine le tiers de son disqiie fut lumineux. La cause en est» jecrois^ à tant de crim^^ ' et àTeffusion du sang innocent. Huneric^ après m 9i gr^iid forfaitr fut possédé du démon^ et celui qui s'éi^it lopgterops abreuYé du sang des saipts se déchira par ses propres morsures ; ce fut dans ces tourments qu'une |us(^ mort termina son indigne vie. Hiidéric lui suc- céda, dit à la mort de celui-ci, Célésimer parvint au gouYeruemeat. Ce roi, vaincu par la république, ter- mina sa yie en même temps que son règoe* Ainsi tomba te royaume des Vandales ^.
tV. — ^Dans ce temps les Églises de Dieu furent infestées l>ar un grand noinbre d'hérésies qu'atteignit souyent
la venguance divine ; ainsi Alhanaric, roi des GothSi exerça une grande persécution: il frappa du glaive beaur OGup de Chrétiens^ après leur avoir infligé des tourments wiés« et jusque dans l'exil il fit périr un grand )ionii)re d'entre eux par la faim et par d^autres supplices. Mais il arriva par un jugement de Dieu, qu'en punition de Tef- fuâon du sang des justes, il fut chassé de son royaume,
1 Ilildéric ne succéda point iaunécliatemcnt à son pî-re IIu- neric; après la mort de celui-ci, (runtamund, le plus àgi* des princes du sang royal, fat roi des Vandales. Â Guntamund suc- céda Tbrasamund, et Hildéric ne devint roi qu'après ce dernier, en 583; il mouriii en 530. Son successeur, Gélimor, ou Gélési- mer, ouChildimer, fut vaincu et détrôné par Bélisaire, Tannée même de son élévation au trdnc.
OÔ L'ÉVÉQUE AEVATIUS.
et que celui qui avait envahi les saintes églises fut exilé de son pays. Maïs revenons à ce qui précède.
T. — Le bruit s'était répandu que les Huns voulaient se jeter suivies Gaules. Il y avait alors dans la ville de .Tendres un évéque d'une exquise sainteté^ nommé Ar- vatius. Adonné aux veilles et aux jeûnes, souvent baigné d'une pluie de larmes, il suppliait la miséricorde di- vine de ne pas permettre l'enlrée des Gaules à cette n^ tion incrédule, et toujours indigne de Dieu. Mais averti par inspiration.qu'à cause des fautes du peuple, ce qu'il demandait ne lui était pas accordé, il résolut d'aDer à Rome^ afin que la protection des mérites apostoliques^ . unie à ses prières lui obtint plus facilement ce qu'il demandait humblement au Seigneur. S'approchant donc du tombeau du bienheureux apôtre, il implorait le secours de sa bienveillance, se consumant dans Fabs- lineuce et le jeûne, au point de rester deux et trois jours sans manger niboire, et ne mettant point d'interrup- tion dans ses prières, ixirsqu'il eut passé un long es- pace de Jours dans cette mortification, il reçut^ à ce que Fon rapporte, cette réponse du bienbeureux apôtre : «Homme saint, pourquoi tant d'insistance? Il a été ir- révocablement lixé par les décrets du Seigneur que les Huns viendraient dans les Gaules, et que ce paysi serait ravagé par la plus terrible tempête. Maintenant donc prends ta résolution, fais une prompte diligence, dispose ta maison, prépare ta sépulture, aie soin de te munir d'un linceul blanc; car tu vas quitter ton enveloppe cor- porelle, et tes yeux ne verront pas les maux que les
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INVASION DES HUNS. 61
ttiiitt causeront à la Gaule. Ainsi en a décidé le Sei- gneur notre Dieu. » Le pontife ayant reçu cette réponse du saint apôtre bâta son aroyage et regagna prompte- menl la Gaule. Arrivé à la ville de Tôngres, il apprêtk . , , ce qui était nécessaire à sa sépulture; et, disant adieu aux ecclésiastiques et au reste des habitants de la ville/ il leur annonça avec des pleurs et des lamentations qu'ils ne verraient plus longtemps son visage; ceux-ci, , le suivant avec des larmes et des gémissements^ le sup- pliaient humblement et s'écriaient : <( Ne nous aban- * donnez pas, saint père I ne nous oubliez pas, bon pasteur! » Hais comme leurs pleurs ne pouvaient le retenir, ils s'en retournèrent après avoir reçu sa béné- diction et ses baisers. Lui donc, étant allé à la ville de MaëstrichtS fut attaqué d'une légère fièvre et mourut. Son corps, lavé par les fidèles,, fut enterré auprès du rempart public. Nous avons écrit, dans notre livre des Miracles, comment ce saintcorpsfut transféré après un * long espace de temps.
VL — Les Huns étant donc sortis de Pannonie, se^je- tèrent, dépeuplant le pays, sur la ville de Metz, où ils arrivèrent, ainsi que quelques-uns le rapportent^ la veille du saint jour de Pâques. Ils livroi ent la ville aux ; .flammes, passèrent les habitants au lil de Tépée, et égorgèrent même les prêtres du Seigneur devant les autels sacrés. Rien n'échappa à l'incendie, si ce n'est ro- ratoire du diacre saint Ëtienne, premier martyr. Je n'hésite pas à redire ce que j'ai entendu raconter à
« Trt^ûetmma urhi. (V. Gco^r.)
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C2 ATTILA KT SAINT AIGNAN.
^ •
quelques personnes au sujet de cet oratoire. Elles ra-
content qu'avant l'arrivée des ennemis un saint- homme eut une vision, dans laquelle il vit ce pieux fidèle» le i bienheureux diacre ^tienne, s'entretenant avec les saints apôtres Pierre et Paul sur ce désastre, et disant : « Je • vo|4S conji^re^ mes seigneurs, d empècber par votre in- tercession- que nos ennemis ne brûlent la ville de ^ Metz; car elle renferme un lieu où se trouve conservé rhumble gage de ma vie terreslie ; faites plutôt que les peuples connaissent que je puis quelque chose auprès du Seigneur; ot si tels sout les forfaits des habitants que ; , la ville ne puisse éviter 1 incendie, faites au moins que ' ' mon oratoire en soit préservé. » Ils lui répondirent : «Va en paix, irès-eher frère; rincendie ne respeclem que ton oratoire. Quant à la ville, nous pe pouvons rien obtenir, parce que la volonté divine a déjà prononcé sa sentence; car les péchés du peui)le se sont accumulés, et le cri de sa méchanceté est monté jusqu'à Dieu : la ville sera donc livrée aux flammes. x> Il est par là ma- ni teste que l'intercession des apôtres a seule préservé Toratoire dans la dévastation de la ville.
V II. — Cependant Attila, roi des Huns, ayant quitté les murs de Metz , et ravageant inij)uiuhnent les cités des i^aules, vint assiéger Orléans, et tâcha de s'en emparer en ébranlant^ ses murs par le choc pin"ssanl du Ijélier. \
Vers ce tcuips-là, cette ville avait pour évoque le bienheu- reux Aignan, homme d'uoe émittente sagesse et d'une , .
louable sainteté, dont les actions vertueuses sont lldèle- .ment conservées parmi imus. Et comme les assiégés
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8ÂINT âignân. es
demandaient à grands cris à leur pontife ce qu'ils avaicDià taire^ celui-ci, inettant sa conflance en Dieu, les engagea à se prosternerions pour prier et implorer ayec larmes le secours du Seigneur toujours présent dans les calamités. Us se mirent donc à prier, selon son conseil, et le ponlife leur dit : « Reirardez du haut du rempart de la ville si la miséricorde de Dieu Tient à * notre secours; » car il espérait, par la miséricorde di- vine, voir arriver Aclius que, dans sa [)ré voyance de ' ^ TaTenir, il était allé trouver dans Arles. Mais regardant • du bant des murs, ils ïi'aperçurent personne. L'évêque leurdit encore : « liriez avec zèle, car le Seigneur vous (^livrent aujourd'hui. 9 Ils se mirent à prier, et*le saiiit ajouta : a Regardez de nouyeau. » Mais ayant re* gardé, ils ne virent personne qui leur apportât du secours. Le bienheureux Aignan reprit poiir la troisième fois : a Si TOUS le suppliez sincèremeilt, Dieti Ta tous secourir. » Et ils imploraient la miséricorde divine avec krlnes et gémissements. Leur oraison finie, ils Tont, par i*ordlre du Tieillard, regarder pOiir la troisième fois du haut du rempart, et ils aperçoivent de loin comme un nuage s'éleTant de terre. Us Tannoncent au pontife qiii leur dit : « C'est le secours du Seigneur. » Cepen- dant les remparts, ébranlés déjà sous les coups dubé- ' lier, allaient s'écrouler lorsque Toilà Aétius qui arrlTe; ' voila Tlicudoric, roi des Golhs, ainsi que Tliurisniond son fils, qui accourent veiis la ville à la tète de leurs armées ^ renTetsant et rejetant rennemi. La ville fut donc délivrée par rinlercession du saint évèque. Mis *
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61 AÉTIUS. •
en faite, Atîîla se Jette dans les plaines de Héry ^ et sVf
dispose au combat. Les nôtres, à celte nouYclle, §e préparent à le combattre a^èc courage.
Dans ce tenips^ le brait parvint à Rome qu'AéUus courailles plus grands dangers au milieu des phalanges des ennemis. Sa femme ayant, appris cette nouvelle» triste et tourmentée, se rendait assidûment à la basi- lique des SaintS'Âpôlrcs et demandait au ciel de lui rendre son mari sain et sauf. Conuqjie elle priait nuit et jour, il arriva qu'une nuit un'pauvre homme pris de vin s'endormit dans la basilique de Tapôtre saint Pierre, de manière qu'il n'était pas sorti lorsque, selon la cou-* tu me, les gardes fermèrent les portes. S'é veillant au milieu de la nuit, il vit toute l'église resplendissante de lumières. Saisi d'épouvante, il chercha une issue pour s'échapper ; niais après avoir essayé d'ouvrir une pre- mière porte, puis une autre, et reconnu qu'elles étaient toutes fermées, il se coucha par terre et attendit en tremblant pour sortir de ce lieu l'instant où le peuple s'assemblerait pour chanter les hymnes du matin* Pen- dant ce temps, il vit deux personnages se saluant avec un respect mutuel, et s'entretenant avec sollicitude de choses qui les intéressaient. Bientôt le plus jeune parla ainsi : « Je ne puis soutenir plus longtemps les larmes de la femme d'Aétius. £lle me supplie sans cesse de ramener des Gaules son mari sain et sauf, tandis que le jugement de Dieu en avait décidé autrement. Gepen-
i Maurieiatus, (V. Géographie de Grégoire de Toure et de Fr^ dégaire,) .
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VICTOIBE D'AÉTIUS. 06
dant, en faveur de sa singulière piétés j'ai obtenu la vie de mari, et je me hâte de le ramener ici irivant; mais j'engage celui qui entendra ces paroles à se taire et à ne pas oser divulguer les secrets du Seigneur, « s'il ne Teut périr pramptement sur cette terre. » Le pauvre^ après avoir entendu ces paroles^ ne put garder le silence. Dès que le jour commença à paraître^ il dé* couTrit à la femme d'Aélius tout ce qu'il avait entendu; et, lorsqu'il eut parlé, ses yeux se fermèrent à la lu- mière.
Aétius, réuni aux Goths et aux Francs, livra done
batnillc à Aftila. Celui-ci, voyant que son armée allait être détruite, eut recours à la fuite. Mais Tbéodoric, roi des GoIbSf périt dans la bataille. On ne saurait douter que rariîiée ennemie furinise en fuite par Tintercession du saint évéque. Le patrice Aétius et Tborismond remportèrent la victoire et détruisirent les ennemis. * La guerre étant terminée, Aétius dit à Tborismond : c Uàte-toi de retourner dans ta patrie, de peur que ton frère ne se jette sur le royaume de ton père, et ne t'en dépouille. » D'après cet avis, Tliorisuiond se bâta de parUr pour prévenir son frère et pour prendre le pre^ mier possession du trône de son père. Aétius se délivra par une ruse pareille du roi des Francs. Après leur dé- part il pilla le campS et retourna victorieux dans sa pà-
* Le texte dît spoJiato eampo^ ce qui parait signifier ravager la campagne, traduction en effet adoptée par MM. ûuadet et
Taranne. Mais comme le chef romain ^tait venu au secours des populations de la Gaule et qu'il n'avait aucun motif de ravager une province appar^*- « l empire et déjà maltraitée par iea
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66 ' AÉTIUS.
trie avec un butin considérable. Attila se retira airee ' lin petit nombre des siens ; peu après lès Ëuns s'étaiit
emparés d'Aijuilée, qu'ils incendièrent et détruisirent, se répandirent dans lltalie et la rayagèrent. Thoris- mond, dont nous avons parlé plus baut, souniit les Aîains par la force des armes; ensuite, après beaucoup de différends et de guerres, il fut vaincu par ses frères et péril étranglé *.
VIII. — Après avoir disposé et décrit ces événements selon l'ordre des temps, j'ai cru qu'il ne m'était pasper- mis de passer sous silence ce que Rénaius Frigéridus • rapporte ausiget d'Aétius dont il vient d'être question. h raconte, dans le douzième livre de son histoire, qu'à la mort du divin Ilonorius, Valentinicn, encore en- » faut, et n'ayant accompli qu'un lustre, fut créé em- pereur par son cousin germain Théodose, et que le tyran Jean s'éleva à l'empire de Rome; après avoir dit que les députés de cet usurpateur furent traités avec mépris par bésar, l'historien ajoute : a A la suite de « cette réception, les députés retournèrent vers le ly- c ran, lui rapportant les menaces les plus terribles. Ces « menaces déterminèrent Jean à envoyer aux Huns, « avec beaucoup d'or, Aétius à qui était alors conûé le
Huns, il est plus vraisemblable que campo est pris ici pour cas- tri$t ce qui n'a rien dY'toncont dans lo latin de cette époque, et qu'il s'agit du camp ou d'une partie du camp abandonné par lea Huna dans leur retraite. Peut-être aussi ce mot désigne-t-il le champ de bataiUe. » En 458.
« Historien qui n'est connu que par ce passage de Grégoire de Tours.
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AÉTIUS, * Ô7
k soiil de lM>ii palais. Celui-ci les a^ait cbnnus dans le
à tetnps on il était chez ce peuple en otas:e, et était lié a avec eux d'une étroite amitié. Il leur porta les insiruc- « lions suiTantes : Aussitôt que les ennemis èntreraient « en Itîlliej ils les atlacpieraient par derrière, tandis que a lui-même les prendrait de front. Mais comme nous « Aurons pair la ^liile beaucoup à parler d'Aétius, je crois « utile de dire quelque cliose do sa naissance et de son a Caractère. Son père Gaudeutius^ de la principale yille '« de la province de Scythie, ayant commencé la gume « paf rétat do domestique, parvint jus(iu'au grade de i maître de la cavalerie. Sa mère était une Italienne
m
€ noble et* riche; Aétilis, prétorien dès son enfance^ fût.
a à trois ans remis eu otape à Alaric, de là aux Iluns; à ensuite^ devenu gendre de Carpilion^ il commença ^ 9 en qualité de comte des domestiques^ à être chargé de > a radniinislraiion du palais de Jean. 11 était d'une taille «moyenne^ d'un corps vigoureux , saiis faiblesse di c lotirâeur, d'un extérieur mâle et élégant , d'un ésprit € très-actif; cavalier agile, habile à lancer des flèches> « adroit la lance à la main^ très- propre à la guérré7 (( excellent dans les arts de la paix. Exempt d'avarice ét a de toute avidité^ il était doué des dons de l'esprit, ne « s'écartant pas de son devoir par de mauvais penchants, tf sup[)orlant les injures avec une grande patience, « aimant le travail, ne craignant aucun tlani^er, souf- ff frant avec beaucoup de courage la faim, la soif et les a veilles. Il est certain qu'il lui fut prédit, dès son jeune 0 âge, à quelle puissance k destin Le réservait, et qu'il
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88 DTTCS DES FRANCS.
« serait renommé dans son temps et dans son pays. » Voilà ce qiie rapporte sur Àélîus rhistorien dont nons *
avons parlé. Mais reiiipcrcur Valentinien devenu adnlle^ craignant la domination d'Aétius^ le tua sans sujet. Lui-même à son tour, siégeant sur son tribunal dans le cliaiiip de Mars ci parlant au peuple^ fut surpris par derrière et percé d'une épée par Occyla, trompette d'Aélius. Telle fut la fin de l'un et de l'autre.
IX. — Beaucoup de personnes ignorent quel fui le pre- mier roi des Francs; Car bien que Sulpice Alexandre ^ parle beaucoup d'eux dans son liisloire, il ne mentionne pas le premier de leurs rois et dit qu'ils avaient des ducs : il est bon cependant de rapporterce qu'il raconte de ces chefs. Apres-avoir dit que Maxime, ayant perdu tout espoir tic conserver Tempire, reslait dans Aquilée presque privé de tout^ il ajoute : « Dans ce temps les « Francs, sous la conduite de» Gennobaude, Marcomer « et Sunuon^ leurs ducs, fu eut irruplioa dans la Ger- 0 manie> et^ passant la frontière^ massacrèrent beaik « coup d'habilanls, puis, ravageant des cantons d'une a grande fertilité, portèrent répouvanle jusqu'à Co-
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« logne. Dès que la nouvelle en fut yenue à Trêves^
et Nannénus et Quinlinus, commandants de la milice, a à qui Maxime avait confié Tentance de son lils et la a défense des Gaules^ assemblèrent une armée et, se a rendirent à Cologne. Mais les ennemis, chargés de a butin^ après avoir pillé les richesses des provinces»
1 Historien qui n'est connu, comme Rénatus Frigéridus, ^ue par Grégoire de Tours.
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DÉFAITE Et TICTOntE DES FRANCS. 6»
c repassèrent le Rhin, laissant sur le territoire de Tem- c pire plusieurs des leurs prêts à renouTeler les ra- « Tages. Les Romains combattirent a^ec avantage et
a tuèrent un grand nombre de Francs près de la forêt . a Charbonnière. Comme on délibérait pour savoir si^ ff à la suite de cette Tictoire^ on devait se jeter dans la a France* , Nannénus s'y refusa , sachant bien que le < Francs étaient prêts à les recevoir» et qu'ils seraient «certainement plus forts chez eux. Quintinus et le o reste de Tarmée étant d'un avis différent^ Nannénus - ^ c retourna à Hayence. Quintinus, ayant passé le Rhin a avec son armée auprès de Nuitz, arriva le deuxième a jour de marche depuis le fleuve à des demeures « inhabitées et à de grands villages abandonnés. Les «Francs, simulant répouvante, s'étaient retirés dans « des bois très-touHus et avaient fait des abattis sur « la lisière des forêts. Les soldats romains» après avohr a incendié toutes les maisons, croyant dans leur lâcheté cstupide que déployer contre ces murs leur fureur a c'était consommer leur victoire» passèrent sous les a armes la nuit dans Tinquiétude. Des la pointe du « jour» étant entrés dans les bois» conduits par Quin- «tinus, ils s'engagèrent presque jusqu'à la moitié « du jour dans les détours des chemins et s'égarèrent « tout à fait. A la ûn» arrêtés par une encemte de fortes « palissades» ils se répandirent dans des champs maré- a cageux qui touchaient à la forêt. Quelques ennemis , c 80 montrèrentsur leur passage» montés sur des troncs
< Fr<ne»a, «lors le oays d'o^tre-Rhin. (V. Oéogr,)
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70 VICTOIRE DES FRANCS.
' «d'arbre entassés ou sur des abattis. Du haut de ces « sortes de tours^ ils lançaient, conune si c'eût été avec è déd biâcbiiieé de guerre, des flèches trempées dans le « poison des herbes ; de sorte qu'une mort certaine était" a la suite des blessures qui n'avaient fait qu effleurer la. t peàu» inôhie dans des parties du coirps où les coaps <r ne sont pas mortels. Bientôt l'armée, environnée d'un ci grand nombre d'ennemis, se précipita avec empresse- è nlënt dans les plaiiies que les Francs avaient laissées à ouvertes. Les cavaliers s*étant plongés les premiers k dans les marais, on y vit périr pêle-mêle les hommes i ët lëb bheVaùx. Les fantassins que le poids des che- «vaux n'avait pas écrasés, plongés dans la fange et & débarrassant leurs pieds avec peine, se cacbaient de â iidiiifeâti én iremblant dans les bois dontils venaientà <î peine de sortir. Les légions ayant rompu leurs rangs S tniBiit hiàssacrées.Héraclius, tribun des Joviniens, fut à thé ainsi qiie la plupart des officiers; un petit nombre « trouva son salut dans l'obscurité de la nuit et parmi « les retraites des forêts. » Voilà ce que rapporte Sulpice Âlexandire dans le troisième livre de son histoire.
Dans le quatrième, après avoir raconté le meurtre de Victor, fils du tyran Maxime, il dit : « Dans ce temps, « Charietton et Syrus, mis à la place de Nannénus, « s'opposèrent aux Francs avec une armée dans la Ger- « mànié. » Ët après quelques mots sur le butin que les Francs avaient remporté de Germanie^ il ajoute : « Àr- « bogaste, ne soutirant aucun délai, engagea Gésar à c infliger aux Francs le cliâtiment qulls méritaient^ à
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ABAISSEMENT DE VALENTiXIEN. , 71
«ipoins qu'ils ne reslituasseni tout ce que dans l'aii-
« née prcccdcnle ils avaient pille après le massacre des « légions, et qu'ils ne livrassent les auteurs de la ^uerre« a afin qu'on les punit d'avoir violé perfidement lapaix.»
H raconte ce qui se passa pendant le commandement de f (larieiton et de Syr us, et «youte: a Peu de jours après» « ayant eu une courte entrevue avec Marcomer et les «oflicicrs royaux des Francs, et en ayant reçu des o otages, selon la coutume^ le général romain se retira « à Trêves pour y passer l'hiver. » Gomme 11 les appelle ^royaux \ nous ne savons s'ils étaient rois ou s'ils en tenaient 1^ place. Le même bistorien» rapportant la si- tuation critique de l'empereur Valentinien, ajoute : « Pendant que divers événeuionls se passaient dans la Tbrace^en Orient» Tétat des affahrcs était trouvé dans é la Gaule. Le prince Valentinien^ renfermé à Vienne a dans i mlérieur de son palais^ était presque réduit cau-<le8Sp|:{^* de la condition de simple particulier» le « soin des affaires militaires se trouvait abandonné à des asaleliilob iiancs, et les aiïaires civiles étaient passées « entre les mains de la faction d'Arbogaste. Parmi tous 0 les soldais engages dans la milice^ on n'en trouvait .« aucun <|ui osàl obéir au\ ordres ou aux discours par- « ticubers du prince. » 11 rapporte ensuite que» dans la uicinc année, Arbogasle, poursuivant Sunnon et Mar- comer, petits rois des Francs, avec T ardeur d'une haine qui avait son origine dans leur propre pays» se rendit
1 Le texte de Sulpice Alexandre porte, à ce que fait observer Gr<''guire de Tuurs, regalthut et non regibw»
Tft tE TYRâK SU6ÈNË.
à Cologne au milieu des plus grandes rigueurs de l'hi- pensant qu'il pénétrerait facilement dans les re» traites des Francs^ et y mettrait le feu lorsqu'ils ne pourraient plus se tenir en embuscade dans les forêts arides etdépouiUées de feuilles. Il passa donc le Rhin à k tête de son armée et ravagea le pays des Braetères, qui sont le plus près de la rive> ainsi qu'un village habité par les Chamaves^ sans que personne se présen* tât^ si ce n'est un petit nombre d'Ampsuaires et de Gbattes, commandés par Marcomer^ qui se monlrèrent sur les plus hauts sonunets des collines K Là, laissant de nouveau tant ces ducs que ces chefs royaux, Tbisto- rien indique clairement que les Francs avaient un roi, brsqu'il dit, sans mentionner de nom : « Ënsuite le « tyran Eugène, ayant entrepris une expédition mili- « taire, après avoir, selon sa coutume^ renouvelé les «anciens traités avec les rois des Mamans et des • t Francs^ gagna la limite du Rhin pour effrayer les na- « lions sauvages par Taspeci d'une armée considérable. » C'est là tout ce que le susdit historien a raconté des Francs.
Rénatus Profuturus Frigéridus, dont nous avons déjà parlé, rapportant la prise et la destruction de Rome par
les Gotbs, dit : « Pendant ce temps, Goarc - ayant passé « aux Romains, Respendial, roi des Alains % retira
■
1 Ces tribus faisaient partie de la confédération des Francs.
* Uoi eu ( lief d'une tribu d'Alains.
* D'ajires une note de MM. Taraiinf et Gu idet. c'est Alains Ahini, et non Alanians, Alamanni, qu'il faut lire dans le textl des principaux manuscrits. [Édit. Taranne et Guadet, p. 78.)
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LE TYRAN CONSTANTIK. 7$
« son armée des bords du Rhin, parce que les vandales a étaient en ^erre avec les Francs. Le roi Godégisèle ' a aTait miccombé^ une armée de près de Yingt mille c hommes avait péri par le fer; et les Vandales auraient « a été détruits si les Alains ne les eussent secourus à c temps. » Nous sommes étonnés que, désignant par leui^ noms les rois des autres nations, Thistorien ne
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nomme pas aussi celui des Francs. Cependant lors- qu'il dit que Constantin S s'étant emparé du pouvoir^ ordonna à sou ûls Constant de quitter TËspagne pour le Tenir trouver, il raconte ce qui suit: cGonstontin « ayant mandé d^Espagne son fils Constant, qui s'y était « en même temps déclaré tyran, afin de délibérer en- c semble sur Fétat des affaires présentes. Constant c laissa à Sarap^osse toute sa cour avec sa femme, con- a ûa les affaires d'Espagne à Gérontius et se rendit sans c s'arrêter auprès de son père. Dès qu'ils furent ensem- « ble, après avoir laissé passer plusieurs jours, voyant « qu'il n'y avait rien à craindre du côté de ritalie,Con- c stantin se livra à la déhanche et à Fintempérance^ et c engagea son fils à retourner dans sa province. Pen- « dant que celui-ci, après avoir envoyé ses troupes de- « vant^ demeurait encore avec son père, des courriers - c arrivant d'Espagne lui annoncèrent que Gérontius « avait établi sur le trône Maxime, un de ses clients % « et que, secondé par les nations barbares, il faisait des
1 Simple soldat d'une légion romaine cantonnée dans la Grande-Bretagne ; il se fit proclamer empereur en 407. • En 410.
ir préparaUfs de guerre. Effrayés de ces nonvetles, f a. Constant et Décimus Rusliciis, celui-ci de tnaître dc$ « of^oe^ était Revenu préfet des Gaqle^ après aToiir« ^ tf envoyé lldobio ani Germains^ marchèrent Ters les « Gaules &vec les Francs^ les Al^n^^ns et toutes leurs K trouped^ Ikrojetant de retourner bientôt pr^ de Gon- K staniin, p De même, lorsqu'il raconte que Gonstantin §tait assié^ç^ Thistorien dit : 9 A peine quatre mois % «'élM^t ^9ulés depuis que Qon&timtiQ ^tait wi^é» 9 lorsque tout à coup des messagers venus de la Gaule f Ult^kur^ axw^acèreul que Jûyîu s'était revêtu des
n immom^ roy^y»» et qu'uoeompiippé des Bonrgqi-
« gnpnS;, des Alamans, des Francs et des Alains, il me-
^ n^t le^ ^^^eAut^ ftvec toutesou ^mée. Le«i a&saii- f tolits prêtèrent lesiége«etGaQ9tanUiioaTrit|esp<Nrtefli q de ville et se rendit. Couduit aussitôt en Italie, il « t\A déi^pité $ur tes ^ord» du Vinçio p^ des q cuteprfi que ]e prince ^QTPy^ ^Mewit de Ini. » Get histovi^u dit ei;icçp:e : « Dans le même temps^ « Décimus Ru^ieus» pré{e( de» tyrans^ Agrqétius, qui 9 ayi|it été çhef des secrétaires de Joyin, et un grand a nombre il« uobles étant tombés, en Auvergne, entre « }^ des généraux d'Hop(»rii|s, 8id;»irent un ri- n gQMreux suppliée. Les Francs pillèrent et Incendièrent « la ville de Trêves dans une seconde irruption. » As- t^jrius'siyiipt été élevé à la dignité de patrice par des lettres impériales, Rénatus ajoute : «r Dans le même a temps Cas^nus, comte des douicbtiques, {ut mis a la t tête d^unc expédition contre les Francs et envoyé dans
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LE» FRâXCS passent L£ RHIN. 75
ir les Gaules. » Voilà ce qiie ces historiens racontent <les Francs. L historien Urose s'exprime ainsi dans le sep- tièHie livre de son ouvrage : « Stilicon ayant rassemblé • des troupes écrasa le? Franc?, pnssa le Uliîn, parcou- re rut les Gaules et alla jusque vers les Pyrénées. » Ce sont là )es renseignements que les historiens dont nous avons parlé nous ont laissés sur les Francs, sans nous 4ire le n<uu de leurs rois. Un grand nombre racontent que ces mêmes Francs, abandonnant la Pannenie, s'éta- blirent sur les bonis du Rhin; qu'ensuite, traversant ee ûeuve^ il passèrent dans le pays de Tongres et que lè^ dans lenrs bourgs et dans leurs villes, ils créèrent pour les commander les rois chevelus pris dans la première et^pour ainsi dire, dans la plus noble de leurs flimilles. Comment les Tîetoîres de Clovis assurèrent ensuite ce titre à sa famille^ c'est ce que nous montre- rais phis tard.
Nous lisons aussi dans les Fastes eonstUaires que Théo^ domer, roi des Francs, fils de Ricbimer, et sa mère As- eyia, furent massacrés. On dit aussi qu'alors Clodion, auflsi distingué dans sa nation par son mérite que par sa noblesse, fut roi des Francs; il habitait Duysborch dans le pays de Tongres. Dans cette même région, mais du côté du midi jusqu'à la Loire, habitaient les Romains.
4
J II y a doute s'il faut lire Uhcnus on Menus; cependant les ma-, auscrits portent plus gént'raleiiicnt Rliernis ; quant à Ttionngia, ce doit être le pays de J ongres (anciens Èhurons , voir Gcogra- fU» éê iSrégoire dê Tours) , plutôt que la Thuringe ; la suite da récit se concilie mieux avec cette supposition.
* Ditpargum, (V, la Géoi/raphie,)
76 IDOLATRIE DES FRANCS.
«
Au delà de ce fleuve le pays était soumis aux Goths. Les Burpondes, attachés également à la secte arienne, habi- taieut de l'autre côté du Hhoiie qui passe à Lyon. Clo- dion^ ayant envoyé des éclaireurs vers Cambrai, vint en personne examiner tout le pays, écrasa les Romains et s'empara de cette \ille*. Après y être demeuré quel- que temps> il étendit ses conquêtes jusqu'à la Sonune. Quelques-uns prétendent, que le roi Mérovée^ qui eut pour ûls ChildériC; était né de sa race.
X.— Mais ce peuple continuait de se montrer adonné a ridolâtrie et à méconnaître Dieu. Les Francs s'étaient f^il des images des forêts, des eaux^ des oiseaux, des bétes ' sauvages etd'autres objets^ et ils avaient coutume de les adorer comme des divinités et de leur offrir des sacrifi- ces. Oiil si cette voix terrible que Dieu fit entendre au peuple par la bouche de Moïse avait frappé les fibres de leurs cœurs : Vous n'aurez point d'autres dieux que moi; vous ne vous ferez point d'image taillée^ et vous n'adorerez aueuM figure de ce gut est dans k del et sur la terre y ni de tout ce qui est dans les eaux : vous ne ferez point cela et vous ne leur rendrez pas de culteK Et ces paroles-ci : Vous adorerez le Seigneur votre . Dieu, vous ne servirez que lui seul, et vous ne jurerez que par son nom'. Et qu'auraient-ils dit s'ils avaient vu quelle vengeance tomba sur les Israélites parce qu'ils avaient adoré le veau d'or^ et qu'après les festins et les
t Vers l'an 446.
^ Exode, chap. xx, v. 3, 4.
* Deut&on^t chap. vi, v. 13,*
Diyilizea by <jO
IDOLATRIE DLH tKANCS. 77
chants^ après les débauches et les danses, leur bouche
inapure s'était écriée, en parlant de cette idole ; Voici tes dieuxy ô IsraHI qui t'ont tiré de V Egypte^? Il en pé- rit Tingt quatre mille. Qu'auraîent-ils dit de cenx qui, s'étant associés aux profanes mystères de Belpliégor et . mêlés aux femmes impures des Moabites, furent. foulés aux pieds et égorgés par leurs parents ? Au milieu de , ces crimes, le prêtre Pliinée apaisa par la mort des adultères la colère de Dieu, et ce zèle lui fut imputé à ' Justice. Qu'auraient-ils dit si ces paroles terribles que le . Seigneur prononça par la bouche de David avaient re- tenti à leurs oreilles : Tous ces dimx des nations sont des démons, mais le Seigneur est le créateur des deux*? Ët : Les idoles des nations ne sont que de l'argent et de Jor^ et l'ouvrage des mains des hommes: que ceux qui les font leur deviennent semblables, avec tous ceux qui mettent en elles leur confiance ^ Ou ceci : Que tous cetiX' là soient confondus qui adorent des ouvrages de sculp- ture et qui se glorifient dans leurs idoles^. Et encore ce que dit le prophète Habacuc : Que sert la statue qu'ils ont faite P ils l'ont façonnée et ce n'est qu'un fant&me inanimé. Elle est couverte d^or et émargent, et elle est sans âme et sans vie ; mais le Seigneur habite dans son temple saint: que toute la terre fasse silence devant luiK Un autre prophète dit encore : Que les dieux qui n'ont
t Exoâêf cliap. xzxn, t. 4.
• PfftIMIM XCV, Y. 6. '
• Psaume cxiii, v. 12, 16. ' '
♦ Piaume xcvt, v. 7.
* Habacuct chap. ii, v. 8, Vè, 20, '
n PÀROLBSI, DES PROPHÈTIS.
pot'nf fait îê ml 4t la terre périssent êo%ts h eiel et soient exterminés de la terres De même ailleurs : Voici ce que dit le Seigneur qui a créé iee cieux^ le Dieu qui a créé la ien-e et tout ce qui s'y trouve, et qui Ta façon- née, et qui ne Ta pas créée en vain, mais qui i'a formée afin qu'elle fût habitée ; Je êui$ le Seigneur, ^eet là h nom qui m^eet propre, je ne donnerai pas ma gloire à un autre, ni mon pouvoir à des idoles qui ne durent fu'un instante Et ailleuTB: Yu-M quelqu'un parmi les faux dieux des nations qui fasse pleuvoir ^? Ët Dieu dit encore par la bouclie d'isaîe : Je suie le premier H je suis le dem,ier ; et iln'y a âe Dieu que moi seul ; penê^i donc y avoir un créateur que je ne connaisse pas? Tous ees arti&une d'idoUs ne sont rien; leurs ouvrages leê. plus estimés ne leur serviront • de rien ; iU sont èum-mê* mes témoins, à leur confusion, que leurs idoles ne voient point et ne comprennent point*, Tous c^usquiprentmî part à cet ouvrage seront eoHfondusi c^a** t^^s m e^tt* sans ne sont que des hommes. Comment donc un homme estril assez insensé pouf vouloir former uneUeu,etpùUit jeter en fonte une etatue qui n'est bonne à Hen f ilet 'mis le fer dans le feu et l'a battu avec le marteau pour en forger une idole; it ff a empiogé eoute la forée de son bras» De même k eéulpteur a formé au compas et fait enfin l'image d'un homme qu'il a rendu le plus beau quHt a pu, et il l'a logé dans une niche. Il a confié du
I Jérémie, chap. x/v. 11.
* Uàie, chap. xlv, v. 18; chap. XLU, 8.
> JérénUe, chap. xiVrV. S2.
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L^ËMPËRËUB ÀYtTtlS. 1»
hois, il Va îramillé, il en a fait une image et Va adorée comm tm dteti ; il a réuni sa memdres wcec du tHùm et un marteau, afin qu'ili ne ee séparaseem past OH Im porte parce qu ils ne peuvent marcher ; du surplus du bois, rftomme a fait du f6u et $'e$t chauffé. Et c Mdece même bois qu'il a faitUndièUeiuneidUîtèBtuMlaquétk Use prosterne^ et qu'il prie en lui disant : DéliiTez-moi; tt& ma itei fnoh Dieu. J'ai fait du feu dé ta moitié ès ce bois, fai fait cuire du pain tés thathànSyfy ai fait cuire la chair que fai maîigée, et du surplus je ferai uné idiùîe ; je m» prosteftmai demnl un (ftme it'ardrt. Une partie de ce bois est dijà réduite eH éènâtééy étt^ pendant son cœur insensé adore Vautre, e{ il ne pense point à tttèt ècn âme de VigaremeM où elk est, eti dt- sant: peut-élre cet ouvrage de mes mains n*eH qu*un mensonge^ La nation des Francs ne comprit pas cela d'ftbok'd, maii elle le l«coittiul pltin tand, eôttime lé r&« conte la suite de celte Ijistoire.
XL— Le sénateur Avitus, citoyen d'Auvergne^ comme ôn le ^ii, parvînt à l'empirp romainS mais les déréglé- ments de sa conduite le lircnt rejeter par lu sénat; il îii\ alors consacré évéque de Plaisance. Gomme ii vit que le sénats totqours irrité> en voulait à sa vie, il paHil chargé d'un grand nombre d'oirrancjt^s pour la basilique du bienheureux martyr saint Julien d'Auvergne. Mais, ayant atleint en route le iei'nie de tte, tt tnbut* ut et fut porté au village de Brioude , et enterre aux pieds du
i I«aï«, chap. XLiv, v. 6, S(K S En 455.
80 CUILDÉRIC £ï ^GIDIUS.
saint martyr. Hsjorîen loi succéda à l'empire S et dans
les Gaules le Romain ^Ëgidl us fut nommé maître de la milice.
XIL— ChildériCy s'adoniiant à une luxure effrénée^ se
mil à déshonorer les filles du peuple des Francs sur lequel il régnait Ceux-ci, indignés, le chassèrent- Voyant qu'on en voulait même à sa me, fl se réfugia dans la Thuringe, laissant un homme dévoué qui pût adoucir par ses paroles les esprit^ furieux. En outre pour convenir d*un signe qui lui fît connaître quand 0 serait temps de retourner dans son pays^ ils coupèrent une pièce d'or dont Ghildéric emporta une moitié,- tandis que son ami garda Fautre, disant : « Quand je t'enverrai cette moitié, et que les deux parties réunies formeront la pièce entière, tu pourras revenir en toute sûreté dans ta patrie. » Childéric s'en alla donc en Thu* ringe, et se cacha chez le roi Basin et chez sa femme Basine. Après TavoUr expulsé, les Francs élurent d'une voix unanime cet iEgidius qui avait été, ainsi que nous l'avons dit, envoyé par la république romaine comme maître de la milice. Celui-ci était déjà dans la huitième année de son règne lorsque le fidèle ami de Childérici ayant secrètement apaisé les Francs, envoya des messagers avec la moitié de la pièce qu'il avait gar- . dée. Le roi, certain par cet indice que les Francs dési- raient son retour et le rappelaient eux-mêmes, quitta la Thuringe et fut rétabli dans son royaume. Tandis que le Romain et le Franc régnaient simultanément,
>£a457.
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L'ÉVÊQUE VÉNEBANDK.
Bashie^dont nous avons parlé plus haut, abandonnàsôb mari et vint trouver Ciiildéric. ("oniine il lui demandait avec empressement pour quel motif elle venait d'un pays si éloigné, elle répondit, à ce qu'on raconte : « Je connais ton mérite el ton grand courage. C'est pour cela que' je viens habiter avec toi> car sache que si j'avais connu au delà des mers un homme qui valût mieux que toi, j'aurais voulu vivre avec lui. » Celui-ci plein de joie l'épousa. Il en eut un fils qu'on appela du nom de Clovis. Ce fut uii grand roi el un redoutable guerrier.
XIII. — Après la mort de saint Ârtémius en Auver^
gne, Vénérande, un des sénateurs, fut ordonné cmmiuc. Paulin nous apprend ce que fut ce pontife eu disant ; < Si vous voyez les dignes prêtres du Seigneur, Exsu- a père à Toulouse, Simplicins à Vienne, Amand à Bor- 0 deaux, Diogénien à Albi, Dynamius à Angoulême^ « Yénérande à Glermont, Alithius à Gahors, ou Pégase a à Périgueux, quels que soient les vices du siècle, vous verrez assurément les plus dignes gardiens de la « sainteté, de la foi et de la religion. » On dit que Yé- nérande mourut la veille même du jour de Noël. Le matin de la féte^ une procession solennelle suivit son convoi. Après sa mort, il s^éleva parmi les citoyens une honteuse querelle au sujet de i'épiscopat^les partis en désaccord voulaient élire chacun un évéque, et il y avait parmi le peuple de très-grandes dissensions. Un dimanche, pendant que les évèques siégeaient, une femme voilée et vouée à Dieu s'avança hardiment et
6.
8t RUSXICUS £1 PERPÉXUUS.
leur dît t « Écoutez-moi , pontifes du Seigneur > sachea que le3 hommes élus par ces gens-là pour le sacer- doce ne plaisent point à Dien, car le Seigneur choisira luf-même aujourd'hui son évêque. Cessez donc d'ir- riter et d'agiter le peuple> mais soyez un peu patients, car Dieu tous amène celui qui doit gouyerner cette Eglise.» Au milieu de rétonnement général survint, un hooime appelé Rusticus> prêtre du diocèse même , de Qermont; il aTait déjà été désigné à cette femme dans une vision. En le voyant elle s'écria : « Voilà celui qu'a choisi le Seigneur; c'est le pontife que Dieu vous a destiné : qu'il ^t nommé évéque» » Le peuple, à ces mots, oubhant ses dissensions, proclama que c'était un choix digne et juste» Husticus, placé sur le siégo cpiscopai.. devint, à la satisfaction d^ touSi le septième évêque de Clerniont.
XI V.^Dans la ville de Tours, Févêque Eustoche étant mort dans la dix-septième année de son pontificat eut pour successeur Perpéluus, qui fut le cinquième depuis s saint Martin. Témoin des fiéquents miracles qui s'opé* raient sur le tombeau du saint, cet évêque jugea indigne de tant de miracles la petite chapelle qu'on y avait bâtie. 11 la fit donc enleyer et la remplaça par la grande nasiiique qui subsiste encore aujourd'hui, et (jui est à cinq cent cinquante pas de la vilie^ £Ue a cent soixania pieds de long sûr soixante de large; sa hauteur jusqu'au plafond est de quarante-cinq pieds; elle a trente deux fenêtres du côté de l'autel, vingt dans la nef, et qua- rante-une oolonnes; dans tout l'edificei il y a cin(|uante«
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dèttiteùètres, ceui vingt colonnes et huit portesi dont troift du côté de l'autel et efauf ^sla Héf. Cette basi*
lique a trois fêtes solennelles, qui sont la Dédicace de réglisé, la Translation du corps et FÂnnWersaire de la consèbration in sattil comme érèqué. On ollèbrt celle-ci le i juillet, et celle de la Tratislation le il no* Tembre. Quiconque obsenre exactement ces fêles mérile ]àprotectioA du saint évêque dâhs ce inonde et dans Vautre. Comme le plafond * de la première chapelle était d'une structure élégante^ le pontife erut ne pae detoir laisser périr cet ouvrage. D éioTa^ en Utonneur des saints apôtres Pierre et Paul, une autre basilique dans laqueUe fut placé ce plafond» U fit aussi con- struire , au nom de Jésus-Christ^ un grand nombre d*autres églises qui subsistent encore.
X V.— Dand ce même temps^ la basilique du bienbett» reux martyr Symphorien d'Autun fut bâtie par le prêtre Ëuphronius qui, par la suite, panrint lui-même à révèchè de cette tille. Ce fut lui qui envoya» en grande dévotion, le marbré qui est placé sur le tombeau de saint Hartin.
XVI.— Après la mort de Fétêque Rustictts^ saint
Namalius devint le huitième évêque de Clermont. Il fit
1 Le texte porte caméra : ^uontaiA eaiMfa tf^tvltf Uîius prioris éleganti opère fuerat fahrieûta, H. Albert Lenoîr a cltirement in* ' diqué, «n étudiant ce passage de Grégoire de Tours, q^ue ce mot désigne le plafond qui surmontait les nefs. On traduisait ordl« naîrement catnera par voûte, bien qu'il soit difllcile d'admettre qu'une voûte j)uisse être transportée d'une église à une autre. [Architeciun monasUqutj par Albert Lenoir, p. 326.)
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84 BASILIQUE DE CLERMONT.
bâtir l'église qui subsiste encore, et qui est la principale dans les murs de la ville. £lle a cent cinquante pieds de long» soixante de large, cinquante de haut dans rintérieur de la nef jusqu'au plafond : au-devant est une abside ronde» de chaque côté s'étendent des ailes d'une élégante structure» et tout Tédiflce est disposé èn forme de croix. U a quarante-deux fenêtres, soixante^^- dix cdonn^ et huit portes. Une pieuse crainte de Dieu.- se fait sentir dans ce lieu, où pénètre une vive clarté; et très-souvent les religieux y sentent des parfums qui semblent provenir de suaves aromates. Les parois du côté de Tautel sont ornées de différentes espèces de marbres ciselés- avec beaucoup d'élégance. Lorsque rédiûce eut été achevé au bout de douze années» Namar tins envoya à Bologne^ ville dltalie^ pour demander les reliques de saint Vitalis et de saint Agricola^ crucifiés» comme on sait» pour le saint nom du Christ notre Dieu.
XVII.— La femme de Namatius bâtît^horsdes murs de la ville^ la basilique de Saint-Ëtienue».et voulant la faire orner de peintures» elle portait dans son sein un livre où elle lisait l'histoire des actions des anciens temps, indiquant aux peintres celles qu'ils devaient repré- senter sur les murailles. Un. jour il arriva, comme elle était assise dans la basilique et occupée à lire» qu'un pauvre vint pour prier; en apercevant cette femme d^à vieille et vêtue d'une robe sombre» il la prit pour une pauvresse et lui porta un morceau de pain qu'il posa sur ses genoux, après quoi il s'en alla. Celle-ci» ne dédaignant pas le don du pauvre qui n'avait pas
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CBILDÉmC ET ODOACRB. 86
reconnu son rang, l'accepta avec des remerciements. Elle garda le pain^ le plaça deyant elle dans tous ses repas, s'en servant tous les jours pour la bénédiction, jusqu'à ce qu'il n'en restât plus.
XYIII. — Cbildéric porta la guerre sons Orléans; Odoacre vint avec les Saxons à Angers. En ce temps une épouvantable peste désola le peuple, ^gidius mourut, laissant un fils nommé Syagrius. Après la mort d'/Egidius , Odoacre reçut dos otages d'Angers et d'au- tres villes. Les Bretons furent chassés de Bourges par les Goths^qd en tuèrentun grand nombre près du bourg de . Déols. Le comte Paul, avec les Romains et les Francs, fit la guerre aux Gotlis, auxquels il enleva un grand butin. Odoaere étant venu à Angers, le Yoi Cbildéric arriva le jour suivant, tua le comte Paul et s'empara de la ville Ce même jour la maison épiscopale fut consumée par^ . un incendie.
XIX. — Sur ces entrefaites, la guerre éclata entre les S^ttons étales Romains. Mais les Saxons, prenant la fuite, abandonnèrent un grand nombre des leurs au glaive des Romains qui les poursuivaient. Leurs îles toent prises et ravagées par les Francs, qui tuèren beaucoup de leurs babitants. Le neuvième mois de cette année, il y eut un tremblement de terre. Cbildéric conclut un traité avec Odoacre, et ils soumirent en- semble les Alamans qui avaient envahi une partie de ritalie.
XX. — Euric, roi d^s Goths, dans la quatorzième ainnée
1 Ce sont les Visigoths d'AG[uiiaind.
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TICIOE, DfTG DES SEPT CITES.
dé Son règne» créa Victor duc de sept cités *• Gelui-d yM, vàbikmml en Auvergne^ yo«l«nt ajouter la cité ' de Clermont à celles qu'il gouverna^, déjà* Ce fut lui qui ût construire les chapelles souterraines qu'on voit encore aujourd'hui dan» la basilique de Sainb>luUen^ ainsi que les colonnes qui sont placées dans l'église. U ât aussi bâtir la basilique de Saint-Laurent et de Saint- Geimaili > daâs te txmrg de Leginiac K Victor demeura neuf ans en Auvergne. Il éleva des accusations calonn- . nieuses contré le sénateur Ëuchérius, le fit jeter ea ptiBon^ l'en lira de nuit> et le fit attacher à une mille s muraille qu'il ordonna de faire écrouler sur lui. Crai- gnant d'être assassiné à cause de ses débauches par les gens de TAuvergne» il s'enfuit à Rome o£i see dérégIe-> ments le firent lapider. Ëuric régna encore quatre ans aprèsk mort de cet homme, et mourut dans la ^ringl» septième année de son règne K II y ont alors uii.noii» veau grand tremblement de terre.
XXL Namatius, évêque d'Auvergne^ fut remplacé à sa mort pair Éparohius, prêtre d'une grande sainteté et de beaucoup de foi . Comme, en ce temps, l'église pos- sédait dans l'enceinte de la ville une petite propriété» l'évêque y avait sa demeure dans l'endroit qu'on nomme aujourd'hui la sacristie, et pendant la nuit il se levait pour alto rendre grftces à Dieu à l'autel de l'église. U ai 1 ivd qu'une nuit> entrant dans cette église, il la trouva
t Ce fait doit marquer une des origines du nom de la Septi** mAiiie. (Voir ce mot, à la Géographxei) , t Voir la Géographie, au mot Licoiuaeenm vient» >Sn48S.
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TENTATION SE L'ÉTÉQUB ÉPARCHIU& 81
pleine de démons; leur pribce lui-même vêlu à la iiiiànièfe des femmeB^ était iissis dans la obaire épiamo* pale. Le pontife lui dit : « Infâme prostituée^ ta m t<l contentes pas d'îofecter tous les iieUK dd t66 pirofaûa- tions» lu viem souiller mèmd le êiégtt ocnMtifi pat It Sei^mcur en y posant ta personne infanin ! Sors de la maison de Dieu» ne la profane pas davantage* i La é^mon répondit t « Paiflcpiè tu me doiinei 1« Mdtil M
prosliluée, je l'environnerai de pièges * en l'ennam** mant de passion pour les femmes, j» A ees motB> il t'é* vanotlit comme de la fumée* En effet réfèque éprouva de TÎolenls accès de concupiscence ; mais> armé du dgne de la croix, il se préserva des atteintes de l'eil' nemi. On rapporte quilût bâtir sut leBortimet du nkOAl Cliantoin ^ un monastère où Ton voit aujourd'hui un oratoire, ët où il s'enfermait pendant les tatnia JôUHI du cairéme. Le jour de Mqueil il s'en retenait À bôII église en chantant accompagne d*une grande foule dè clercs et de laïques. A sa mort, il fut remplacé par Si* doiné, ancien préfet C'était un homihé très-noble, selon les dignités du siècle, et Tun des premiers séna*< teurs des Gaules auquel même TempereutAvltUS avait donné sa fille en mariage De son temps, pendant que ce Victor dont nous avons parié demeurait encore* à Glermont, il y avait dans le monastère de Saint42yr de cette même Ville un abbé, noinuié Abraham, qui était
t Cantohennicut mon$,
1 Préfet de Rome, en 467, ious l'emperettr AnthéiiiiiM. Il t^i
nommé évêquo en 471. > Papianilla. Sidoine l'épousa avant ^u'Avitiis ne fût empereur*
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88 SIDOINE APOLLINAIRE.
animé de la foi et des vertus du patriarche dont il por- tait le nom, comme nous l'ayons raconté dans le livre de sa vie.
• XXII. — Saint Sidoine était doué d'une telle éloquence quesouvent il improvisait de la manière la plus brillante sur quelque sujet qu'il voulût. Il arriva qu'un jour où il avait été invité à la fête de la basilique du monastère dont nous avons parlé ci-dessus, quelqu'un lui ayant' méchamment enlevé le petit livre dont il avait coutume de se servir pour célébrer les fêtes sacrées, il se trouva tellement préparé qu^il récita toutToffice de la féte si bien qu'on Tadmirait, et que les assistants croyaient entendre moins un homme qu'un ange. C'est ce que nous avons raconté avec plus de détails dans la préface du livre que nous avons ajouté aux messes de sa com- position. Comme il était d'une admirable saintej^é et, ainsi que nous l'avons dit^ un des premiers sénateurs, il emportait souvent de chez lui^ à Tinsu de sa femme, des vases d'argent qu'il distribuait aux pauvres. Lorsque celle-ci en était instruite, elle s'emportait contre lui, et alors il restituait les meubles, mais en en donnant le prix aux pauvres.
XXIII.»Âprès que Sidoine se fût consacré au ser* vice du Seigneur , et pendant qu'il menait dans ce monde une vie pleine de sainteté, deux prêtres se soulevèrent contre lui, et lui ayant enlevé tout pouvoir sur les biens de réglise, lui laissèrent à peine de quoi vivre et lui firent endui'er de grands outrages. Mais la clémence divine ne laissa pas ces injures longtemps impunies.
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SIDOINE ET LES DEUX PRÊTÉES. 80
car run de ces misérables^ indignes du nom de prêtre^ Tayant menacé ayant la nuit de l'arracher de Péglise et
entendant le son de la cloche qui appelait à matines, se leva enflammé de fureur contre le saint de Dieu^ et méditant dans son cœur pervers d'accomplir le dessein qu'il avait formé la \eille. Mais étant entré dans le privé, ' il rendit Tâme en s'efforçant de satisfaire ses besoins* Un serviteur attendait dehors avec un flambeau que son maître sortit. Le jour paraissait; son complice^ c'est-à-dire l'autre prétre> lui envoya un exprès pour lui dire : « Viens, ne tarde pas, pour que nous exécu- tions ce que nous avons médité hier. » Mais comme le mort ne pouvait répondre, le domestique, ayant sou- levé le voile de la porte S trouva son maître mort sur le siège, ce qui montra qu'il s'était rendu coupable d'un crime égal à celui de cet Anus qui rendit de même ses entrailles dans un pareil lieu. On ne saurait en effet * appeler autrement qu'hérétique celui qui, dans une église, n'obéit pas au prêtre de Dieu auquel a été remis le soin de paître les brebis, et qui s'empare du pouvoir que ni Dieu ni les hommes ne lui ont confié. Dès lors le saint évêque, quoiqu'il lui restât encore un ennemi, fût remis en possession de son pouvoir. 11 arriva ensuite qu'il devint malade de la fièvre, et pria les siens de le porter dans l'église. Lorsqu'on eut satisfait à son désir, une multitude d'hommes, de femmes et d'enfants s'as- semblèrent auprès de lui, pleurant et disant ^Pourquoi
1 Des tentures plus OU moins grossières servaient de portes isns rintérieur des maisons.
nous délaisses-tu, bon pasteur?» ou : « A qui abandon** fie^'ttt ceiUL-qi» tamori ?a rendre orphelins? Qaellft «era nôtre me ^tèè ta mort? Qai> dtmi la «tiite> ndm assaisonnera comme toi du sel de la sagesse? Qui nous lâi|Mrera par aa i^udenoe la erainte du saint nom dt ' Dieut» Le peuple enMinêlàit éOB paroles âe gratiaes lamentations. Enûti le pontife se sentant animé du Saint'^fisprit leur répondit « N'ayes pas éé craintéi . ô peuples ! Toilà que mon frère Apruncule Tit, et il sera Yolre évéque. » Mais ceux<i, ne comprenant pas^ .oro^ient ifu'il parlait comme un homme en délire*
AuesitM après sa tnoH, le méefaaiit prêtre qui sunri* iTait, animé d'une avidité coupable, s'empara de tous les hieus de l^église^ comme s'il était déjà évêque^ et il disait t « Le Seigneur a enfin jeté les yeux sur moi> et il a vu que j'étais plus juste que Sidoine > et il m'a ac- eordé ce pouYoiri j» Tandis qu'il promenait soû orgueil pur la ynSIe, arrita le dimanefae après la moH du saint homme* Le prêtre prépara un festin, lit inviter tous les eitoyens dans la maison épisoopale et# sans reépeel pour les TieiUiurds^ il se plaça le premier sur le lit* L'échanson lui ayant oHerk une coupe lui dit : « Sel* gneur > j'ai eu un songe que je Vous raconterai si vous le permettes : je voyais la nuit dernière une grande maison^ dans Tintérieur de laquelle était plaoé un tr6ne; sur ce trAne siégeait un juge qui l'empop* tait sur tous les autres par son pouvoir ; il était en» touré d'un grand nombre de prêtres en vêtements blàttC9, et d^itie foule innombrable de peuple. Pendant
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us PRÂTBB BT L'ÉGHAMfiON. il
que je contemplais eu tremblant ce spectacle, j'apergus Je jNenhedrem Sidoiiie qaà s'éleiFail ait inilMU de low, tocvnanl Tifemeat ce prêtre qui ywa» élail oher,' et qui est sorti de ce monde il y a peu d'années; oeiui<>ci fui ooofoiida, ei le roi ordonna qa'éQ le pkMi-| geât an fond d'un eacbot. n fut emmené, et Sidoine commença alors à s'élever contre vous, disant que Yona atiei été complice da erime pour lequel le prêtre venait d'être condamné. Comme le juge cherchait aTec soin quelqu'un qu'il put envoyer vers tous, je me cachai parmi les autrea et me retournai* craignant» comme je vous suis connu, qu'on ne me choisît pour cette misaion. Pendant que je réfléchissaia à cela en éilence» tout le numde a'élant éloigné) je restai aeul| le juge ni'ayant appelé, je m approchai de lui. A l'as- pect de sa puissance et de son éclat» je demeurai inter* dit et tremblant de crainte* U me dit alors : Ne crains ri6n> jeune liomme^ mais va, et dis à ce prêtre qu'il vienne pour répondre à Taccusation, car Sidoine a demandé qu'on le fît venir.— Ne diffères donc pasj parce que le roi m'a recommandé expressément de voua transmettre ces paroles» me disant s Si tu te tais > tu mourras de la mort la plus cruelle. » A ces mots» le prêtre effrayé laissa échapper la coupe de ses mainsy et rendit Tâme. Enlevé mort de dessus le lit» it fût enseveli, et alla prendre possession de Penfer avec son, complice. Tel fut le jugeaient dont le Seigneur frappé en ce monde deux prêtrea rebelles : Tun subit la morid'Arius; l'autre^ comme Simon leUagiden» fut»
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t
n FAMINE EN BOURGOGNE.
à la prière du saint ni)r)trc, précipité du faîte de son orgueil. Il n'est {ms douteux Qu'ils furent plongés dans l'enfer, pour ayoir tons deux persécuté de leur méchan- ceté leur saint évèquc.
Cependant le nom .terrible des Francs ayait pénétré dans ce j)ays, et comme chacun désirait quMIs y portas- sent leur empire^ saint Apruncule,évêque de Langres, commença à deyenir suspect aux Bnrgondes ^ £t la haine croissant de jour en jour contre lui, l'ordre fut donuéde le faire périr en secret par le glaive. A})rimcule, ayerli, s'échappa pendantlanuit en se glissant le long du mnr du château de Dijon, et se rendit à Glermont dont, suivant la parole que le Seigneur avait mise dans la bouche de saint Sidoine^ il devint le onzième évêque.
XXIY.—Durantrépiscopatde Sîdoine,une grande fa» mine désola la Bourgogne. Comme les habitants se dis- persaient dans différents pays., et que personne ne four- nissait plus de nourriture aux pauvres, on rapporte que ' le sénateur Ëcditius, parent de Sidoine, mettant sa con- fiance en Dieu, fit alors une belle action. Pendant les ravages de la famine, il envoya ses doinesli(iues avec des chevaux et des chars dans les cités voisines, pour qu'ils lui amenassent ceux qui souflhiient de la disette. • Ceux-ci conduisirent donc vers lui tous les pauvres qu'ils • purent trouver, Là^ durant tout le temps de la famine, ^ il les nourrit et les arracha aux horreurs de la faiin. On
* Les Frnnes l'-tant 1(ïs soûls des conquérants delà Gaule qui ne fussent pas aricns, le clergé catholique désirait Viveuient leurs progrès, et tolllcitait souvent leurs invasions.
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CHAmïÉ D'ËCÛITIUS.— EURIC. • . 93
dit que le nombre des malheureux qn^l secourut ainsi dépassa quatre mille personnes des deux sexes. Quand rabondance fut revenue, Ecditius les fit reconduire comme il les avait fait amener, chacun dans son pays. Après leur départ, il entendit une voix venue duciel qui lui dit : a Ecditius^ Ecditius, puisque tu as fait cetie action, jamais vous ne maniiuerez de pain, toi et ta pos- térité, car tu as obéi à mes paroies et rassasié ma faim en nourrissant les pauvres. » On raconte aussi que cet Ecditius était d'un courage admirable : un jour avec dix hommes il mit, dit-on, en fuite un grand nombre de Goths. On raconte aussi que, pendant cette même fa- mine^ saint Palieu, évèque de Lyon, fit au peuple beau- . coup de bien, et il nous reste encore une lettre dans lar quelle saint Sidoine lui donne à ce siyet de grands éloges.
XXy.^Au temps de cet évêque,Ëuric, roi des Goths, 'Soirtantdes frontières d'Esi^agne, fit peser dansles Gaules une cruelle persécution sur les Chrétiens. 11 ordonnait de décapiter tous ceux qui ne voulaient pas se soumettre à sa perverse hérésie, et jetait les prêtres dans des ca- chots. Quant aux évêques, il envoyait les uns en exil et tuait les autres. Il avait ordonné de fermer avec des épines rentrée des églises, afîn que l'absence du culte divin [it tomber la foi en oubli. La Novempopulanie et les detiz Aquitaines' furent surtout en proie à cesra-
• Le texte porte Novempojjulanœ gemina-que Germanix urhea. Mais il est évident qu'il faut lire Aquitaniai, ou peut-être germa" nm , comme le porte un des manuscrits, ce qui dans le latin de
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M ÀVÉNEMBNT DE OLOVKB.
^fngOÈ. 11 existe encore aujourd'hui à ce sujet une lelire éat noble Sidoine à l-évêqno BasileS dans laquelle ces détails gont consignés. Mais l'auteur de celte perséculioii JBO tarda pas à moupîr frappé de la Teugeance dÎTine. .XXYI.-^Le bienheureux Ferpétuus, é^èque de la "^ilie de Tours, après trente ans d'épiscopat, s'endormit m pais } 11 tni remplacé par Volusien^ ud des sénateurs. Mais eelnl-ely étant devenu suspect aux Golh^^ fut èm- aiené captif en Espagne, dan:^ la septième année de son épiscopat^ et ne tarda pas à y mourir. Vérus, sm suc- eesseur^' fût le septième évéqoe depuis saint Ifartiu.
XXVII. — Après tous ces événements, Childédc mou- rat, et son fils Glovis régna en sa place Dans la cin^ qufème année de ce nouveau règne ^ Syagrius, roi des Romains et f)ls de cet Jigidius dont nous avons pArlé, résidaitdans la ville de Soissôns, que celui-ci avait jadis eeenpée. dovis, marchant contre lui avec son parent Ra« gnachaire', qui était aussi en possession d'un royaume,, hil fit demander de désigner un champ de bataille. Sya- grius ne différa point, et ne craignit pas de résister. Le combat s'engagea donc*. Le Romain, voyant son armée rompue^ s'enfuit et se réfugia en toute bâte auprès du roi Alaric, à Toulouse. Clovis envoya prier Alaric de le
ce temps pouvait si^jnifiçr les |)rovinçes voisines ou sœurs; en effet, les trois provinces situées wa midi de la Loire furent a|»- pelées quelquf^ii les Iroit Aquit^iiiçs. (Y. Çtéctgraphie,) * Évéque d'Aix.
t En 481. Tourdai était le chef-lieu de la tribu banque qu'U
commandait. 8 Rui des Francs de Cambrai. ^£n4â6
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Lfi VASfi DB S0ISS0N8. 96
lui livrep^s'il ne voulait attirer la guerre sur lui-même. AlariOt craignant de s'exposer à la eolère des Pranes^
car la crainte est habituelle aux Goths, livra aux en- iroyéa du roi Syagrius chargé de fers* Lorsque Clovis Veali €sn son pontohr, il le mit sous bonne gaide» s*eiB- para de son royaume et le fit tuer en secret.
Dans oe temps, Tarmée de Ciovis pilla un grand nom<> brod^lises^ parce que ce prince était encore plongé dans les erreurs de Tidulàtrie. Des soldats avaient en- loYé d'une église^ avec d'autres ornements du saint mi« nistère, un Tase d'une grandeur et d^ne beauté mer- veilleuses. L'évèque de cette église lui dépêcha des messagers pour d^nander que^ s'il ne pouvait obtenir de lieeoiivrep les autrrâ vases, on rendit au moins celui-là. Le roi répondit au messager : a Suis-moi jus»
•
qu^à Soisseiis^ parce quQ c'est là qu'én partagera le
butin ; et si le sert me donne ee vase, je ferai ce que désire le pontife ^» Étant arrivés à Soissons, on réunit W milieu dek pkee tout lebutin> et le roi dit en men« trant le vase : a Braves guerriers, je vous prie de vouloir bien m'accorder, putre ma part^ le vase que voici. » Les plus sensés répondirent à ces paroles a « Glorieux roi, tout ce qui est ici est à toi, et nous-mêmes nous yfcfniypfi souinis à tûu pouvoîr* Fais donc ce qui le plaît, car personne n^est assez fort pour te résister. » Lorsqu'ils eurent ainsi parlé, un guerrier présomptueui. Jaloux et emporté, élevi^ sa francisque et en frappa le vase> s'écriant : « Tu ne recevras ici que ce quQ le lort
Grégoire deTenra £ait employer à Olovia le moipafû'»
96 ■ CLOVLS ET LES BURGONDES.
t'aura vraiment donné. », Tous restèrent stupéfaits. Le roi dissimula le ressentiment de cet outrage sous un -air de patience, et, après s'être fait donner le vase^ille remit au messager de révéque^ gardant au fond du cœur une secrète colère. Un an s'étant écoulé, Clovis ordonna à tous ses guerriers de venir au champ de Mars revêtus de leurs armes, pour les montrer brillantes et en bon état. Tandis qu'il examinait tous les soldats en passant devant eux, il arriva à celui qui avait frappé le vase> et lui dit : «Personne n'a des armes aussi mal soignées que les tiennes; ni ta lance, ni ton épéc, ni ta hache, ne sont bien entretenues; » et lui arrachant sa hache, il la jeta à terre. Le soldat s'inclinant pour la ramasser^ le roi leva sa francisque et la lui abattit sur la tête en di- sant: aVoilàce que luasfaitau vase à Soissons.» L'ayant tué> il congédia les autres, après leur avoir de la sorte inspiré une grande crainte. Il Ot beaucoup de guerres et remporta nombre de victoires. Dans la dixième année de son règne^ il porta les armes chez les Thuringiens et les soumit à son pouvoir.
XXYlll.^Les Burgondes avaient pour roi Gondeuch« de la race du persécuteur Athanarie, dont nous avons parlé plus haut. 11 eut quatre ûls : Gondebaud, Godégisèle, Gbilpéric et Gondomar. Gondebaud égorgea Ghilpéric et noya la femme de son frère avec une pierre au cou; puis il condamna ses deux Mes à Texil. Chroua Taînée prit l'habit, la plus jeune s'appelait Glotilde'. Glovis
1 En 491.
> Let.Yariantei des mtiiuicrito de Grégoire de Tours donnent
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s
CLOVIS ÉPOUSE CLOTILDE. 97
enroyait souTeiit'des députés en Bourgogne, et ceux-ci
virent la jeune Glotilde. Témoins de sa beauté ci de sa sagesse^ et sachant qu'elle était du sangn ^al^ ils en in- 'fcrmcrent le foi Clovis. Gelni-d dépêcha à Gondehaud des messagers chargés de la demander en mariaj^^e. Le Burgonde n'osant pas refuser remit la jeune fille entre les mains des députés qui se hâtèrent de la mener au roi. Cloyis, rayant vue, fut transporté de joie et l'épousa, n avait d^jà d'une concubine un fils nommé Thierry.
XXIX. — Clovis eut de ClOtîMe un premier fils. La reine, voulant qu'il reçût le baptême , adressait sans cesse de pieux oonseUs au roi» disant : a Les dieux que tu adores ne sont rien, puisqu'ils ne peuvent se secourir eux-mêmes ni secourir les autres; car ils sont de pierre, de bois ou de métal. Os ont des noms dliommes et non de Dieu, comme Saturne qui, dil-oii;, s'enfuit pour ne pas être chassé du trône par son fils ; comme Jupiter lui- même^ qui s'est souillé de débauches avec les hommes, avec des femmes de sa famille, et qui n'a pu s'abstenir du concubinage avec sa propre sœur, puisqu'elle disait : • Je Buts scBwr et femme de Jupiter ^ Qu'ont fait Mars et Mercure ? Ils possèdent plutôt la science de la magie qu'une puissance divine. Le Dieu qu'on doit adorer est
poor ce nom oélèVre les formefl smyanieB : ChrbtohOdis, Chro* tiheldis, Rodieldis, Chrodieldis , Chrotildis, Chrodicheldis, Cliroiclùldif, Rohodhildis et Rodhilda.
* Att 990 mwim tnctfdo résina, Jowqfiê Bt êoror et cof^va
(ÉmIidb» I, 47.) On Toit que Grégoire de Tours «yeit lu Virgile.
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«8 LE PREMTCB FILS DR CLOTILDE MEURT.
ooltii qui^ par sa parola^ a tiré du néant, te ci^l %\ la terre, la mer •! toni qui s'y troa^e contenu; qui a
fait briller le soleil , et qui a orné le ciel d'éloiles ; qui a rempli le& eaui^ de pgi^on^» la terre d'aniipaux» ^t le& aift dHnseam; k, Tordre duquel la terra se couvre
de plantes, les arbres de fruits et les vignes de raisins;
dont te main a produit to g^nre humain ; quv eniin a donné à eat homine» son ouvrage» toute» les çréatur^
pour lui obéir et pour le servir. »
Mais quoique la reine pût dire> Ve^rit du roi n'en était pas ému» et il répondait : « C'est par Tordre do nos
dieux que toutes choses ^ont créées et produites; il
est olajr quo Uieu ne peut rien; et même U est prooYé qu'il n'est pus de la race des dieui. a Cepen- dant la pieuse reine présenta son fils au baptênne : tfle fit décorer relise de voiles et de tf^pis^ries» poufr que cette pompe attir&t vers la foi catholique celui que
ses discours n'avaient pu toucher, Mais l'enfant, baptisé sous le nom d Inhumer» mourut dans les aubcis mêmes de son baptême^ Le roi» aigri par cette perte» faisait & la reine de vifs reproches, et disait ; «Si Tenfant avait été consacré au nom dQ me$ dieux^ il vivrait encore; mais, comme il a été baptisé au nom du vôtre» il n'a
pu vivre. » La reine lui répondit : a Je rends grâces au puissant Créateur de toutes choses» qui ne m'a pas
1 C*ost-îi-dirc dans la semaine où les néophytes éiaient revêtus de vêlements blancs. Le baptême élait généralement administré la veille de Pâques, et jusqu'au dimanche de la Quasiuiodo, ap- pelé au«tî Dpmintoa In àlkii, les régénérés gardaient leurs robes blanches.
jugée indigne de Toir «dmis dans Bon Iroyamile F^-
fant né de mon sein» Celle perte ne m'a pas affectée de doideiiri pafce que je sâift que les enfants que Dieu
retire du monde, quand ils sont éncoriB dans les aubeé, sont nourris de sa vue. » Elle eut ensuite un second ikf qui reçut au baptême le nom de Glodomir. Gel en- fant étant tombé malade^ le roi disait : a II ne peut ar- river à celui-ci autre chose qu'à son frère, c'est-à-dire de mourir aussitôt après avoir été baptisé an nom éê votre Glirist. » Mais le Seigneur accorda la santé de Tenfant aux prières de sa mère.
XXX. — La reine ne cessait donc de supplier le roi dû reconnaître le vrai Dieu et d'abandonner les idoles; mais rien ne put l'y décider, jusqu'à ce que, dans une guerre avec les Alamans, il fut forcé de .confessa oe qu'il avait jusijue-ia voulu nier. Il arriva que les deux armées combattant avec un grand acbarnemeot» celle de Glovis allait être taillée en pièces. Alors Glovis> plein de ferveur, éleva les mains vers le ciel, et, fondant en larmes t s'éccia: « iésus*Gbrist > que Glotilde aftirme être le Fils du Dieu vivant y qui> dit-on» assistes dans les périls et accordes la victoire à ceux qui espèrent en toi « j'invoque avec dévotion ton glorieux secours; si tu m'accordes victoire sur mes ennemis, et que je fasse ré[)reuve de celte puissance dont le peuple ' qui Vest consacré dit avoir reçu tant de preuves» je ^iral en toi, et me ferai baptiser en ton nom ; car j'ai invoqué nies dieux, et je vois bien qu'ils m'ont refusé leur appui. Je crois donc qu'ils n'ont aucun
100 CLOYIS ET SAINT REMI.
pouvoir, puisqu'ils ne secourent pas ceux qui les servent. C'est toi que jinvoqae maintenant; c'est en toi que je veux croire; fais seulement que j'écbappe à mes ennemis ! » Comme il disait ces paroles, les Âlamans, tournant le dos, commencèrent à se mettre en déroute ; et voyant que leur roi était mort, ils se soumirent à Cio\is, en lui disant : a Cesse de faire périr noiro peuple ) car nous sommes à toi. » Glovis, ayant arrêté le carnage et parlé à son armée, rentra en paix dans son royaume, et raconta à la reine comment il avait obtenu la victoire en invoquant le nom du Christ. Ces événements se passaient la quinzième' année de son règne *.
XXXI.-— Alors la reine manda en secret saint Remi>
évêque de Reims, le priant de faire pénétrer dans le cœur du roi la parole du salut. Le pontife vit Clovis, et rengagea peu à peu et secrètement à croire au vrai Dieu, créateur du ciel et de la terre, et à abandonner ses idoles qui n'étaient d^aucun secours, ni pour elles- mêmes, ni pour les autres. Glovis lui dit : « Très-saint père, je t'écouterais volontiers ; mais le peuple qui m'obéit ne veut pas abandonner ses dieux; cependant yind vers eux et je leur parlerai d'après tes paroles. » Il assembla donc ses guerriers ; alors avant qu'il eût parlé, et par l'intervention de la puissance divine, tout le peuple s'écria d'une voix unanime : a Pieux roi, nous rejetons les dieux mortels et nous sommes prêts à servir le Dieu inunortel que précbe saint Remi. i On
1 En 49S.
I
BâPïÉM£ D£ CLOVIS. 101
apporta cette noaTelle à révêquc quî, transporté de loie,
fit préparer les fonts sacrés. Les places publiques sont
ombragées de toiles peintes ; les églises sont ornées de blanches courtines, Tencens exhale ses parfums, les cierges odorants répandent la lumière ; Téglise du saint baptême respire tout entière une odeur divine^ et les asfflstants purent croire que Dieu, dans sa grâce, répan- dait sur eux les parfums du Paradis. Le roi demanda au pontife à être baptisé le premier. NouYeau Gonstantiny ^ Il marche Ters le baptistère, pour s'y puriiier de la lèpre qui depuis longtemps le souillait^ et laver dans une eau nouvelle les taches honteuses de sa vie passée. Gomme il s'avançait vers le baptême, le saint de Dieu lui dit de sa bouche éloquente : a Courbe humblement la tête 9 Sicambre ; adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré. » Or saint Remi était un évêque d'une grande science, et très-versé dans la rhétorique ; il était en outre d'une sainteté si éminente, qu'on égalait ses vertus à celles de saint Silvestre ; et il y a un Uvre de sa vie où on dit qu'il ressuscita un mort.
Le roi ayant donc reconnu la toute-puissance de Dieu dans la Trinité fut baptisé au mm du Père, du Fils et du Saint;£sprit, et oint du saint chrême avec le signe de la croix; plus de trois mille hommes de son armée furent baptisés avec lui, ainsi que sa sœur Alboflède, qat^-^dque temps après^ alla rejoindre le Seigneur, \ . Gomme le roi était affligé de cette perte, saint Remi lui envoya, pour le consoler, une lettre qui commençait aiasi : « Je suis affligé et affligé autantqu'ii faut rêti*ede
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m GUERRE CONIRfi GONDEBAUD.
la mort dé votre sœur Alboflèdë, dliettreuse mémoire^
cause de votre tristesse; mais ce qui doit nous con* «^r, c'est qu'elle est sortie de ce monde plus digne d'envie que de plenM* » L'entre sœur de Clovii^ tionif mée Lautécbiide^ qui était tombée dans Fiiérésie des Ariens, se eonvertU; et confl^ssant que le Fils et le Saint-Esprit sont égnilx au Père^ elle fut rebaptisée.
XXXIL-^Gojudcbaud et son frère Godégisèle ré«* gneient en ce temps sur les régions situées aux environs du Rhône et de la Saône, et dans la province de Marseille. Us avaient^ comme leurs sujets, ado[)té la sectearienue. La guerre ayant éclaté entre etix, Godégisèle, tnstmit des victoires de Clovis, lui députa secrètement des en- voyés qui lui dirent : «Si tu m'aides à poursuivre mon frère de façon à ce que je puisse le tuer ou le rejeter de son royaume, je te payerai chaque année le tribut que tu voudras m'imposer. p Clovis accepta volon*- tieve, et promit son aide partout où il serait besoin> el au temps marqué, il se mit en marche avec son armée couire Gondebaud^ A celte nouvelle, Gpadebaud, ignop» rant la ruse de son frère, fit dire è celni-ci : c Viens à mon secours, car les Francs se mettent en marche ' contre nous, et viennent dans notre pays pout* s'en empirer t unissons-nous donc contre une nation en« nemié, de peur que , séparés , nous n'éprouvions le même sort que ks antres peu^. » Celui-ci répondit : a J'irai avec mon armée, et je te donnerai du secours, s Les trois armées^ c'est-à-dire celle de Uovis cootrt *BatiO^
ABIDIUS £1 GONDEBAUD. . 108
cMm de Qondebaud él de Godégisèle» s'avançant «Tec toat leur appareil de guerre^ arrivèrent à un cbaleau ' appelé Dijon. Gomme elles en venaient ans mainB prèl de la riyièred'Ouche% Godégîfièle se joignit  GloTts, el leurs armées réunies taillèrent en pièces celle de Gonde- baud. Gelui-d> en présence de cette perfidie qu'il n'a- ' ▼ait pas soupçonnée^ tourna le dos et prit la fùHe. Il longea le Rhône, en franchit les marais et entra dans ATÎgnôo» Godégâeèle> Tiotorieux^ s'en alla paisiinement, et enttTi triomphant dans Vienne, comme s'il était déjà en possession de tout le royaume. Clovis, ayant encore augmenté sesforœs, se mit à la poursuite de Gondeliattd pour Tarracher de sa ville et le faire périr. Celui-ci, plein d'épouvante, craignit d'être frappé d'une mort soudaine. Cependant il avait avec lui un homme oé- lèbre, nommé Aridius, courageux et piiident; ille fit venir et lui dit : « De tous côtés je suis environné d'em- bûches» et ne sais ee que je dois faire^ parce que ces barbares se sont jetés sur nous pour nous tuer et bou-* kverser ensuite notre pays. » Aridius lui répondit : c U faut > pour ne pas périr, apaiser .la férocité de cet homme. Si donc cela te plaît, je feindrai de fuir et de passer vers lui; et ensuite je ferai en sorte qu'il ne détruise ni toi ni cette contrée. Veuille seulement lui accorder ce qu'il te demandera par mon conseil, jus- qu'à ce que la clémence du Seigneur daigne faire prospérer ta cause. » Gondebaud répondît : a Je fmi ce que tu auras demandé. & Aridius prit donc congé du roi et s'éloigna. Étant arrivé vers Qovis» il lui dit ;
t04 ARIDIUS ET CLOVIS.
^oilà que moi, ton humble esclave» trè8*piéiix roi> je viens me livrer en ta puissance, abandonnant le misérable Gondebaud. Si ta clémence daigne me re- garder» tu verras en mol un serviteur intègre et fidèle pour toi et les tiens. i» Le roî l'ayant reçu avec empres» sèment; le garda près de lui ; car il était enjoué dans ses récits» sage dans les conseils» juste dans ses Juge- mentS; et fidèle dans ce qu'on lui confiait.
Enfin Glovis ayant campé sous les murs d'Avignon» Âridius lui dit : « Si la gloire de ta grandeur» ô roi» daijrne accueillir les petits conseils de ma faiblesse, quoique tu n'aies pas besoin d^avis» je te les donnerai avec une entière fidélité» et ils pourront être utiles et à loi, et aux cités par lesquelles tu te proposes de pas- ser. Pourquoi donc» £\ioula-i-il» rester avec une armée devant le lieu fortifié qu'occupe ton ennemi? Tu dé- soles les cam[)agnes, tu rava^^es les prés, tu coupes les vignes» tu abats les oliviers» tu détruis toutes les pro- ductions de la terre» et tu ne peux cependant lui faire aucun mal. Envoie-lui plutôt des députés, et impose un tribut qu'il te payera tous les ans; de cette ma- nière» la contrée sera épargnée, tu seras le mattre, et il sera ton tributaire. Si Gondebaud refuse, tu agiras alors comme il te plaira. » Le roi accueillant ce con- seil» ordonna le départ de ses- guerriers, puis ayant envoyé une députation à Gondebaud, il lui prescrivitde payer exactement tous les ans le tribut qu'il lui impo- sait. Celui-ci s'empressa de payer» et promit de faire de même paridbuitc.
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GUERRE DE 60NDEBAUD ET DE GODÉaiSÈLE. 105
XXXII I.— Mais ensuite lorsque Gondebaud eut repris des forces, il négligea de payer au roi Glovis le tribut qu'il avait promis^ fit marcher une armée contre sov frère Godégisèle, et Tassiégea dans la ville de Vienne. Dè$ que les vivres commencèrent à manquer au ban peuple , Godégisèle y craignant que la disette ne vtnt à r^tleindre^ lit chasser de la ville tous les pauvres gens. Parmi ceux-ci se trouvait un ouvrier à qui était conflé le soin des aqueducs. Indigné d'avoir été renvoyé avec les autres^ il alla trouver Gondebaud^ et lui indiqua par quel endroit il pourrait envahir la ville pour se venger de son frère. A latôte de Tannée, l'ou- vrier dirigea donc par Taqueducles troupes^ précédées d'un grand nombre d^mmes armés de leviers de fer. Il y avait un soupirail bouché par une grosse pierre; quand on Teut renversée au moyen des leviers, et sous kdlrectionde Touvriermême^ les assiégeants entrèrent dans la ville, et surprirent par derrière les soldats qui lançaient des flèches du haut des remparts. Us sonnent de la trompette au milieu de la ville, s'emparent des portes, et les ouvrant, ils se précipitent tous en- semble dans les rues, tandis qu'au milieu de ces armées le peuple était massacré des deux côtés. Godégisèle se réfugia dans l'église des hérétiques, où il fut tué avec révêque arien. Les Francs qui étaient, dans ce temps, auprès de Godégisèle, se retirèrent tous dans une seule tour. Gondebaud ordonna qu'on ne leur fit aucun mal, les prit et les envoya en exil à Toulouse, auprès du roi Alaric. Il fit ensuite périr les sénateurs.
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lOB GOKD&BAU0 DÉSIRE ÊTAE CONVERTI, et les Burgondes du parti de Godégisèle. Il remit sous sa dominalioa tout le pays qu'on nomme actuellement la Eoargogne, «t y insHtua des lois plus douces^ pour qu'on
n'opprimât pas les lioniains K
XXX 1 Y* — Ayant reconnu la fausseté des assertions dos liérétiquM, après avoir confessé que le Christ ûls de Diea et le Saint-Esprit sont égaux au Père, Gondebaud alla en secret demander à saint Avitus, évoque de Vieone^t&'étre rebaptisé. Le pontife lui dit : a Si tu as uue foi réeUe^ il faut faire ce que le Seigneur même nous a enseigné, et il ajouta : Quiconque me confessera devant les hommes, je le confesserai aussi moi-même devam
ft La lot des Burgondes ou Bourguignons est le plus anoten dea codes barbares; il est bors de doute que sa rédaction est anté- rieure à la M&quête du royaume des Bourguignons par lea Francs, en M: mais il n'est pas rgiilement certain que, du rnoina
dans sa forme actuelle, elle soit l'ouvrage de (-ontlebaud, quoi- qu'on lui ait donné son nom ijoi Gumbitte). On parle, il ost vrai, dans la préface, de la seconde anm'M; du règne du roi ( 'rondebaud, Ce qui se rapporterait à l'an 467 ou 468, époque où Gondebaud régnait en commun arec ses frètes» Hais deux à9ê lois bonté* nues dans ce code (tit. 4A, 45)» sont annoncées comme publiées sous le consulat d'Aviénus, eb &01 ou SOÎ; et une troisièmé (tit. 52) se rapporte au consulat d'Agap et, en 617. Or» GoUde^ baud mourut en 515. En y regardant de près, on reconnaît que ce qu'on appelle la ]ir<^face contient doux pr('*faccs dirtVrentcs; c'est dansla seconde qu'il est fait mention <lo la seconde année du règne de Gondebaud; mais au lieu de Gondebaud, on ht dans plusieurs manuscrits le nom de Sigismond sou ûls, et la seconde année du régne de ce dernier coïncide exactement avec l'ita 5I7» date de la loi la moins ancienne du recueil. Il est donc probable que Gondebaud avait fait rédiger un premier cod^ auquel se rapporte la première préface, et qui contenait sans doute la plupart des lois; mais que Sipi^tnond, en 517, fit com- pléter ce recueil et le publia de nouveau, avec la seconde {iré- face, et dans la forme sous laquelle il nous est parvenu. (Voir l'Histoire du droit romain dans le moyen âge, en allemand , par 11. de Savignj, U II, p. 1-4.)
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GOXDEBALû KT SAINÎ4YITUS. ^Û7
men Père, qui est aux deux ; et quiconque me rmoii- eera devant les hommet ^ je le renoncerai auist motf mémê detant mon Pim gtit is( ifiiiu {et «jeu» ^ AiQ«i îyarlait le Seigneur à ses saints et bienheureux apôtres, lorsqu'il leur aimonçaii les épreuT^s de perséoutioa qu'ils auraient à «subir/ leur disant : 6ûrdêxAmt$ hommes, car ils v^us feront comparaUre dans leur4 UêsemMée$, et vous flageUerom dan$ kwr$ sifmugogmui el «01» <er«8 jarisetUéi, à ctkuse de nN4« etuas gouv^ neurs et aux raie pour leur servir de témoignage aussi
bien qu'aux nations \ Mnis toi qui §â roi^ et u'as jm» peur qu'on te saisisse» tu crains la iréyolte 4u peupla»
et ne confesses pas publiquement le Créateur 1 Laisse là cette ioUe erreur, et que tu préleud^ qpoire daqf ton eoBur, ose le déclarer, au roiUeu du peuple. Un
saint apôtre dit : // faut croire de cœur pour être justifié^
M œnfesser S4 fat par sh paroles peur être âawçé K Le Pro|dii(e dit aussi : Je publierai vos louanges , 5«tV gneur: dans une grande assemblée', je vous louerai au milieu d'un peuple três-nomirewo ^ i^t aussi ; Jf^ eharUerai H je ferai retentir vos louanges sur les tti^lm- «isnls ^ Tu crains le [)euple^ ô roi ; ignores-tu dQnc que c'est à lui de suivre ta foi i plui6t qu'à toî de favoriser sa faiblesse? car tu es le chef du peuple, et le peuple n'est pas tgu di^U Si tu vas 4 1^ gUi^r«,
i Évang. selon saiot Mathieu, chap. z, v. 32, 33.
i Jhid., V. 17, 18.
» ÈpUre de saint Paul aux Konmins, chap. x, v, 10, * Psaxmê TKXtr, v. 18. s Pumm9 1.TI, T. 7.
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lOd SAINT AVITUS.
tu es à la tête d6s guerriers, et ils te suivent où tu les mènes. H vaut mieux que , marchant à ta suite ^ ils connaissent la vérité, que si^ après ta mort^ ils demeuraient dans Terreur, car on ne se joue pas de IHeu et il n'aime pas celui qui, pour un royaume terrestre , refuse de le confesser dans ce monde* » Bien que confondu par* ce raisonnement , Gondebaud persista jusqu'à la tin de «a vie dans ses erreurs insensées, et ne voulut jamais confesser publi* quement l'égalité de la Trinité. Le bienheureux Ayitus était alors un homme de grande éloquence : aussi Gonstantinople ayant vu naître les hérésies d'Ëutychès et de SabeUius qui niaient l'un et Fautre la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il écrivit, à la demande du roi Gondebaud, contre ces coupables erreui^. 11 reste encore de lui des lettres admirables, qui édifient à présent rÉ^4ise de Dieu, comme autrefois elles con- fondirent l'hérésie. 11 a composé un livre d'homélies sur Torigine du monde, six livres arrangés en yérs sur divers autres sujets, et neuf livres de lettres qui con- tiennent celles dont nqus venons de parler. Il rapporte, dans une homélie sur les Rogations, que ces mêmes Ro- gations que nous célébrons avant le triomphe de TAscen- sion du Seigneur furent instituées par Uamertus , évêque de Vienne, dans le temps même de son épiseo- pat, à roccasion d'un grand nombre de prodiges qui épouYantaient cette ville. Il y avait de fréquents trem- blements de terre^ et des bêtes fauves, telles que les
t Saitot Paul aux Cralates, chap. vi, v. 7«
SAINT AVITUS. 109
tetts ei les loups, franchissant les portes^ erraient sans mtinte par la ville. Il y ayait un an que du»
raient ces prodiges^ quand rapproche de la fête de *
•
Pâques fit espérer au peuple fidèle que «la iniséri* corde de Dieu mettrait^ pour le jour de cette grande solennité, un terme à leur épouTante. Mais la veille ' même de cette glorieuse nuit^ pendant qu'où célébrait les cérémonies de la messe, tout à coup le palais royal, ' situé dans la ville, fut embrasé par le feu du ciel. Tous furent saisis de terreur et abandonnèrent l'église, crai- gnant que cet incendie ne consumât toute la ville, et que la terre ébranlée ne s'entrouvrît. Le saint évèque, prosterné devant Fautel, supplia avec des larmes et des gémissements la miséricorde de Dieu. Que dirai-je? la prière de Tillustre pontife pénétra Jusqu'au fond des deux, et le torrent de ses larmes éteignit Tincendie du palais. Pendant que ces choses se passaient, le jour de rAscéhsion du Seigneur approchant, comme nous l'a- vons dit, il prescrivit un Jeûne aux peuples, régla la forme des prières, des repas et le mode joyeux des Ro- gations. Tous les sujets d'épouvante s'étant alors dissi- pés, la nouvelle de cet événement se répandit dans les diverses provinces, et porla tous les évêques à imiter ce qu'avait inspiré à Mamertus sa foi profonde. On célèbre encore aujourd'hui, au nom de Jésus-Christ, ces céré- monies dans toutes les églises, avec componction de cœur et contrition d'esprit.
XXXV. — Alaric, roi des Goths, voyant les conquêtes continuelles que faisait Clovis, lui envoya des messagers
I. 7
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119 QUINTIËK, évÊQUE DE ltfi01)£2.
pour lui dire ; a Simon frère y cQnsei)t;rj'ai<]essein que nous ayons une entrevue sous les auspices de Dieu. » ^ Clovis y consentant alla vers lui. S'étant joints dans line iie de la Loire, située auprès du bourg d'Amboise, spr le territoire de la ciié de Toiprs^ ils coqversèrent| mangèrent et burent ensemble : et après 3'être promis ^Qiilic ils se retirèrent en paix. ^
, XXXVL— 'Un grand nombre des habitants des Gaules désiraient alors ardemment avoir les Francs pour
< ^.^^|res• Aussi arriva-i-rit que QMintien« ^vê(]ue de ^odez, haï pour ce sujet, fut chassé de la ville; On lui disait : « C'est parce que ton désir est que la domination « ^ l^rf^çs s'ét^qde $ur payi|. » Pje\i de jours après, pne querelle s'étant é^yée entre lui et les citoyens, les Çpths^ qui habitaient cette ville, ressentirent de violents fO^|p(^S> c§r c^ citoyens f eprochaient à Q\iinUen àfi vouloir les soumettre aui Francs ; ils se concertèrent et résolurent dç le tuer. L'honmie de Dieu, averti, se leva peA^t la nuit avec ses plus fidèles serviteurs^ et^ sor- tant de la ville de Rodez, il se retira à Clermont, où Fé- véque saint £uplirasius, qui avait succédé à Apruncule ^ l^ijiop> le reçut avec bonté. Cet évêque lui ayant fait , Ipanésent do maisons, de champs, de vignes, le garda Ijyec lui, disant i « te revenu de cette église est assez çonsidérablti pour nous entretenir tous deux; que la çhariié recommandée par le saint apôtre subsiste entre les pontifes de Dieu. » L'évcque de Lyon lui flt aussi présent de quelques propriétés de son église, si- tuccsdans TAuvcrgnc. Ce qui concerne saint Quintiea
GUESBE ENTRE CLOVIS EX AtARIC. )}|
et les luaux ^uli spuÇfrit , aussi bien que les ci^oscs que Dieu daigo^ accon^i^r {ifur ses ^lahiSj ae (rouye racoqf^ 4ans le livre de aa vie.
XXX Y U* r- Or le roi Clovis dit à ses soldats : a avec peine que je vois ces Ariens possé4er une parlifi des Gaules. MarchcMWiivecFaide de-Dieu, et , api es les avoir vaincus, soumettons le pays à notre doiuina- tioii. » de discoiirs fut agr^^^le à toqa les guerriers, et Tannée se mit en marche, se dirigeant vers Poitiers, où se trouvait alors Alaric. Comino un^ part|f( dej^ . troupes (raTersait \d territoire de Tours, Çlovîs défen- dit par respect pour saint Martin cjne [)orsonne prît autre ç^ip^e dans tout ce pays q^e ^esiier^g^s. Un ^* dat, ayant trQ^vé du tovfi appartenant h un pauvre homme, dit : « Le roi ne nous a-t-il pas recommandé de prendre çeijOeçt^ent ^(e Vb^rbe? £b iiven l ceci est de rherbe. qe sera trftnisgresser ses ordres que de la prendre. » Et il Qt violence aq pauvre popr luiepl^yer
faK Vpi^ % )a CQi^naissance du roi qui, frappant le
soldat de son épée, le. tua et dit : « Où donc sera Tes- poi;* 1^ victoire, nous offensons sainte Martin ? p Ce fui assiez p^ur empêc^ier <i|é8orniais Tj^rmée de rien prendre dans ce pays. Puis le roi envoya des députés àla bs($itique d^ bienlle^râ^x, le^ir disant : f Allez, et vqus tfQUverez peut-^tre dans le saint temple quelcjue pré- ^ge de victoire. » Il leur remit des présents pour oraer )e lieq sainte et ajouta : « Seigneur^si tu me viens en aide, et si tu as résolu de livrer en mes mains cette
m I»ASSA6£ DE LA VIENNE.
Dation incrédule et toujours ennemie de ton nom^ daigne me (aire la grâce de me révéler, à rentrée de la sainte basOfque de saint Martin^ si tu daigneras fa- voriser ion serviteur. » Les envoyés s'empressèrent donc d'aller vers la sainte basilique, suivant Tordre qu'ils avaient reçu, et au moment où ils y entraient, le premier chantre entonna cette antienne : Seigneur, vous m'avez revêtu de farce pour la guerre, et voue éve» aèaUu $ous moi ceux qui ^élevaient contre moi, et vous avez fait tourner le dos à mes ennemis devant moi, et vous amx exterminé ceux qui me haksaient K En entendant ces paroles ils rendirent grâces^ et après avoir offert leurs présents au saintconfesseur, ilsallèrent pleins de joie annoncer au roi ce présage.
Lorsque Glovis fut arrivé avec son armée sur les bords de la Vienne, il ne sut en quel endroit franchir le fleuve que l'abondance des pluies avait enflé. Mais voilà que, comme il avait prié pendant la nuit le Seigneur de vouloir bien lui faire connaître un passage, le lende* main matin, par l'ordre de Dieu, une biche d'une gran- deur extraordinaire entra dans le fleuve aux yeux de l'armée et le traversa à gué, montrant ainsi par où Ton devait passer. Quand on fut dans le voisinage de Poi« tiers, le roi vit de ses tentes, à quelque distance, un globe de feu qui» sorti delà basiliquede SaintrHilaire, lui sem- bla se diriger au-dessus de lui, 'comme pour indiquer qu'aidé de la ^lumière du saint confesseur Hilaire, il triompherait plus facilement de ces bandes hérétiques,
i Psaume xrtt, 89» 40.
L'ABBÉ SAINT MAXBNCE. 113
contre lesqneOesle saint piètre a^ait wm^ent Ininnènie
combattu pour la foi. Clovis interdit donc à toute l'ar- mée de dépouiller personne ou de piller leliien dequi que ce fût dans e^ endroit et dans la route.
Or il y a^ait en ce temps un abbé d'une admirable faînteté, appelé Maxence^ qui s^élait renfermé par la crainte de Dieu dans un monastère situé sur le terri- toire de Poitiers. Nous ne donnons pas l'ancien nom de ce monastère, parce qu'il s'appelle aujourd'hui chapelle de Saint-Maxence * ; les moines, voyant un corps de troupes s'avancer vers le monastère, prièrent leur abbé de sortir de sa ceUule pour aller à leur secours. Eflnrayés de ce qu'il tardait, ilsouvrirent la porte elle firent sorlir de sa cellule. Maxence marcha courageusement au- devant de la troupe, comme pour demander la paix, alors un soldat tira son épée pour lui trancher la tête, mais la main qu'il avait levée jusques auprès de son oreille, se roidit tout à coup et Tépée tomba en arrière. Le soldat, se prosternant aux pieds du saint homme, lui demanda pardon. A celte vue, les autres, saisis de ter- reur, retoumèrentàTarmée craignant de subir le même sort. Le saint confesseur ayant touché le bras du soldat avec de Thuile bénite, et fàit le signe de la croix, lut rendit la santé. C'est ainsi que sa protection préserva le
1 C'est ainsi qu'un nombre considérable de localités ont échanfî:*^ leur ancien nom contre celui de quelque abbé ou de quelque pieux cénobite. l,cs localités portant un nom de saint, dont la carte de France est couverte, remontent pour la plu- part à des époques anté-mérovingiennes, et le changement ra> dical qui s'est opéré tout d'un coup dons leur dédomioalioii Mi souvent un des grands embarrss de U géographie.
ni BA.TAILLE bfi VOULON.
faloiià8t6lr8 ae tbbtè ^olencë. Il ûi éàtOTÀ im %tdài
nombre d'autres miracles. Si quel(iu'un est curieux de s'en itastruire^ il les trouvera ien lisant le livre de sa vie.
Cependant Clovis en Vtttt aùk niàiiis aVèc lëroidek Goths Àlaric, daus laplaiiu; de Voulon \ au dixième mil- liaite depùis Poitielrs. CôUx-ci à)inbàttii*ent avéc le ja- Tèlot, mais lës Fradcs sè Jètèrént suV* leiix ia fônce à là main. Alors les Goths prirent la fuite suivant leur cou- tumé^'et là vicioilné^ avec Taide duSeigbeur, demeura à GloVis. Il a^aii kVéc lui côhiihe énxîlîairé lë fils de &ighé- bert le Boiteux S nommé Chlodéric. CeSigliebert boitait d'un coup quMl avait reçu àu genou à la bataille de Tol- biac contre les Alamatîfe. Clovîs avait mis les Goths en fuite et tué leur roi Âiaric^ quand tout à coup deux sol« dats s'élancèrent sur lui et lui portèrent des îcoups dé lance sur les deux côtés. Mais il échappa à la mort grâcé à ^excellence de sa cuirasse et à la légèreté de son dievai. lïombre d'Ârverties, qui élaiérit venus avec Apol- linaire', ainsi que les premiers des sénateurs» périrent dabs cette bataille. Après la défaite, Amalaric, ûls d'A- iaric, s^eiituit eh Espagne et {çoûverna avec sagesse ié royaume de son père. Clovis envoya son fils Thierry en Auvergne par Aibi et Rodez; celui-ci soumit à son père toutes les villes depuis la frontière des^Gdths jus- qu'à celle des Burgondes. Aiaric avait régné vingt- deux ans. Clovis après avoir passé Thiver dansla ville
i Vogladenrif Camptu, (V. Ùéo^aphie»)
* Roi des Francs Uipuaires, résidant à Colojpie.
• FiU de révéque Sidoine Apolhnaire.
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PATRICIAI DE CLOYIS. 115
de bordeaux et emporté de Toulouse tons les trésors de
ce roi, marcha sur Angoulôme. Le Seigneur lui accorda une telle faTeur qu'à sa vue les murs s'éqroulèrent d*eux-inémes. Àprèsèn avoir chrâé lés Golks^ il sou* mil la ville à son pouvoir; ainsi victorieux, il rentra daus Toùrs et offrit un grànd nombre de présents à la sainte imsilique du bieniieùreux kartîn.
XXXV ill. — Clovis ayant reçu deTempereur Anastase les iettres du consulat ^, fut revêtu, dans la basilique de Saint-MartiD, de la tunique de pourpre , de la chtar myde, et ceignit le diadème. Ensuite, montant à che- val, il jeta de sa propre main, ayèc une extrême bonté, 'de Tor et de l'argent au peuple assemblé sur le cnebin qui est entre la porte du vestibule de la basilique de Saini>Abirtin et l'église de la ville, et, depuis ce jour, il fut appelé consul ou Auguste. Il quitta Tours pour Paris où il lixale siège de son royaume ; c'est là que Tbierry irfait le trouver.
XXXIX.— Eustoche, évêque de Tours, eut pour suc- cesseur, à sa mort,Licinius, buitième évêque de cette ville depuis saint Martin. C'est de son temps qu'eut lieu la guerre dont nous venons de parler, et que le roi Clo- vis vint à Tours. On rapporte que cet évêque voyagea dans rOrient, visita les lieux saints, alla même à Jéru-
1 clovis ne fut point nomm»'- consul; il fut seulement revêtu des honneurs consulaires, honneurs Iréquemnicnt accordés par la cour Je Byzance. Le vrai consulat était toujours écrit dans lei ^Aites , et seWail à désigner Tannée. Le nom du roi de« Ftimei ne s'jr^trottvê nnUe part. (Hiilotr^ du Frûiniçùii, par U. de Sitmondi» t. V, p. 838.)
116 MEURXRE DE SIGHEBERT.
salem, et qu'il contempla souvent le théâtre de la Pas- sion et de la résurrection, que nous lisons dans rÊvan-
XL. — Le roi Clovis^ pendantsonséjour à Paris, envoya . en secret au ûls de Sighebert> lui faisant dire ; a Voila que ton père est -vieux et qu'il boite de son pied ma- lade ; s'il venait à mourir, son royaume t'appartien- drait de droit ainsi que notre amitié. » Entraîné par Tambition/le fils forma le projet de tuer son père. Sighebert étant sorti de Cologne, et ayant passé le Rhin pour se promener dans la forêt de Buchaw, s'endormit à midi dans sa tente^ et son fils le fit égorger, dans l'espoir de s'emparer du royaume. Mais, par le jugement de Dieu> il tomba dans la fosse qu'il avait méchamment creusée. Il envoya au roi devis des messagers pour lui annoncer la mort de son père et lui dire : « Mon père . est mort , et j'ai en mon pouvoir ses trésors et sçn royaume. Envoie-moi quelques-uns des tiens y et Je leur remettrai volontiers ce qui pourra te convenir. » Clovis lui répondit : c Je rends grâces à ta bonne vo- lonté , montre seulement tes trésors à mes envoyés, après quoi tu en conserveras l'entière possession. » Glodéric montra donc aux envoyés les trésors de son père. Pendant qu'ils les examinaient, le prince dit : « C'est dans ce petit coffre que mon père avait cou- tume d'entasser ses pièces d'or. » Ils lui répondirent : « Plonge ta main jusqu'au fond pour tout sentir. » Et comme à ces mots il s^était baissé, un des envoyés^ levant sa francisque, lui brisa le crftne. Ainsi ce fils
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MJËURÏIUS DE CHLODÉRIC. 117
indigne fat frappé 4X»nme il avait frappé son père.
GIoTis, apprenant que Sigheberl et son ûls étaient inorts» vint dans la ville de Cologne et dit au peuple / réuni; a Écoutez ce qui est arrivé. Pendant que je . naviguais sur 1^ fleuve de TËscaut^ Uodéric» ûls.de mon parent , tourmentait son père ea lui disant que je voulais le tuer. Coiiiine Sighebert fuyait à travers . la forêt de Buchaw , Clodéric a envoyé contre lui des meurtriers qui l'ont tué; lui-même a été assassiné, je ne sais par* qui, au moment où il ouvrait les trésors de son père. Je suis étranger à tout cela ; car je ne puis répandre le sang de mes parent^ y ce qi|i serait un crime; mais puisque de tels événements sont arrivés, je vous donne un conseil; s'il vous est. agréable» ac- ceptest-le. Ayez recours à moi» et mettez*vous sous ma protection. » Les guerriers répondirent à ces paroles par des applaudissements» et Télevant sur un large pa- vois» ils le reconnurent pour leur roi. devis reçut donc le royaume etles trésors de Sigbebert et les ajouta à sa domination. Chaque jour Dieu faisait tomber ses enne- é mis sons sa main» et augmentait son royaume» parce qu'il marchait le cœur droit d